Négociations salariales au point mort ? Poursuivons le combat pour de meilleurs salaires !

Grève du 29 mars.

La marge proposée de 0,4% maximum d’augmentation salariale en plus de l’indexation est une insulte pour tous les travailleurs. Les patrons ne veulent toutefois pas s’en écarter. Le gouvernement a prétendu offrir une ouverture sous la forme de primes uniques, mais même sur ce point, les patrons ne veulent pas négocier sérieusement. Ils s’en tiennent à la norme salariale fixée par la loi sur les salaires et ils savent que le gouvernement, même avec le PS en son sein, n’est pas prêt à toucher à celle-ci.

Le PS est dans l’embarras : le parti s’est engagé à respecter la loi sur les salaires de 1996 dans le cadre de l’accord de coalition. Le mieux que le parti peut proposer est de « contourner » la loi par des primes uniques. Les patrons sont résolument opposés à des négociations libres sur ces dernières dans les entreprises et les secteurs. En fait, cette proposition n’a jamais eu la moindre chance d’aboutir. Une autre mesure, qui représente un réel progrès, consiste à séparer l’enveloppe sociale des allocations et pensions les plus basses, l’enveloppe bien-être, de la discussion sur la norme salariale. Ces allocations les plus faibles n’ont en soi rien à voir avec la norme salariale, il est donc naturel de les séparer. Les patrons ont utilisé cette liaison pour faire chanter les syndicats : faute d’accepter l’inacceptable au niveau des salaires, les allocations et pensions les plus basses n’augmenteraient pas non plus. Les allocations les plus basses étaient prises en otage par la cupidité des patrons peu enclins à montrer à leur personnel le moindre respect.

Les patrons étaient dans une position confortable pour les négociations salariales : le gouvernement a annoncé qu’il imposerait la norme de 0,4% en l’absence d’accord entre partenaires sociaux. Si vous pouvez obtenir ce que vous voulez sans accord, pourquoi se donner la peine d’essayer d’en conclure un en accordant des concessions moins favorables que ce qui sera de toute façon imposé ? Les négociations sont bloquées parce que cette proposition de 0,4 % est inacceptable. Les règles relatives à la norme salariale ont été modifiées ces dernières années de sorte que les patrons n’ont pas à formuler de revendications : ce qu’ils veulent est devenu la règle. Idem avec le PS au gouvernement. La solution des primes uniques dans certains secteurs est insuffisante. Pour briser des normes salariales inacceptables, la loi sur les salaires doit disparaître.

« S’il y a quelque chose d’inquiétant dans l’échec des négociations salariales, c’est ce manque de compréhension de la manière dont se construit la prospérité », a-t-on pu lire hier dans l’édito de De Tijd. Selon le journal économique, ce sont les entrepreneurs qui créent la richesse en investissant. Le fait est que la valeur est créée par notre travail. Sans notre travail, leur capital ne vaut pas un balle. Toute discussion sur les salaires vise à déterminer qui obtient quelle part de la valeur que nous produisons. Les patrons souhaitent une part aussi importante que possible pour eux-mêmes et leurs actionnaires. Avec plus de 5 milliards d’euros de dividendes, les actionnaires des entreprises du BEL20 n’ont pas à se plaindre de l’année 2020. Les patrons et leurs porte-parole veulent nous faire oublier au plus vite que ce sont les salariés qui font tout fonctionner et portent le monde sur leurs épaules.

Le directeur général de la FEB, Timmermans, a déclaré : « Lorsqu’il y a de l’argent à distribuer, les syndicats sont toujours au premier rang. Chaque fois que les choses deviennent difficiles, ils font un pas de côté. Je le déplore. » Timmermans aurait-il oublié qui nous tire d’affaire en ces temps difficiles ? Ce sont les travailleurs ordinaires de la santé et d’autres secteurs vitaux. Il est scandaleux que les patrons agissent maintenant comme si rien ne s’était passé l’année dernière. 40 % des contaminations sont liées aux lieux de travail. Ce sont les travailleurs qui prennent les plus grands risques dans cette crise. Mais pour la FEB, risquer sa santé est secondaire par rapport au risque qu’un actionnaire ne puisse pas transférer des millions dans des paradis fiscaux.

L’argument le plus souvent invoqué est celui de la crise. « Si quelqu’un doit faire preuve de solidarité, ce sont les employés », écrit Bart Haeck dans De Tijd. On connaît donc les porte-voix des patrons : ce n’est pas le directeur avec 2,64 millions d’euros par an qui doit être solidaire, mais la vendeuse avec 12 euros de l’heure. Par ailleurs, le même journal faisait remarquer avant-hier que les chefs d’entreprise n’ont jamais été aussi optimistes en dix ans. Ils s’attendent à une relance de l’économie aux deuxième et troisième trimestres, en partie grâce aux plans de relance du gouvernement. Les patrons constatent le virage de la politique menée : soudainement, de l’argent est disponible. Ils veulent que tout cet argent aille directement dans leurs poches. Bien entendu, ils passent sous silence les mesures prises aux États-Unis, qui permettent aux travailleurs ordinaires de recevoir une petite part de l’argent disponible. Le but de ce chèque de 1400 dollars par Américain est de maintenir l’économie à flot, de sauver le système capitaliste, et non de soutenir ceux qui luttent. Les patrons belges espèrent bénéficier de la croissance économique résultant de ce type de mesure. Dans le même temps, ils ne veulent pas voir le pouvoir d’achat de leur propre personnel s’améliorer.

Que devons-nous faire maintenant ? Le ministre PS Dermagne est prêt à réunir à nouveau les partenaires sociaux, mais seulement s’il y a une chance de succès. Tant qu’il n’y a que 0,4% sur la table, aucun accord n’est possible. Parmi les travailleurs, il y a une détermination pour entrer en action. C’est apparu clairement lors des journées d’action de février et lors de la grève nationale du 29 mars. Sans accord salarial national, pas de paix sociale. De nouvelles actions seront nécessaires, sinon les patrons resteront simplement assis à leur table pendant que le gouvernement leur fait le service.

Nous devons poursuivre notre lutte sur la lancée de la grève du 29 mars. Comment faire? On se souvient du plan d’action de 2014 contre le gouvernement Michel, qui a malheureusement été arrêté par le sommet syndical après le succès retentissant de la grève générale du 15 décembre. Un tel plan d’action doit être discuté et préparé de toute urgence. Cela démontrerait clairement à quel point nous sommes sérieux. C’est aussi nécessaire pour convaincre les couches de travailleurs hésitantes à rejoindre le mouvement. De cette manière, nous pouvons briser la norme salariale et la loi sur les salaires.

Partager :
Imprimer :
Première page de Lutte Socialiste