ArcelorMittal : un rapport qui en dit long

Nationalisation sous le contrôle des travailleurs !

Alors que Mittal fait un pas de plus vers la condamnation des hauts fourneaux d’Ougrée en annonçant la fermeture en 2014 des centrales au gaz qui les alimentent, un rapport commandé par le conseil d’entreprise européen de la multinationale relance le débat sur la viabilité de la sidérurgie liégeoise. On se rappelle en effet qu’une expertise, le rapport Laplace, commandé par la direction ‘’démontrait’’ la non-rentabilité inéluctable de la phase à chaud. Le rapport Syndex qui vient de tomber contredit l’affirmation du rapport patronal : la sidérurgie liégeoise a bien un avenir, sa rentabilité est avérée. Et de pointer les erreurs de la direction qui handicapent aujourd’hui le site.

Par Simon (Liège)

La stratégie de Mittal, dénoncée depuis longtemps par les délégations syndicales, est de rogner sur les investissements nécessaires au maintien d’une productivité compétitive et d’utiliser l’argent ainsi épargné pour faire l’achat d’exploitations minières, un secteur plus favorable à la spéculation. Ceci implique de concentrer les investissements sur certains sites de production au détriment d’autres, condamnés à une mort à plus ou moins long terme ; et entraîne une diminution de la production qui pénalise l’entreprise une fois que la demande reprend. Ainsi, récemment, Mittal a renoncé à une commande de 2,5 millions de tonnes d’acier, production qui correspond exactement à la capacité des hauts fourneaux liégeois. Cette stratégie est d’autant plus scandaleuse qu’elle s’accompagne de prises de bénéfice prodigieuses par les dirigeants du groupe. Le ‘’senior management’’ d’ArcelorMittal, c’est-à-dire l’organe de direction suprême de la multinationale, s’est ainsi accordé un bonus de 7,2 millions de dollars soit une augmentation de 138% par rapport à l’année passée. Le bonus personnel de Lakshmi Mittal a quant à lui pris 199%.

Du coup, la discussion dans les rangs syndicaux porte plus que jamais sur la nécessite de la nationalisation. A quoi bon en effet rester au sein d’un groupe qui sabote sciemment la productivité d’une de ses propres entreprises ? Pour taper le clou sur la possibilité technique d’une reprise de l’usine par l’Etat, les syndicats pointent le cas de l’aciérie allemande Dillinger Hütte, dans la Sarre. Cette aciérie de taille comparable à celle de Liège, appartenant par le passé à Arcelor poursuit son activité de manière indépendante depuis huit ans. Elle appartient à présent à un holding public régional. Cette entreprise similaire à Cockerill prospérant à deux heures de route du site liégeois démontre de façon éclatante la faisabilité de la nationalisation et son intérêt pour une région wallonne en manque de fonds. N’en déplaise aux politiques qui, il y a peu de temps encore, proclamaient qu’il n’appartient pas à l’état de reprendre des entreprises, tel Jean-Claude Marcourt (PS) ministre wallon de l’économie qui se faisait ainsi le chantre du ‘’tout au marché’’.

Peu importe que celui-ci ait fait mine depuis lors de retourner sa veste sous la pression de l’opinion. Et peu importe, du reste, les bavardages des politiciens traditionnels. Les questions qui se posent pour les syndicalistes combatifs sont, en premier lieu, comment obtenir la nationalisation et deuxièmement, comment ne pas se faire rouler comme en 2003 avec une pseudo-nationalisation consistant à imposer des sacrifices aux salariés et à revendre au plus vite au secteur privé.

La réponse à ces deux questions est à chercher dans les traditions de la lutte sociale ouvrière. Pour contraindre Mittal à céder le site y compris la phase à chaud et la recherche et développement, il faut occuper l’entreprise. Afin que les salariés tiennent le coup dans leur lutte et pour leur permettre de soutenir une grève de longue haleine, il faut lancer un appel à la solidarité avec la population dont nous avons vu qu’elle existait lors de l’immense manifestation du 7 décembre à Liège. Les salariés pourront sans aucun doute s’appuyer aussi sur la tradition de solidarité qui existe chez les métallos et dont nous avons encore eu une démonstration à Meister (voir ci-dessous). Mais une fois l’entreprise arrachée aux mains des spéculateurs et des financiers, il faudra encore réclamer que la gestion soit remise aux travailleurs pour éviter que les politiques ne gèrent l’entreprise comme un conseil d’administration du privé. Non à la fermeture de Cockerill ! Nationalisation sous le contrôle des travailleurs sans rachat ni indemnité !

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