Lidl : « Le malaise n’a jamais été aussi grand »

Dylan (à l’avant) sur le piquet de grève de Lidl à Deurne Zuid pendant la grève contre la norme salariale plus tôt cette année.

Grève contre la charge de travail insupportable et pour le respect : entretien avec un délégué syndical

Depuis mercredi, plusieurs succursales de Lidl sont en grève contre la pression de travail élevée. Un nombre impressionnant de membres du personnel y participent. La colère est grande. En 2018, il y a déjà eu un long mouvement de grève contre la pression au travail qui a conduit à différentes promesses de la part de la direction. Elle entend désormais revenir sur celles-ci. La direction ne montre absolument aucun respect pour le personnel, elle met maintenant les grévistes sous pression et envoyant des huissiers sur les piquets. Des consultations sont prévues ce lundi. Nous en avons parlé avec un délégué du SETCA, Dylan, sur le piquet de grève de Lidl à Deurne Zuid.

Propos recueillis par Luc

Pourquoi cette grève et pourquoi maintenant ?

« Ces actions s’inscrivent dans la continuité de la grève de 2018. À cette époque, un accord a été conclu avec la promesse de négocier une nouvelle convention collective de travail dès que possible. Jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé, 42 heures supplémentaires allait être fournies par magasin. Trois ans se sont écoulés et le dialogue social n’a pas encore donné de résultats.

« La direction estime avoir fait beaucoup de concessions et proposé des améliorations. Dans la pratique, les choses ne font que reculer. Le malaise n’a jamais été aussi grand. Même ces 42 heures supplémentaires n’ont pas vraiment été remarquées car le nombre d’heures est manipulé de toutes sortes de manières. Nous demandons également depuis longtemps des contrats fixes à temps plein, mais Lidl continue de travailler avec des contrats à temps partiel.

« Il est frappant qu’il y ait autant de grévistes. Il n’y a pas eu d’ordre général de grève, mais les collègues ont en partie utilisé spontanément le préavis de grève pour entrer en action. Plus de 100 magasins ont fermé leurs portes mercredi. C’est énorme. C’est l’expression de la profondeur du malaise. »

En 2018, il y a eu une semaine de grève. Les revendications ont-elles changé depuis lors ?

« Il s’agit toujours de la même chose : la charge de travail élevée due au manque de personnel. Les effectifs par magasin sont calculés sur base du chiffre d’affaires et non du travail à effectuer dans le magasin. Par exemple, dans mon magasin, nous ne sommes autorisés à ouvrir qu’avec 3 ou 4 personnes, ce qui n’est pas suffisant.

« Mais beaucoup plus est en jeu. Il existe une sorte de politique de la peur dans l’entreprise. En raison de la forte pression de travail, nous avons davantage de personnes malades qui ne sont pas remplacées. La période écoulée nous a fait prendre conscience de notre caractère essentiel, mais aussi du point auquel nous sommes sous-estimés. Il y a trois ans, le salaire n’était pas vraiment un problème, mais aujourd’hui, la revendication d’un salaire minimum de 14 euros est bien vivante. Cette année, c’est la première fois que de nombreux collègues se sont mobilisés autour de l’Accord interprofessionnel, ce qui n’était jamais arrivé auparavant. Dans un tract, nos salaires étaient comparés à ce que gagne le sommet de l’entreprise. Cela a provoqué beaucoup de colère.

« En fait, vous ne pouvez pas imaginer à quel point le manque de respect est grand ici. »

Qu’est-ce qui est nécessaire maintenant ?

« La direction est sortie avec une méthode de mesure du temps sur base de laquelle elle conclut que nous avons trop de temps pour effectuer notre travail. Ce type de mesure théorique ne tient pas compte de la réalité de terrain quotidienne. Dans la pratique, on ajoute tellement de choses que ce cadre théorique ne fonctionne tout simplement pas. Nous ne devrions pas accepter cela.

« Chaque magasin a sa propre spécificité, la situation d’un magasin en ville est différente de celle d’un magasin dans la campagne, par exemple. Même à Anvers, il existe des différences. Le personnel des magasins sait mieux que quiconque combien de temps il a besoin. Nous devons proposer un chiffre distinct pour chaque magasin. »

Quelle est la stratégie ?

« Peut-être devrions-nous réagir avec l’ensemble du secteur. Chez Delhaize, de plus en plus d’aspects de l’organisation de Lidl sont repris. Il y a l’arrivée des magasins Jumbo, où c’est totalement le Far West. Le recourt aux franchisés exerce une pression sur les salaires et les conditions de travail. Nous devons riposter en réagissant avec l’ensemble du secteur et en défendant ensemble nos revendications. »

Travaillez-vous avec des réunions du personnel ?

« C’est très difficile pendant les journées de travail, un piquet de grève est en fait la meilleure réunion du personnel qui soit. Il est important qu’il y ait une participation active du plus grand nombre possible de membres du personnel, l’un des moyens d’y parvenir étant de tenir des piquets de grève, où nous pouvons aussi nous adresser aux clients. »

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