Israël/Palestine. Un retrait lourd de nouvelles tensions

Israël a mis fin en 4 semaines à 38 ans d’occupation dans la Bande de Gaza et le nord de la Cisjordanie. Mais Israël continue de contrôler la majeure partie de la Cisjordanie ainsi que l’espace aérien et maritime de Gaza. Surtout, le retrait israélien va aviver les tensions internes en Israël comme en Palestine.

Thierry Pierret

Le Premier Ministre israélien Ariel Sharon a mené l’opération tambour battant. Il a passé outre l’opposition du puissant lobby des colons et même d’une bonne partie de son gouvernement et de son propre parti, le Likoud. Il faut dire que Sharon était soumis à une double pression. Celle du Président Bush qui veut relancer la “feuille de route” pour arriver à un accord final entre Israël et l’Autorité palestinienne (AP). Celle de la population israélienne qui n’acceptait plus le coût exorbitant de l’occupation de ce territoire minuscule.

La classe dirigeante israélienne se heurte aux limites de sa politique. Pendant 38 ans, elle a tenté de contenir les luttes sociales en Israël en envoyant des milliers de familles modestes dans les territoires occupés. Là, elles recevaient un logement à bas prix et des avantages sociaux payés par le contribuable israélien. Elles y recevaient également des terres fertiles confisquées aux Palestiniens. Les gouvernements israéliens successifs ont encouragé les mouvements extrémistes religieux dans leur entreprise de “reconquête” des terres bibliques de “Judée-Samarie”.

Mais les contradictions de classe finissent toujours par reprendre le dessus. Les plans d’austérité draconiens successifs du gouvernement Sharon se sont heurtés à une résistance énorme des travailleurs israéliens. La colonisation est devenue un facteur de mécontentement supplémentaire, car nombre d’Israéliens ne comprennent pas pourquoi le gouvernement continue de subventionner généreusement les implantations alors qu’il taille allègrement dans les dépenses publiques en Israël même.

Le fondamentalisme religieux, qui devait servir à détourner les Israéliens pauvres de la lutte des classes, échappe désormais au contrôle de la classe dirigeante israélienne. Des milliers de jeunes fanatiques venus de colonies illégales en Cisjordanie sont venus “prêter main forte” aux habitants des implantations de Gaza. Ils n’ont pas hésité à asperger d’acide les policiers et les soldats israéliens et à les traiter de nazis. Deux attentats mortels ont été commis contre des Palestiniens pour empêcher le retrait. Bien que la majorité des colons de Gaza soient partis de leur plein gré, ces excès les ont isolés. Avec un cynisme consommé, le gouvernement en profite pour refuser de faire suite à leurs revendications d’être relogés dignement en Israël. Ils craignent à juste titre de rester indéfiniment dans des préfabriqués. Cette situation risque de générer un terreau fertile pour l’extrême droite et le fondamentalisme.

L’évacuation va aussi accroître les tensions du côté palestinien. La lutte pour le pouvoir que se livrent les factions palestiniennes va se doubler d’une lutte pour le partage des terres des colons. Le chef de l’AP, Mahmoud Abbas, s’est empressé de nationaliser la quasi-totalité de ces terres pour empêcher une curée générale. C’est une tentative illusoire de protéger la classe dirigeante palestinienne de sa propre voracité. En effet, c’est l’administration corrompue de l’AP qui contrôle ces terres… L’exaspération de la population est à son comble.

Le 7 septembre, l’ancien chef des renseignements militaires de Gaza, Moussa Arafat, était abattu à son domicile par une centaine d’hommes armés. Ils lui reprochaient sa corruption et son despotisme. La seule solution, c’est la nationalisation de la terre sous le contrôle de ceux qui la travaillent, c’est-à-dire les ouvriers agricoles palestiniens. Pour cela, il faut que les travailleurs et les couches pauvres de Palestine s’organisent et conquièrent leur indépendance politique par rapport aux partis islamistes et nationalistes.

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