Condamnation de 17 syndicalistes FGTB liégeois – réaction de Silvio Marra, ancien délégué aux Forges de Clabecq

Le point de vue de Silvio Marra, ancien délégué FGTB aux Forges de Clabecq, ex-accusé, avec 12 autres camarades, par le procureur de Nivelles, pour des faits qui s’étaient déroulés lors de la lutte contre la fermeture des Forges de Clabecq (1997). Pour rappel, tous les inculpés de ce procès important avaient été acquittés en 2002.

Propos recueillis par Guy Van Sinoy

Qu’elle est ton opinion sur la condamnation des militants syndicaux de Liège ?

Silvio Marra : Tout d’abord on ne peut admettre que les forces de police, les procureurs et les tribunaux interviennent dans les conflits sociaux. Ce procès est l’occasion de relancer le débat sur le droit des travailleurs de ne pas être d’accord avec le patronat qui n’a qu’une chose en tête : accroître l’exploitation des travailleurs pour faire plus du profit.

Le droit de faire grève n’est pas un droit qui serait écrit dans un bouquin qu’on appellerait « code civil » ou « code de je ne sais quoi » . Le droit de grève existe parce qu’il existe des classes sociales avec des intérêts antagonistes. Ce droit est celui de contester l’exploitation capitaliste. Il ne peut vivre dans le cœur de centaines de milliers de militants syndicaux élus dans les entreprises et les 3 millions d’affiliés qu’en élevant sans cesse leur niveau de conscience, à travers le débat et l’expérience des luttes sociales. Quand le monde du travail aura découvert sa force véritable, tribunaux, procureurs et forces de répression ne pèseront pas bien lourd.

La Fédération des Entreprises de Belgique (FEB) voudrait inclure dans le prochain accord interprofessionnel une clause sur la réglementation des grèves.

L’objectif de la condamnation des responsables syndicaux à Liège et à Anvers1, est de désorganiser la capacité de résistance syndicale. Le souhait de la FEB, dans la foulée de ces condamnations, est d’affaiblir les syndicats, voire de les interdire de manière à n’avoir aucune force sociale capable de s’opposer. Une telle situation ne peut se produire parce qu’il existerait une loi ou une convention interdisant les luttes sociales. Là où il y a oppression et exploitation il y aura inévitablement une résistance.

L’action syndicale que j’ai menée pendant 25 ans aux Forges de Clabecq a porté sur l’élévation du niveau de conscience politique des travailleurs dans les luttes contre le racisme, contre l’exploitation, contre les maladies professionnelles, pour la solidarité, pour la défense des plus faibles, pour qu’on ait le droit de se défendre.

As-tu quelque chose à ajouter ?

Je voudrais ajouter ceci. La lutte menée par les travailleurs des Forges de Clabecq contre la fermeture a largement débordé du cadre de leur entreprise. Les militants syndicaux des Forges sont allés soutenir de nombreuses luttes sociales de l’époque, grève des enseignants, manifestations étudiantes, manifestations contre le racisme, manifestations contre la guerre, etc. Des dizaines de milliers d’acteurs sociaux de terrain ont ainsi pu constater que nous n’étions pas repliés sur notre usine. En 1997, des dizaines de milliers de manifestants ont participé à la Marche multicolore, un peu plus tard des millions de téléspectateurs de par le monde ont vu les images de l’attaque de la gendarmerie contre notre manifestation près de l’autoroute et comment nous avions protégé la manifestation avec des bulldozers. Des milliers de militants se sont déplacés à de nombreuses reprises pour nous soutenir au tribunal de Nivelles et de Bruxelles lors de notre procès. Inévitablement la résistance des travailleurs de Clabecq a fait tache d’huile et a contribué fortement à nourir l’esprit de lutte dans ce pays.
Les dirigeants syndicaux nationaux de l’époque ont tenté de nous isoler et d’affaiblir le courant de sympathie que nous avions suscité dans la population, mais ils n’y sont pas parvenus en grande partie. Aujourdhui, quand je participe à des manifestations nationales, beaucoup de personnes sont contentes de me voir et viennent me saluer. Je ne sais pas si on peut en dire autant des anciens dirigeants syndicaux nationaux de l’époque.

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