Russie : Questions fréquemment posées sur les élections

Les militants du KRI (Komitiét za rabotchi internatsional, section russe du CIO) sont sans cesse confrontés aux mêmes questions concernant le pourquoi de notre appel à boycotter les élections présidentielles du 4 mars, et que faire le jour du 4 mars.

Vous appelez au boycott – ça veut dire qu’il ne faut pas aller voter ?

Si. Allez au bureau de vote et faites avec le bulletin tout ce qu’il mérite dans les conditions actuelles. Déchirez-le à la vue de tous, détériorez-le et jetez-le dans l’urne, ou reprenez-le avec vous en guise de souvenir. Mais mieux que tout, écrivez dessus tout ce que vous pensez des élections et collez-le sous forme de tract à afficher dans le hall d’entrée de votre immeuble, à l’arrêt de bus ou tout autre endroit public, afin d’entrainer d’autres à suivre votre exemple. L’important est de ne pas donner votre voix à qui que ce soit – car aucun des candidats proposés aux élections présidentielles ne représente les intérêts de la majorité de la société – des travailleurs.

Le boycott renforce les chances de Poutine de remporter la victoire. Mieux vaut voter pour n’importe quel autre candidat.

Si vous estimez que les autres candidats aux présidentielles vont réellement mener une politique différente de celle que mène la clique de Poutine – votez pour eux. Nous estimons qu’il n’y a aucune différence de principe entre eux, ils sont tous pareils. Aucun d’entre eux ne promet même d’arrêter les réformes du secteur social qui détruisent l’enseignement et les soins de santé, ni ne refuse les coupes d’austérité. Sans même parler d’avoir le véritable désir ni la volonté de ce faire. Aucun d’entre eux n’a un véritable programme anti-crise et de relèvement des conditions de vie de la majorité. D’une manière ou d’une autre, ils se déclarent tous aujourd’hui en faveur d’un soutien aux entreprises, tout comme plus tôt ils soutenaient l’idée d’une injection de notre argent aux banques. Tous se sont tus lorsqu’on a taillé dans nos emplois et nos salaires. Tous font partie du régime, tous sont intégrés au système Poutine et sont contents de la situation actuelle, ont leur propres intérêts. Rappelez-vous la manière dont ils ont tous refusé de remettre leurs mandats parlementaires, malgré le fait qu’ils l’avaient déclaré à maintes reprises, malgré le fait que les élections avaient été truquées de la manière la plus grossière qui soit. Si ils voulaient réellement se battre pour nos voix, pour nos intérêts, contre la classe dirigeante, ils n’auraient pas hésité une seconde. En donnant votre voix à n’importe lequel d’entre eux, vous votez dans les faits pour la continuation de la même politique, pour le soutien au système Poutine.

L’idée du “Toutes les forces contre Poutine”, ou du “N’importe qui sauf Poutine” ne mènera pas à des changements, en réalité on nous appelle à choisir entre Poutine et Poutine déguisé. Notre tâche aujourd’hui est de nous organiser dans la lutte contre l’ensemble du régime, avec ses partis marionettes et ses candidats prête-noms, qui répètent devant nous le grand spectacle dénommé “Élections”. L’auto-organisation au lieu de la farce électorale – voilà notre réponse.

Mais quand même Ziouganov et Mironov se sont dits d’accord d’être des présidents techniques ! Ils promettent dans quelques années après leur victoire d’organiser des élections honnêtes et d’accomplir des réformes démocratiques.

Qu’est-ce qui les empêchait de se dresser du côté des manifestants et de renverser le régime dès avant le Nouvel An ? Leurs promesses sont tout aussi mensongères que le manifeste du tsar en 1905. Ces candidats “de gauche” ont déjà annoncé la composition idéale de leur futur gouvernement. Dans sa composition, ils voient des nationalistes, des vieux généraux, des libéraux, des gros capitalistes et des spéculateurs financiers – est-ce que cela diffère radicalement de la composition du gouvernement que nous avons déjà ? Est-ce que toutes ces “forces progressistes” sont intéressées par le moindre changement ? Souvenez-vous, Ziouganov a déjà aidé la classe dirigeante en 1996, lorsqu’il a refusé sa propre victoire pour faire plaisir à Yeltsine. Faut-il que nous marchions à nouveau sur le même rateau ? Quelles réformes vont-ils mener, si même aujourd’hui ils se déclarent contre l’indulgence de Medvedev, en disant que pour l’enregistrement des partis il faut exiger des dizaines de milliers, et non pas de cinq cents, n’en déplaise à Dieu.

