Notre santé menacée par la course aux profits

– Faisons payer la pollution aux multinationales comme 3M
– Organisation du bilan de santé des travailleurs et des résidents
– Planifions démocratiquement la production pour répondre à nos besoins et pas à leurs profits

Il s’agit d’un des plus gros scandales environnementaux de l’histoire récente en Belgique. Les habitants de la commune de Zwijndrecht (près d’Anvers), et tous ceux vivant dans un rayon de 15 km (environ un million et demi de personnes) ont été invités à ne plus manger d’œufs provenant de leur poulailler. En cause, la pollution des sols par la société américaine 3M qui produisait du PFOS (sulfonate de perfluorooctane) et ses dégâts sur la santé de dizaines de milliers de travailleurs du port d’Anvers et de la population des environs. Aujourd’hui, les autorités et le monde politique capitaliste paniquent, mais rien n’est fait pour s’attaquer au véritable coupable : la course aux profits des entreprises polluantes.

Un scandale dissimulé durant des années

L’ampleur des ravages n’est pas encore claire. Mais si toute la lumière doit encore être faite, on sait déjà que 3M savait que le SPFO était un produit dangereux dans les années 1970. Philippe Grandjean, professeur à Harvard et spécialiste de médecine environnementale a déclaré « Si nous avions su à la fin des années 1970 ce que 3M savait déjà, nous, scientifiques, aurions prêté attention à cette question beaucoup plus tôt. » Mais 3M n’a rien fait et a préféré mettre en danger la santé de ses propres employés plutôt que raboter les dividendes de ses actionnaires.

La multinationale est restée silencieuse jusqu’à la fin des années 1990. En 1999, Rich Purdy, le spécialiste de l’environnement de la société, a démissionné pour protester contre « les blocages, les retards et l’indécision » dans le traitement des SPFO. L’inaction de 3M ne se limite pas aux SPFO : ses émissions de HFC-23 représentent 4 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre en Flandre, chose que la multinationale a minimisée pendant des années.

Les écotaxes qui frappent les travailleuses et les travailleurs sont justifiées par la devise du « pollueur payeur ». Mais les vrais pollueurs, les grandes entreprises comme 3M, s’en sortent toujours sans le moindre souci.

Le scandale des SPFO présente des similitudes frappantes avec la gestion de la crise sanitaire. Tout le chaos et les multiples pénuries provenaient du défaut de planification et de l’absence de contrôle démocratique sur la production et la distribution des matériaux de protection et des vaccins. La vaccination de l’ensemble de la population mondiale est nécessaire pour stopper le développement de nouveaux variants. Mais l’abolition des brevets toucherait les profits des multinationales pharmaceutiques. Même la capacité de production actuelle n’est pas utilisée à plein régime (voir en page 2) ! En plein milieu de cette pandémie, l’une des plus grandes entreprises pharmaceutiques de notre pays, GSK, a jugé nécessaire de s’attaquer à son personnel au lieu de concentrer toute son attention sur la lutte contre le virus ! La grève du personnel a heureusement fait plier la direction de GSK (voir en page 5).

Le mouvement ouvrier doit agir !

C’est le mouvement ouvrier qui fut le premier à intervenir contre la pollution et à lutter pour un environnement de travail et de vie sain et sûr. Friedrich Engels a écrit sur l’insalubrité des conditions de vie dans « La Situation de la classe laborieuse en Angleterre » en 1845 : « La société sait combien cette condition est préjudiciable à la santé et à la vie des travailleurs. Malgré cela, elle ne fait pourtant rien pour l’améliorer. Elle connaît les conséquences de ses institutions. Ses agissements ne constituent donc pas un simple homicide, mais un assassinat. » En 1886, le programme du Parti ouvrier belge (POB, ancêtre des partis socialistes) exigeait la création d’une commission ouvrière chargée d’enquêter sur l’état de santé dans les ateliers et les maisons ouvrières.

Des mesures urgentes doivent être adoptées pour protéger la population contre la pollution. Les (anciens) employés de 3M, les milliers de travailleurs sur les chantiers de construction de la liaison Oosterweel (le ring périphérique anversois) et tous les résidents de la région du site 3M sont concernés. Afin d’évaluer avec précision quels sont les dégâts, tous les documents et les données détenus par 3M doivent être rendus publics. Une étude biomédicale de grande envergure doit être menée immédiatement, sous le contrôle de représentants des travailleurs et des riverains. Les travaux d’Oosterweel doivent être arrêtés immédiatement, jusqu’à ce que la sécurité et la santé du personnel soient garanties.

La FGTB-Chimie a réagi en expliquant que les pouvoirs du Comité pour la Prévention et la Protection au Travail (CPPT) doivent être renforcés et élargis. Les services d’inspection du bien-être au travail et de l’environnement doivent également être renforcés. Le syndicat a également fait remarquer qu’il existe des risques de pollution historique dans plusieurs entreprises de la région et que l’on utilise des matières premières dont les effets sur l’homme et l’environnement n’ont pas encore été entièrement ou suffisamment évalués.

Toute cette colère doit être canalisée dans un mouvement de lutte. Les multinationales et leur personnel politique ne doivent pas s’en tirer à si bon compte. Une large campagne de pétition pour faire payer 3M et pour mettre en place une étude biomédicale contrôlée par les travailleurs et les résidents pourrait servir d’outil pour constituer des comités d’action et les aider à mobiliser vers une manifestation de masse juste après l’été. Les syndicats, les militants pour le climat, etc. pourraient prendre une telle initiative ensemble. Ce scandale illustre toute la nécessité d’un « changement de système ». Non seulement 3M, mais l’ensemble du système est coupable. Il est nécessaire de planifier démocratiquement la production afin que les besoins de la population soient au centre des préoccupations et non la soif mortelle de profit des multinationales.

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