Crise du logement, spéculation, catastrophes climatiques,… Il nous faut une autre approche de l’urbanisme

Trouver un logement convenable coûte de plus en plus cher et la crise sanitaire n’a rien arrangé. De plus les inondations de cet été 2021 ont souligné l’absolue nécessité de revoir de fond en comble l’urbanisme et la gestion du territoire. Sur ce terrain aussi, il faut en finir avec la loi du marché.

Par Giulia (Liège)

Le type d’approche urbanistique qui règle les villes et les espaces des campagnes suit depuis le XIXe siècle une logique d’exploitation des terrains liée avant tout au développement économique au profit des grandes entreprises privées dans différents secteurs : agriculture, construction, production d’énergie, etc. Il est urgent de sortir de cette logique.

Les inondations ont dramatiquement illustré la nécessité d’occuper rationnellement le territoire, de protéger les zones naturelles, de récupérer les tissus urbains dégradés, de végétaliser les villes, de donner moins de place à la voiture au profit des transports publics, etc. A cela s’ajoute l’impératif de l’isolation des bâtiments. Selon la GABC (Alliance Mondiale pour les Bâtiments et la construction), ces derniers sont les premiers consommateurs en quantité d’énergie au sein de l’Union Européenne et ils sont à l’origine de 36 % des émissions de gaz à effet de serre. Tous ces aspects doivent être considérés dans un ambitieux plan de restructuration globale à différentes échelles, locale, nationale et même internationale.

L’impasse de la logique de marché

Des chartes au sujet de l’urbanisme qui traitent l’importance du développement durable des villes et la planification intégrée ont été rédigées au cours des dernières années pour donner suite au sommet de Rio de 1992 (Charte d’Aalborg 1994, Charte de Leipzig 2007 renouvelée en 2020) dans le but d’intégrer le concept de soutenabilité environnementale dans tous les niveaux et secteurs économiques et sociaux. Mais sur là aussi, il existe un fossé entre la théorie et la pratique.

On parle beaucoup aujourd’hui de la construction « d’éco-quartiers » résidentiels de standing. Il s’agit de projets totalement déconnectés de la demande des habitants si on pense à la crise du logement et au nombre croissant de personnes qui ne savent pas se payer une habitation. Bétonner des sols naturels plutôt que réhabiliter des zones désaffectées et parler d’écoquartier en utilisant des matériaux dont la production se base sur la pollution et l’exploitation du travail laisse apercevoir des ambitions écologiques ridicules fondées entièrement sur le profit.

A l’heure actuelle, en suivant les lois du marché, construire du neuf est toujours beaucoup plus avantageux que de rénover. Des grands promoteurs et constructeurs immobiliers opteront toujours pour cette solution en argumentant leur choix avec la performance énergétique des nouveaux matériaux. Mais si l’on prend la globalité du processus, la rénovation sera toujours plus soutenable écologiquement qu’une nouvelle construction, même « passive ». Bien sûr, cela exige une main-d’œuvre plus qualifiée, un diagnostic sur l’existant, la recherche et la réutilisation des matériaux et autres caractéristiques qui donnent lieu à un faible rendement pour une société de construction.

D’autre part, la manière actuelle d’isoler les bâtiments pose souvent question d’un point de vue écologique. Parmi les matériaux les plus utilisés, on trouve le Polyuréthane, un dérivé pétrochimique présenté comme un produit miracle alors que son efficacité se situe simplement dans la moyenne et que la totalité de son cycle de production (énergie grise) est extrêmement consommatrice d’énergie. Dans les faits, son principal avantage est d’être un isolant qui permet d’excellentes marges bénéficiaires, mais qui est par contre extrêmement toxique en cas d’incendie. Il ne serait pas étonnant que l’on fasse à l’avenir payer la population pour l’évacuer comme ce fut le cas avec l’amiante précédemment…

Nationalisation des grandes entreprises de la construction

Pour en finir avec le bricolage et obtenir un changement réel, nous avons besoin d’un secteur public de la construction qui englobe la production à grande échelle d’alternatives écologiques en termes d’isolation dans le cadre d’une stratégie de planification territoriale qui implique les habitants dans la prise de décision. Cela permettrait de mettre rapidement sur pied un plan public d’isolation des bâtiments quartier par quartier mais aussi de rénover et de construire rapidement les logements sociaux qui font cruellement défaut actuellement ou encore d’en finir avec l’exploitation dans ce secteur et d’assurer de bonnes conditions de travail et de salaire.

Il est urgent d’exproprier les grandes sociétés de construction de même que les entreprises de matériaux chimiques polluants, de les nationaliser sous contrôle et gestion démocratiques. On exproprie bien des gens pour faire passer une autoroute, pourquoi pas des entreprises ou des patrons pour répondre aux enjeux sociaux et environnementaux ? Les autorités publiques actuelles n’ont aucune volonté d’aller dans cette direction, comme l’illustre la loi Onkelinx sur la réquisition d’immeubles abandonnés pour y loger des personnes sans abri… utilisée à UNE SEULE reprise en 27 ans ! Il nous faudra lutter pour un changement qui retire la gestion de notre territoire des mains de promoteurs immobiliers et de leurs alliés parmi les décideurs politiques capitalistes.

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