Le mouvement Occupy remet les contradictions de classe sur le devant de la scène

Interview d’un marxiste américain

Aux USA, le mouvement Occupy est l’expression d’une polarisation accrue dans la société américaine. Ce mouvement est toujours en cours. Parmi de larges sections de la population, la colère est grande face au fossé croissant entre riches et pauvres. Ces 20 dernières années ont uniquement bénéficié au 1% le plus riche de la société, de même que la légère reprise économique. Nous avons discuté de cette situation avec Brett Hoven, un ancien travailleur de Ford à Minneapolis qui sera présent au week-end Socialisme 2012.

Où en est le mouvement Occupy ?

“Si la plupart des occupations ont pris fin suite à la répression policière, les protestations ne sont pas pour autant terminées. A la côte ouest, Occupy Oakland a lancé une action de blocage du port de cette ville en riposte à la violence policière et pour défendre les droits des travailleurs. Dans l’État de Washington (près de Seattle), plusieurs campagnes du mouvement Occupy dénoncent des pratiques antisyndicales. Ici, à Minneapolis, nous menons campagne contre les saisies immobilières et les expulsions quand les gens sont incapables de poursuivre le remboursement de leur prêt hypothécaire. Cette campagne se développe et a déjà plusieurs victoires derrière elle.

Quel est l’impact du mouvement Occupy auprès des couches larges de la population ?

Sans occupation physique, le mouvement n’est plus aussi visible que dans la seconde moitié de l’année 2011. Mais il reste présent et occupent toujours les discussions dans la rue. Les politiciens, les démocrates en particulier, se sont vus contraints d’adapter leur rhétorique et d’intégrer les ‘‘99%’’ dans leur campagne. Ces politiciens restent toutefois payés et soutenus par les grandes banques, les spéculateurs et les riches.

La prise de conscience est croissante concernant le thème de la ‘‘lutte des classes’’. Un sondage réalisé par l’agence Pew en janvier a indiqué que 66% des Américains pensent qu’il y a un ‘‘conflit puissant’’ entre riches et pauvres. En 2009, un sondage similaire avait été réalisé, et cette opinion n’était partagée que par 47% des sondés. Ce n’est évidemment pas encore la même chose qu’une claire conscience de classe qui intègre la compréhension du rôle théorique et historique de la classe ouvrière pour changer de société, mais c’est un bon début. Une des principales conséquences du mouvement Occupy est peut-être le fait que le mouvement syndical semble trouver une nouvelle dynamique. C’est tout juste s’il avait auparavant réagi face à la crise économique. L’an dernier, nous avons vu réapparaître pour la première fois depuis longtemps la question de la grève générale. Cela fut tout d’abord le cas avec le mouvement au Wisconsin, mais les dirigeants syndicaux ont tout fait pour éviter de l’organiser. Ensuite, à Oakland, une grève générale a été appelée pour le 2 novembre. Il s’agissait plus d’une protestation massive que d’une réelle grève générale, mais c’est toutefois un évènement important. Cela a aussi indiqué que le mouvement Occupy (à l’initiative de l’appel) s’orientait vers la classe ouvrière, et cela peut faire une grande différence.

Les discussions ont été animées concernant la manière dont le mouvement devait traiter ces dirigeants syndicaux qui ne souhaitent pas entrer en lutte afin de ne pas déranger l’administration Obama et les démocrates. Les choses sont encore loin d’être claires, mais il est très positif que le mouvement Occupy s’oriente vers un travail à destination de la base syndicale.

Les élections présidentielles arrivent à grands pas, et cela domine toutes les informations qui nous proviennent des Etats-Unis. Quel est l’impact de cette riposte face à la crise sur les élections ?

Malheureusement, le mouvement Occupy était à ses débuts très faible au niveau politique. Tout comme ce que l’on a pu constater avec les mouvements d’occupation dans d’autres pays, le mouvement était ‘‘apolitique’’ dans le sens où de nombreux militants refusaient de mettre en avant des revendications politiques concrètes. Concernant ces élections, certains disent que quelque soit le candidat élu, rien ne changera pour la population, et il est vrai qu’il n’existe que peu de différence entre les démocrates et les républicains. Mais si nous n’occupons pas le terrain politique, il est difficile de lutter contre leur système électoral et de briser le pouvoir des deux partis du capital.

Les élections présidentielles constituent le plus grand spectacle politique de la société américaine. Le mouvement Occupy et le mouvement syndical devraient y avoir leur mot à dire. Cette opportunité devrait être saisie pour faire entendre la voix des millions de personnes insatisfaites de la politique des deux partis des riches. Le mouvement Occupy est tout à fait capable de présenter une alternative crédible. Sondage après sondage révèlent un soutien grandissant pour Occupy Wall Street, plus de soutien même que celui dont disposent démocrates et républicains. Le problème est qu’il n’existe pas de direction reconnue qui s’oriente vers cette option.

Quel est le rôle des marxistes de Socialist Alternative dans ces mouvements ?

Les militants de Socialist Alternative ont joué un rôle important en plusieurs endroits et ont été fort actifs dans le développement du mouvement Occupy. Nous défendons que le mouvement devienne plus concret en termes de revendications, et nous avons aussi argumenté en faveur d’un processus de prise de décision plus démocratique, pour que le mouvement s’oriente vers le mouvement des travailleurs et, enfin, pour formuler une claire alternative contre le système des deux partis et contre le capitalisme. La façon dont nous sommes intervenus différait d’une région à l’autre. Dans l’État de Washington, nous avons été très activement impliqués dans la lutte contre la direction d’une entreprise. À Minneapolis, l’accent a plus été porté sur la lutte contre les saisies immobilières et les expulsions. Nous avons convaincu un grand nombre de militants de mener campagne sur ce thème spécifique.

À New York, nous avons joué un rôle de moindre importance en raison de la taille du mouvement. Là, nous avons davantage mis l’accent sur le débat politique et le renforcement de Socialist Alternative.

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