Sur les océans et dans les ports… La section maritime du Komintern (1923-1943)

Il était une fois dans l’histoire de la lutte de classe

Publiée aux États-Unis en 1941 sous le titre Out of The Night(1) l’autobiographie de Jan Valtin (pseudonyme de Richard Krebs), un marin communiste allemand actif sur tous les océans et dans la plupart des ports (Hawaï, la Californie, la Chine, la Malaisie, l’Europe occidentale, la Russie) devient vite un best-seller.

Par Guy Van Sinoy 

Né en Allemagne en 1904 l’auteur, dont le père était inspecteur maritime en Extrême-Orient, suit sa famille de port en port. « A 14 ans, outre ma propre langue, je parlais assez bien le chinois le malais ; je me débrouillais en suédois, en anglais et en italien ». Revenu en Allemagne pendant la Première Guerre mondiale, Valtin rejoint le parti communiste à 16 ans et participe à l’insurrection de Hambourg en 1923. Sa vie va désormais se conjuguer étroitement avec l’incendie révolutionnaire qui s’est propagé dans le monde entier au cours des années vingt et trente. Devenu marin, il sillonne les océans, le plus souvent comme passager clandestin, et organise des noyaux communistes dans la plupart des ports sur tous les continents. Ce travail politique visant à jeter les bases d’une Internationale des marins et des dockers se fait dans le cadre de l’Internationale syndicale rouge (Profintern).

Figure de l’ombre et du secret, Jan Valtin appartient à cette avant-garde “rouge” qui tentait sans relâche de mener les masses ouvrières sur le chemin de l’insurrection armée. Obéissant, malgré ses doutes, aux consignes de son Parti, il finira comme ses camarades par admettre que l’ennemi principal, en Allemagne, est d’abord la social-démocratie. Entre mille révélations passionnantes, ce livre dévoile aussi tout ce que l’accession de Hitler au pouvoir doit aux stratégies dictées par Moscou.

Mais la Gestapo arrête Valtin en 1933 et l’envoie, comme des milliers de communistes et de socialistes, dans les premiers camps de concentration. Son fils est enrôlé de force dans les Jeunesses hitlériennes. Après des années de tortures, Valtin échappe à l’enfer en faisant mine(2) de jouer l’agent double au sein de son organisation.

Bientôt pourchassé par les tueurs de la Guépéou comme par ceux de la Gestapo, il s’exile aux États-Unis et, sans rien renier de ses combats antérieurs, rédige d’un trait ce livre témoignage à couper le souffle. Son livre est un puissant témoignage de l’immense courage et de l’esprit d’abnégation de toute une génération de militants ouvriers face au nazisme. Il est aussi une des premières dénonciations « grand public » des crimes du stalinisme.

1) L’édition française du livre est parue sous le titre Sans Patrie ni Frontières (Actes Sud, 13,70€)
2) Valtin fera mine d’adhérer au nazisme, sur les instruction de son supérieur communiste Ernst Wollweber. De 1953 à 1957, Wollweber deviendra, en République Démocratique Allemande, le responsable de la police politique (Stasi).

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