Inondations inédites : la solidarité comme dernier rempart

Photo : Gwen Schiltz

Le changement climatique est là – Arrachons les moyens nécessaires pour y faire face

Ce vendredi matin, le bilan provisoire des intempéries et inondations record fait état de 14 morts en Wallonie. Les images apocalyptiques se sont succédé sans discontinuer sur nos écrans. Avec une constante : les manifestations de solidarité à la base et l’héroïsme des services de secours. Hélas, le courage de ces travailleuses et travailleurs était entravé par le manque de collègues et de matériel suffisants qui sévit déjà depuis de trop nombreuses années.

Partout, des voisins ont prêté leurs pompes pour vider les caves et se sont organisés pour bloquer les soupiraux de leurs rues tandis que les propositions d’hébergement et d’aide ont rempli les réseaux sociaux. La réponse de la population ordinaire a été très impressionnante : de nombreux foyers se sont transformés en « centres de crise » pour héberger des dizaines de personnes. Des agriculteurs ont apporté leurs tracteurs, des ouvriers du bâtiment ont apporté des engins de génie civil… D’autres des canots à moteur ou autres engins flottants.
Ce n’est que mercredi soir que le mécanisme de solidarité européenne a été activé et que la France a commencé à fournir des moyens matériels et humains, ainsi que l’Italie et l’Autriche. Notons que nos voisins d’Allemagne, des Pays-Bas et du Luxembourg étaient également durement touchés par les inondations.

Une chose était claire dès mercredi après-midi, nos services étaient débordés. Jeudi après-midi, les autorités de la ville de Liège demandaient à la population vivant en bord de Meuse d’évacuer les lieux. Où aller ? Comment ? Aucune réponse de leur part, hormis « Liège possède belles collines, allez-y ». Merci pour ce conseil touristique. Visiblement, quasiment rien n’avait été prévu pour protéger les habitants de la plus grande ville de Wallonie, alors qu’il n’était pas compliqué de deviner qu’avec des précipitations cumulées de plus de 100l/m2 on aurait des crues record, avec la circonstance aggravante que le barrage de l’île Monsin ne pourrait pas jouer son rôle à cause des travaux de rénovation en cours.

Que ce soit en matière de prévention ou de réaction, il faudra demander que les autorités rendent des comptes. Dans la plupart des cas, les habitants ont été livrés à eux-mêmes, dans des situations de détresse totale, surtout pour les personnes âgées ou à mobilité réduite. Seuls la solidarité de toute la population et l’héroïsme de certains ont permis d’éviter une catastrophe humaine beaucoup plus importante.

L’austérité tue

Les services de secours et les pompiers ont été débordés. Les autorités auront beau se réfugier derrière l’ampleur des événements, le manque de moyens est une décision politique criminelle. Il n’y a plus aujourd’hui dans le pays que deux casernes de la Protection civile : Crisnée (en Wallonie) et Brasschaat (en Flandre). Les quatre autres ont été fermées par une décision du gouvernement Michel et du ministre de l’Intérieur Jan Jambon. Les deux tiers des casernes ont donc été fermés et le personnel réduit. Les syndicats avaient alerté du danger à l’époque : « Les 11 millions de Belges seront mal protégés suite à cette réforme », déclarait ainsi Alex Neuprez, adjudant de la protection civile à Ghlin et délégué CGSP. « Avec cette diminution de casernes, on augmente considérablement le temps de trajet des équipes pour arriver sur un lieu de catastrophe. »

Le gouvernement avait alors tenté de rassurer en disant que les budgets alloués aux pompiers augmenteraient. Mais le budget supplémentaire a été utilisé pour faire face à l’urgence (rénovation de casernes insalubres,…) et rien n’a été consacré aux tâches précédemment dévolues à la Protection civile. Car là aussi le manque de moyens est criant. Il n’y a d’ailleurs que 5.000 pompiers professionnels pour tout le pays, le reste étant des pompiers volontaires ayant donc une activité professionnelle à côté. Il leur est donc impossible de faire face à de telles situations dramatiques et d’enchaîner plusieurs journées sur le terrain.

Gouverner, c’est prévoir

Gouverner, c’est prévoir. Or, il y a eu de toute évidence un problème d’anticipation et même d’aveuglement volontaire. Certains pourraient répondre qu’il s’agit d’un phénomène météorologique tout à fait exceptionnel dont l’ampleur ne pouvait pas être prévue. Oui. Mais non. La potentialité de phénomènes météorologiques extrêmes était écrite noir sur blanc dans le 1er rapport du GIEC qui date de 1990. Page 122 : « Les variations des extrêmes hydrologiques en réponse au réchauffement global pourraient bien souvent être plus marquées que celles des conditions hydrologiques moyennes. Aussi l’étude des conséquences sociales des modifications des ressources en eau devra-t-elle être axée sur les variations de la fréquence et de l’étendue des inondations et des sécheresses. »

30 ans déjà que l’on sait. Ou que l’on devrait savoir. Bien sûr, on ne peut pas empêcher la pluie de tomber, mais on peut adapter les infrastructures, rendre les sols moins imperméables, se préparer à faire face… Qu’ont fait les gouvernements successifs depuis 30 ans sur ce terrain ? Pire que rien. On a préféré démanteler la protection civile et consacrer au même moment un budget de 3,6 milliards d’euros pour des avions de chasse F35.

Les dirigeants politiques responsables des politiques d’austérité devraient être trainés devant les tribunaux pour mise en danger d’autrui et non-assistance à personne en danger, des délits graves. Mais la Justice que nous connaissons est une justice de classe où l’on condamne scandaleusement des syndicalistes liégeois pour le blocage d’une autoroute durant une grève contre les réductions de budget.

Imaginons quel rôle pourrait jouer une protection civile démocratiquement organisée et financée à hauteur des défis actuels pour donner tout son poids à la solidarité spontanée de la population que nous avons si merveilleusement vue à l’œuvre ?

Il est grand temps d’en finir avec la logique de réduction budgétaire et de se battre pour des investissements publics massifs d’urgence dans la Protection civile et les services de pompiers. Nous avons aussi besoin d’investissements publics massifs dans les infrastructures pour faire face aux conditions météorologiques extrêmes liées au changement climatique (rappelons qu’en 2020, la chaleur a tué 1400 personnes en Belgique), mais aussi dans les logements sociaux pour offrir un toit aux personnes sinistrées et à toutes celles et ceux qui en ont besoin. Nous avons besoin de revoir les réseaux d’égouts et la manière dont les rivières sont gérées. Et, bien entendu, nous devons nous attaquer au défi climatique et assurer une transition énergétique verte le plus rapidement possible, sans que le prix en soit payé par les travailleuses et travailleurs, mais en saisissant publiquement les entreprises polluantes pour que la collectivité puisse en assurer la reconversion, dans le respect de la nature et des travailleuses et travailleurs. On ne contrôle pas ce que l’on ne possède pas !

Cet événement tragique illustre une fois de plus à quel point le capitalisme nous envoie droit dans le mur. Plus que jamais nous avons besoin d’une société débarrassée du chaos de la logique de profits, une société démocratiquement planifiée, une société socialiste.

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