Lutter pour nos salaires avec un plan d’action qui n’abandonne personne

Photo prise à Liège durant la grève de ce 29 mars.

La bataille salariale met pression sur le gouvernement De Croo. L’accord de coalition (cosigné par le PS/SP.a et ECOLO/Groen) stipule que rien ne peut être modifié dans la loi de 1996 sur les salaires, à la grande joie des libéraux. Briser la scandaleuse norme salariale de 0,4 % exige de s’en prendre à cette loi. Et pour cela, nous ne devons compter que sur nos propres forces, celles mises en branle par la grève du 29 mars.

Par Nicolas Croes, article tiré de l’édition d’avril de Lutte Socialiste

Du côté patronal, cette grève est considérée comme une aberration (dans quel cas ne l’ont-ils pas dit ?). A l’Union wallonne des entreprises, on crie : « La grève du 29 mars, c’est un véritable scandale. On sort de la crise la plus importante qu’on ait eue depuis la deuxième guerre et on demande aux gens de faire grève pour qu’ils soient mieux payés? Il y a un décalage total entre les syndicats et l’ampleur de la crise. » Tout en prévenant : « Le jour où le chômage temporaire ne sera plus là, cela va saigner. » Mais pas question de s’apitoyer sur le sort des travailleurs qui seront jetés à la porte : l’UWE trouve que le coût d’un licenciement est trop important en Belgique et qu’il faudra s’attaquer à ce dossier.

Les patrons tordent et déforment la réalité pour la faire coller à leurs intérêts. Des augmentations de salaires soutiendront évidemment infiniment plus l’Horeca et les petits commerces que les juteux dividendes versés aux actionnaires qui atterriront dans des paradis fiscaux. Ce n’est pas neuf, le patronat cherche bien plus la soumission que l’adhésion. Le chantage compense son manque d’argument. Vous voulez plus de salaire ? Il y aura encore plus de licenciements.

Construire la solidarité

De cette manière, les patrons espèrent nous diviser. La meilleure riposte est de construire une solide unité dans l’action qui repose sur la farouche détermination de ne laisser personne de côté. Pour cela, nous avons besoin de l’unité des travailleurs, francophones ou néerlandophones, rouges ou verts. La lutte ne commencera pas partout au même niveau, c’est certain, cela n’a d’ailleurs jamais été le cas. Mais évitons de nous focaliser sur ce qui ne fonctionne pas. Soulignons plutôt les éléments positifs en cherchant à les généraliser. De cette manière, nous pourrons combattre le cynisme, assurer une base plus large au syndicalisme de combat et nous diriger vers des victoires.

Les directions syndicales, le PTB et Marc Goblet (député fédéral PS et ancien président de la FGTB) défendent une réforme de la loi sur les salaires de 1996 afin de rendre la norme salariale facultative et non plus contraignante, en supprimant les sanctions prévue pour son éventuel dépassement (voir en page 2). La logique est dangereuse, car elle suppose que plus peut être obtenu dans certains secteurs sans rien prévoir ailleurs, là où les conditions salariales sont souvent pires. La proposition peut toutefois être utilisée pour participer à la mobilisation de l’ardeur de la base syndicale et ainsi permettre d’aller plus loin.

Les secteurs les plus forts, où les travailleurs sont mieux organisés, devraient utiliser leur rapport de force pour assister les autres. Le salaire minimum de 14 euros de l’heure devrait absolument être lié à la conclusion du moindre accord. Dans le secteur chimique ou pharmaceutique, où les salaires sont parfois élevés, il ne manque pas de syndicalistes qui comprennent qu’ils doivent se battre pour leurs camarades aux salaires les plus bas. Construire un tel rapport de force les aidera d’ailleurs à protéger leur propre emploi s’il est menacé.

C’est pour TOUS les salaires et pour CHAQUE emploi que nous devons nous battre. Il nous faut un plan d’action sérieux, avec l’implication maximale de la base, pour rassembler toute la force du mouvement ouvrier et balancer la loi de 1996 à la poubelle tout en imposant le salaire minimum à 14 euros de l’heure et une norme salariale qui représente un MINIMUM d’augmentation salariale, pas un maximum. Si des entreprises se disent incapables de supporter les augmentations, qu’elles ouvrent d’abord leur comptabilité que cela puisse être vérifié. Quant à la menace d’une avalanche de licenciements, popularisons dès maintenant la revendication de la nationalisation sous contrôle des travailleuses et des travailleurs des entreprises qui ferment ou procèdent à des licenciements collectifs.

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Première page de Lutte Socialiste