29 mars : mobilisation et grève générale pour une réelle augmentation des salaires

« Après les applaudissements, la gifle. » La CSC et la FGTB ont raison de considérer comme scandaleuse la proposition d’une marge maximale d’augmentation salariale de 0,4%. Cela représente à peine 6 euros bruts par mois pour les salaires les plus bas. A peine 9 euros brutes par mois pour le personnel des métiers dits « essentiels ». L’équivalent de quatre gros pains.

On dirait que le patronat oublie qui produit les richesses…

Sans surprise, on crie au scandale du côté patronal face à l’annonce de la grève. De meilleurs salaires ? « On dirait que les syndicats ont oublié qu’on était en crise ! », comme on a pu le lire dans De Tijd. « Appeler à la grève maintenant n’est pas constructif », dit-on au Standaard. La version « progressiste » dans De Morgen : « Une grève n’est pas exactement une réponse très inspirée aux questions sociales après le coronavirus. » Non, les médias n’ont pas eu beaucoup d’inspiration dans leur propagande anti-grève qui semble remonter à l’époque où les travailleurs n’étaient pas encore reconnus comme les héros sans qui rien ne fonctionne.

A écouter les patrons, ce n’est de toute manière jamais le moment d’augmenter les salaires. Enfin, les nôtres plus précisément. En 2019, un dirigeant d’une entreprise du BEL20 (l’indice boursier belge) gagnait en moyenne de 2,46 millions d’euros : 30% de plus que l’année précédente! Chez Delhaize, qui a réalisé 14% de chiffres d’affaires en plus en 2020, on a accordé 34% d’augmentation au patron. Non, nous ne sommes pas tous sur le même bateau.

Quant aux actionnaires, pas de marge maximale pour eux non plus. La majorité des entreprises du Bel20 s’apprête à distribuer plus de 5 milliards d’euros de dividendes en 2021. Le service d’étude du PTB a d’ailleurs calculé qu’une augmentation salariale de 5 % dans ces entreprises ne coûterait que 25 % des dividendes annoncés. Si des patrons affirment que les augmentations de salaire sont « impayables », qu’ils le prouvent en dévoilant leur comptabilité.

Les actionnaires de Colruyt, par exemple, vont se partager 183 millions d’euros cette année. Mais les travailleuses et travailleurs de l’entreprise devront se contenter de miettes après avoir été en première ligne depuis le début de la crise sanitaire. Ce vendredi 12 mars, Yves Van Laethem a encore souligné que « Le nombre de clusters est toujours plus élevé sur le lieu de travail ». On se souvient que chez InBev, il avait fallu une dizaine de journées de grève pour imposer un nouveau protocole sanitaire après qu’une dizaine de travailleurs aient été contaminés ! Mais les médias préfèrent passer cela sous silence et pointer du doigts les jeunes dans les parcs.

La loi sur les salaires de 1996 repose sur un calcul du « coût du travail »… Mais c’est lui qui rapporte ! Le jour de la grève, quand les médias dominants parleront de « ce que coûte la grève », ils parleront en fait de ce que les travailleuses et travailleurs produisent comme richesses en temps normal. La productivité n’a d’ailleurs cessé d’augmenter ces dernières années. En réalité, les les salaires belges accusent depuis 1996 un retard de 12% sur la croissance de la productivité. En d’autres termes, nous travaillons de plus en plus dur. Il en découle une augmentation de l’épuisement au travail, le coût des burnouts et des maladies étant répercuté sur la collectivité. Pour accroitre les bénéfices, aucune opportunité n’est manquée. Pour augmenter les salaires, ce n’est jamais le moment.

La lutte paie !

Il y a actuellement 5% de travailleurs qui vivent sous le seuil de pauvreté en Belgique. En 2020, environ un quart de tous les Belges (actifs et inactifs) n’étaient pas en mesure de faire face à une dépense imprévue. 5,7% d’entre eux ne parvenaient pas à payer leurs factures à temps. Et 20% des Belges n’ont pas les moyens de partir une semaine en vacances. Un meilleur salaire minimum, c’est une absolue nécessité. Et cet argent là ne partira pas sur des comptes en banque de paradis fiscaux…

Une victoire importante vient d’être arrachée sur ce point : le salaire minimum de 14€/h arrive à l’Université de Gand. C’est le fruit du travail de longue haleine porté par la délégation syndicale CGSP, qui a cherché l’implication du personnel et des étudiantes et étudiants avec une pétition, puis une manifestation et enfin une grève soigneusement préparée en mars 2020.

