Après la grève de la faim, reconstruire la lutte pour la régularisation de tous les sans-papiers

Manifestation pour la régularisation. Photo : James

Manifestation nationale pour la régularisation le 3 octobre, 14h, Gare du Nord.

Le 20 avril 2020, ce sont les sans-papiers qui avaient en premier fait sortir la lutte sociale hors du confinement. À partir de ce moment, les actions de solidarité et manifestations de sans-papiers et de leurs soutiens se sont succédé tout au long l’année 2020. En 2021, les sans-papiers ont lancé un mouvement d’occupations politiques à Bruxelles, tout d’abord à l’Église du Béguinage (le 28 janvier, avec le soutien du Père Alliet, des syndicats et de diverses associations) et ensuite à l’ULB et à la VUB, avec le soutien des étudiants.

Par Pietro (Bruxelles)

Dans la foulée des occupations organisées par l’USPR (Union des sans-papiers pour la régularisation) à Bruxelles (Béguinage, ULB,…), l’occasion se présentait de prendre le temps de construire une large mobilisation vers une manifestation nationale en faveur de la régularisation des sans-papiers. Mais la situation tragique dont sont victimes les sans-papiers, encore aggravée par la pandémie, liée à l’énorme frustration et au désespoir face à l’arrogance du secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration Sammy Mahdi (CD&V) a mené à la méthode extrême de la grève de la faim, qui a été lancée le 23 mai.

Le secrétaire d’État Sammy Mahdi (CD&V) n’a cessé de répéter qu’il n’y aurait pas de règle de régularisation collective ou d’exception. Face au blocage, certains sans-papiers sont entrés en grève de la soif. Finalement, le 21 juillet, après quasiment 2 mois de la grève de la faim, les sans-papiers ont déclaré arrêter temporairement leur action.

Tensions au sein du gouvernement

Alors que la situation devenait dramatique, le PS et Ecolo ont menacé de démissionner du gouvernement en cas de décès d’un gréviste de la faim. Avant de très vite changer de ton. Il n’a fallu que deux jours à Paul Magnette pour déclarer : « Non, il n’y a pas de crise gouvernementale par les grévistes de la faim. » Le coprésident d’Ecolo Jean-Marc Nollet a suivi sur la même ligne.

Finalement, un « accord » a été trouvé reposant uniquement sur des procédures individuelles, sans aucune certitude de régularisation. Le changement de cap du côté du PS et d’ECOLO a eu un très mauvais impact sur ces négociations. Une fois de plus, les sans-papiers ont été trahis par les partis traditionnels prétendument progressistes qui ont préféré préserver l’unité d’un gouvernement qui mène une politique raciste au lieu de défendre les revendications des sans-papiers.

Autre élément déterminant : ce ne sont pas des porte-paroles élus démocratiquement par le mouvement des sans-papiers qui se sont rendus à la table de négociation, mais des représentants de la société civile proches des militants.

Tout en comprenant bien le désespoir et la frustration des sans-papiers en lutte, le PSL/LSP, notamment par le biais de ses membres sans-papiers, avait défendu, dès le début, le point de vue que la grève de la faim n’allait pas être capable d’obtenir une réelle victoire pour le mouvement. Il faut toutefois reconnaitre qu’elle a permis d’attirer l’attention de couches larges de la population concernant la situation des sans-papiers. Mais la stratégie s’est révélée être un raccourci vers une voie sans issue.

Relancer une dynamique de construction de rapport de force

Après cette année de lutte acharnée, il est normal que le mouvement connaisse un moment de recul. Mais nous assistons aujourd’hui à une recomposition du mouvement, à la naissance de nouveaux collectifs comme celui qui a lancé en août l’occupation de l’ancien siège de la KBC à Molenbeek. Ces derniers mois de lutte ont donné envie à d’autres sans-papiers de sortir de l’ombre et de commencer à s’organiser.
Nous allons continuer à intervenir dans le mouvement pour le soutenir tout en accentuant qu’une réelle victoire exige d’élaborer un plan d’action national qui se lie aux autres mouvements sociaux. Il sera par exemple important que des sans-papiers participent à la manifestation de la FGTB du 24 septembre contre la loi sur les salaires. La régularisation des sans-papiers permettrait d’en finir avec leur exploitation clandestine qui participe aux pressions à la baisse sur nos salaires. Ce serait également un excellent endroit où mobiliser pour la prochaine manifestation nationale pour la régularisation du 3 octobre.

Nous appelons tous les collectifs de sans-papiers et leurs soutiens à faire de cette date la réussite la plus éclatante possible et de l’utiliser comme point de départ pour une campagne de longue haleine qui lie la régularisation à un programme de revendications sociales. Une telle approche renforcerait grandement les efforts visant à construire l’unité entre les mouvements de tous les « oubliés de la crise ».

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