[INTERVIEW] Les travailleurs sans-papiers en lutte pour un permis de travail !

Interview de Fortunat Kabwebeya, porte-parole du comité des travailleurs avec et sans papiers de la CSC-Bruxelles

Depuis le 14 décembre 2020, le Comité des travailleurs avec et sans papiers de la CSC-Bruxelles a lancé une campagne sur la nécessité d’ouvrir un accès au permis de travail pour les personnes sans-papiers. Nous soutenons ces revendications dans le cadre de la lutte pour un bon emploi et des salaires décents pour tous, notamment via la réduction collective du temps de travail avec embauches compensatoires et sans perte de salaire.

Propos recueillis par Pietro (Bruxelles)

Comment envisages-tu la lutte contre le dumping social ?

Pour lutter contre le dumping social et la mise en concurrence des travailleurs, nous devons être unis et arracher de meilleures conditions de travail et de vie pour tous. Les sans-papiers sont avant tout des travailleurs. Pour survivre, nous sommes forcés de travailler au rabais, et aujourd’hui sans protection. Corvéables à merci, durant le confinement, nous avons continué à travailler en première ligne. Les travaux de démolition et de rénovation n’ont pas cessé, et nous avons également pris soin des personnes âgées qui n’étaient pas soignées à l’hôpital ou encore effectué le nettoyage des entreprises ou des hôpitaux.

Pourtant, si le travail des 100.000 personnes sans-papiers de Belgique était régularisé, cela rapporterait directement 65 millions d’euros nets chaque mois dans les caisses de la sécurité sociale. A Bruxelles, il existe par exemple environ 80.000 postes à pourvoir dans des emplois en pénurie (et 140.000 pour toute la Belgique). D’autre part, la crise sanitaire a mis en lumière le rôle des métiers essentiels, notamment dans le soin aux personnes (travail domestique, soins à domicile, travail dans les maisons de repos et dans le secteur hospitalier), où l’on trouve déjà beaucoup de sans-papiers. C’est pour cela que nous serons mobilisés à côté du personnel soignant et des oubliés de la crise dans la deuxième manifestation de la santé à l’initiative de La Santé en Lutte le 29 mai.

Quelles revendications défend le comité contre l’exploitation des travailleurs sans-papiers ?

Pour nous, à partir du moment qu’un travailleur porte plainte, ou quand un contrôle de l’inspection sociale découvre un travailleur sans-papiers, le travail informel doit pouvoir être régularisé au travers du permis unique, comme cela se fait en France, en Suisse ou en Italie.

Mais le plan de relance économique 2020-2030 ne répond même pas à l’avis du Conseil économique et social de la Région du 16/06/16, dont notre comité était à l’initiative. Cet avis exige de garantir le droit des victimes de porter plainte en donnant un titre de séjour durant toute la durée de la procédure.

Pour lutter contre notre surexploitation et finalement contre le dumping social, nous demandons la sanction effective des patrons abuseurs, qui ne peut être garantie qu’en assurant notre protection. Notre campagne sur ce point s’appelle #FautILMourirPourAvoirLesPapiers ? Combien de travailleurs sans-papiers ont-ils eu un accident de travail et ont été laissés sur le bas-côté d’une route ? Combien de travailleuses domestiques ont-elles été harcelées ou confinées au travail auprès de particuliers ?

Nous voulons aussi garantir le droit à la formation. Notre 2ème campagne vise ainsi Actiris à Bruxelles. Le Comité de Gestion d’Actiris a écrit une note en janvier 2019 qui se penche sur l’hypothèse de permettre aux personnes sans titre de séjour d’accéder à des formations professionnelles dans les métiers en pénurie. Ce que nous voulons ! Selon nous, il faut revoir la liste des métiers en pénurie en fonction de la crise sanitaire et des besoins essentiels pour reconnaître les compétences des sans-papiers.

Enfin, nous avons une campagne « Pour un permis de travail maintenant ! » (www.permisdetravailmaintenant.net). La directive européenne Permis Unique demande aux Etats membres d’établir une procédure unique (travail et séjour) pour les ressortissants de pays tiers et nous proposons de l’assouplir y donnant accès aux sans-papiers. Pour reprendre l’avis du conseil économique et social de la Région bruxelloise, dont nous sommes à l’initiative, l’autorisation de travail délivrée par la Région doit ouvrir directement le droit au séjour.

La régularisation des sans-papiers reste notre revendication principale. Il s’agit d’une prérogative du gouvernement fédéral, mais les régions ne sont pas impuissantes, comme l’illustrent les thèmes de nos 3 campagnes. Nous vous invitons à les soutenir le 9 juin prochain, à 12h devant le parlement bruxellois, place Saint Jean.

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