Un plan de relance pour les travailleurs ou taillé sur mesure pour les grandes entreprises ?

La pandémie et son lot de restrictions sanitaires n’ont pas seulement été le déclencheur de la crise économique mondiale, il l’a approfondie et renforcée. Le développement du virus, la lenteur de la campagne de vaccination et les nouveaux « semi-confinement » ont éloigné la perspective d’une reprise rapide de l’économie en Europe et en Belgique sur base d’une reprise des exportations et de la consommation privée. 46% des entreprises belges prévoient de réduire leurs investissements, selon la Banque européenne d’investissement. La reprise doit dépendre presque entièrement de l’investissement public. Les dogmes néolibéraux ont volé en éclats. La « main invisible du marché » a dû céder sa place à la main directrice de l’État. Les normes budgétaires ont été suspendues et les robinets d’argent ouverts.

Par Boris (Bruxelles)

La perspective de participer à un gouvernement qui élabore une politique de relance a facilité la mise sur pied du gouvernement Vivaldi au fédéral. La Belgique prévoit, aux différents niveaux de pouvoir, un plan de relance de 13 milliards d’euros d’ici la fin de la législature, soit environ 3% du PIB. 5,9 milliards proviennent du plan de relance européen et 7,2 milliards supplémentaires doivent être répartis entre les différents niveaux de pouvoir. L’effort est moindre que chez nos principaux voisins. En raison de la dette nationale élevée et de son économie ouverte, la bourgeoisie belge considère qu’elle ne doit pas provoquer elle-même la reprise mais bénéficier des plans de relance des pays limitrophes et se contenter de soutenir cette dynamique.

L’investissement public belge qui était encore de 4% du PIB dans les années 70 et même de 5% début des années ‘80 a fortement chuté dans l’ère néolibérale pour ne plus atteindre que 2% du PIB entre 1990 et 2005. L’effondrement des tunnels bruxellois, l’état des routes wallonnes ou encore les œuvres d’art des musées fédéraux entreposées dans des caves au vu de l’état des bâtiments n’étaient que la pointe de l’iceberg du désinvestissement public massif. Même le patronat a dû reconnaître que, dans son propre intérêt, un certain réinvestissement devenait nécessaire. En 2019, celui-ci a remonté à 2,6% du PIB. La coalition Vivaldi a fixé l’objectif de revenir à 3,5% du PIB en 2024 et 4% pour 2030.

Bouée de sauvetage budgétaire

Vu l’état de délabrement du bâti consécutif à trois décennies de coupes budgétaires, une grande part du plan de relance belge vise à rénover et isoler à tous les étages : bâtiments des pouvoirs locaux, scolaires, infrastructure sportives, IPPJ, logements sociaux,… mais aussi la Bourse, le Palais de Justice, le Palais Royal et autres projets de prestige. Par ailleurs les primes et subsides aux propriétaires privés pour rénovation et isolement seront augmentés afin d’accélérer le rythme extrêmement lent des rénovations actuelles. Mais tout cela sera insuffisant pour atteindre les objectifs climatiques puisque la Belgique détient l’un des bâtis les plus vétustes et les moins efficients d’Europe, responsable à lui seul de 18% des émissions de Co2. À côté de la rénovation, très peu est envisagée en termes de création de nouvelles infrastructures pour le logement, l’enseignement, les crèches,… alors que tout cela manque cruellement.

Un autre volet concerne l’infrastructure pour la transition énergétique orientée vers l’industrie privée, en premier lieu la chimie, le métal et l’énergie. Il est notamment question d’une île énergétique en mer du Nord et d’un large réseau de transport d’hydrogène et de Co2 vers les principaux bassins industriels de Flandres et Wallonie ou encore du doublement de la capacité du transport de marchandises de la SNCB. Ici comme par le passé avec le nucléaire, c’est la collectivité qui investit et supporte les frais d’infrastructure nécessaires tandis que le privé empochera les bénéfices. Il n’en ira pas autrement pour la digitalisation, la recherche, la formation, les I-Tec, le déploiement de la 5G et de la fibre,…

Trop peu, trop tard

Ce plan de relance est trop limité et arrive trop tard. Il est taillé sur mesure pour les grandes entreprises. Avec les campagnes de Gauches Communes à Bruxelles, le PSL fut le premier, en 2012, à mener campagne contre le désinvestissement public massif et les pénuries à tous les niveaux. Nous défendons un plan radical d’investissements publics à partir des besoins de la population dans l’enseignement, la santé, le logement social, les transports en commun,… Nous lions cela à la nationalisation du secteur bancaire et financier afin de garantir la sécurité de l’épargne, des prêts bon marché et des aides aux indépendants et petites entreprises en difficulté sur base de besoins prouvés. Un secteur bancaire entièrement public permettrait de mobiliser l’épargne non plus pour la spéculation mais comme source de financement pour répondre aux besoins sociaux.

Nous devons refuser de payer la dette publique, sauf aux petits détenteurs sur base de besoins prouvés. Il faut stopper les libéralisations et privatisations, mais aussi nationaliser les secteurs stratégiques dans l’économie tels que le transport, le secteur énergétique, les télécoms, la grande industrie,… pour mettre fin aux pénuries et prendre la résolution des problèmes sociaux et environnementaux à bras le corps. Il n’y a aucune issue favorable à la population sur base d’un système reposant sur la soif de profits, la concurrence et la propriété du capital. Les défis actuels exigent une planification démocratique de l’économie et un monde socialiste démocratique.

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Première page de Lutte Socialiste