Les premières journées d’action du front commun syndical les 12 et 25 février derniers avaient clairement illustré la détermination qui vit à la base. La grève du 29 mars a été annoncée bien à l’avance et la mobilisation sera soutenue par l’édition de la « Gazette des salaires ». Celle-ci va être produite à un million d’exemplaires et distribuée en entreprises à l’image du fameux « Journal des pensions » qui avait assisté la mobilisation réussie contre le système de pensions à points de la bande à Michel.

Il s’agit d’une bonne opportunité pour que les délégations mobilisent des réunions de sensibilisation, y compris en ligne, pour affiner notre argumentation en faveur de meilleurs salaires et allocations sociales, mais aussi pour débattre des prochaines étapes de notre plan d’action contre le patronat et le gouvernement. Il nous faut un sérieux plan d’action capable de rassembler toute la force du mouvement ouvrier pour imposer une norme salariale qui représente un MINIMUM d’augmentation salariale, pas un maximum. De cette manière, la combativité des secteurs les plus forts permettrait d’assurer un meilleur minimum pour toutes et tous.

Nous avons besoin de l’unité des travailleurs, francophones ou néerlandophones, rouges ou verts. Il est certain que la lutte ne commencera pas au même niveau partout, cela n’a jamais été le cas. Mais nous devons éviter de de nous focaliser sur ce qui ne fonctionne pas, ne tombons pas dans ce piège. Nous devons au contraire accentuer les éléments positifs et chercher à voir comment les généraliser pour assurer la base la plus large possible au syndicalisme de combat.

C’est de cette façon que nous pourrons construire le rapport de force nécessaire non seulement pour abattre la norme salariale de 0,4% et repousser tout compromis boiteux qui s’en prendrait à notre sécurité sociale, mais aussi et pour en finir avec la loi de 1996 sur les salaires. En mars dernier, le professeur libéral Paul De Grauwe (London School of Economics) affirmait lui-même dans les pages du quotidien De Morgen : « La loi de 1996 est basée sur des considérations économiques obsolètes qui ne jurent que par la compression des coûts. Cela nous entraîne dans une spirale négative vers des salaires insuffisants et des emplois peu attrayants. Nous ferions mieux de nous affranchir de ce paradigme économique complètement dépassé et de jeter la norme salariale à la poubelle. » Gardons toutefois en tête que De Grauwe est bien capable de retourner sa veste dans le feu de la bataille pour défendre sa classe sociale.

Un autre système est nécessaire

Il n’y a d’ailleurs pas que la norme salariale à balancer aux ordures. Dans le système capitaliste, les patrons essayeront toujours de reprendre d’une main ce qu’ils ont dû concéder de l’autre. De Tijd prévient déjà : « augmenter les salaires aujourd’hui, c’est contribuer à organiser les licenciements de demain. » Nous connaissons déjà la meilleure manière de riposter : la nationalisation sous contrôle des travailleuses et des travailleurs des entreprises qui ferment ou procèdent à des licenciements collectifs.

Certains comptent sur les sociaux-démocrates (SP.a-PS) et les verts (Groen-Ecolo). Mais le gouvernement actuel, avec ces partis, a inscrit le carcan de la modération salariale dans l’accord de coalition. Nous verrons ce qu’ils valent lorsqu’ils seront soumis à la pression d’une classe ouvrière déterminée et en lutte. Mais la meilleure manière de repousser le danger de la droite, de la droite populiste et de l’extrême droite, c’est d’en finir avec cette politique du « moindre mal » qui a placé la Belgique à la 16e place des paradis fiscaux, selon le rapport 2021 du Tax Justice Network. La Belgique, un paradis pour les capitalistes, un enfer pour les travailleurs, comme le disait déjà Marx à son époque.

Dans le bras de fer entre travail et capital qui s’engage sur fond de crise économique, sanitaire et écologique, nous devons nous armer d’un programme global de transformation socialiste de la société. Ce sont les travailleuses et les travailleurs qui font tourner le monde et sont la source des richesses produites. La seule manière de sortir de l’impasse capitaliste est qu’ils se saisissent des leviers principaux de l’économie et organisent démocratiquement le fonctionnement de ces secteurs clé de la production selon une planification démocratique respectueuse de l’environnement.

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Première page de Lutte Socialiste