L’idée d’un “président technique” est une ruse de base, à laquelle, malheureusement de nombreuses personnes croient encore. Ni Ziouganov, ni Mironov ne nous donnera la démocratie politique ; ce n’est que nous seuls, par une lutte prolongée et opiniâtre, qui pourrons la conquérir.

Mais quand même toutes les forces politiques sont intéressées par des élections honnêtes. Ce sera déjà ça de gagné.

La majorité de ces soi-disant “forces politiques”, des libéraux aux nationalistes en passant par ces “gens de gauche” qui marchent à la queue des libéraux, ne veulent pas du tout la moindre “élection honnête”. Souvenons-nous de notre Histoire.

Est-ce que nous ne nous sommes pas battus pour la démocratie politique dans les années ’90 ? Nous nous sommes battus, et de toute notre âme nous avons cru que cela allait permettre de transformer notre vie pour un mieux. Il semblait que, une fois l’Union soviétique tombée, la démocratie à l’occidentale allait arriver et que tout irait bien. Exactement sur l’abstraction de la pure “démocratie” sur notre dos s’est hissé Yeltsine et une nouvelle classe dirigeante, qui voulait seulement manger les biens et profits du gouvernement, tant que nous ne comprenions pas les processus qui étaient en train de se dérouler. Nous ne comprenions pas que la démocratie politique est toujours concrète, nous avons remis tous les pouvoirs (sur les entreprises, sur les richesses naturelles, sur la politique) entre les mains d’un groupe de gros propriétaires, après avoir été forcés de nous bagarrer les uns contre les autres. Nous avons perdu l’accès aux médias, nous avons perdu le droit de grève, nous avons perdu le doit de fonder nos propres organisations politiques, même le droit de protester, le régime Poutine en a fait une parodie. Il est apparu qu’aucune démocratie n’est possible entre gros propriétaires et travailleurs affamés, c’est pourquoi, au bout du compte, ils s’en sont tout simplement débarassée. Et c’est ainsi que ça continuera encore et encore, tant que nous ne comprendrons pas que pour la démocratie politique, il faut la démocratie économique. Ils nous faut des roses – mais aussi du pain !

Qu’est-ce que c’est, des élections honnêtes, et pour quelle raison en avons-nous besoin ? Le pouvoir en vigueur ne nous arrange pas, ni sa politique qui va contraire à nos intérêts. Nous sommes fatigués des fausses promesses. Nous sommes indignés. Nous voulons de véritables changements, et pas de belles promesses. Nous ne voulons pas subire encore 6 ans de régime Poutine. Mais qu’est-ce qui ne nous arrange pas, concrètement ? Avant tout, le bas niveau de vie, qui se compose de nombreuses choses, telles que : les bas salaires, l’absence de soins de santé et d’un enseignement abordables et de qualité, les loyers et les prix des logements élevés, le haut niveau de corruption, l’arbitraire policier, les tribunaux malhonnêtes, etc., etc. Pour résoudre ces problèmes, il existe des moyens, nous avons l’industrie lourde et légère, de vastes ressources naturelles, mais tant que tout cela se trouve entre des mains privées, tous les profits, c’est-à-dire le fruit de notre travail, partent dans les poches de particuliers. C’est cette situation qu’aujourd’hui défendent, de manière ouverte ou masquée, toutes les forces politiques, parlementaires comme d’opposition. Il n’y a qu’à regarder leurs programmes et à les comparer les uns aux autres, pour comprendre que les solutions qu’ils proposent ne sont guère différentes les unes des autres. Tous ces gens, et le KPRF (Parti “communiste”) en fait partie (toute une analyse a déjà été faite au sujet de ce parti sur notre site russe), sont pour la défense des grands propriétaires. Ils proposent d’augmenter les taxes, mais cela ne sera des miettes du gâteau, qui de toutes manières ne permettront pas d’obtenir une hausse du niveau de vie. Ils s’orientent vers les investissements occidentaux, passant sous silence le fait que ceux-ci ne commenceront à arriver que pour peu que notre niveau de vie ne reste aussi bas, ou ne devienne encore plus bas. Regardez la Chine – malgré l’ampleur des investissements et de la croissance économique, la majorité de la population y végète dans la misère. Ils parlent de miracle économique – mais c’est un miracle pour quelques particuliers – la majorité n’en reçoit que des kopeks.

Pourquoi donc les dirigeants de l’opposition parlent-ils d’élections honnêtes ? Parce qu’ils veulent, tout comme Poutine d’ailleurs, contrôler les flux d’argent et continuer le cours néolibéral : certains plus lentement (Ziouganov, Mironov), d’autres plus vite (Prokhorov, Jirinovski). Et les opposants du type de Niemtsov, Kasparov, Navalny, sont mécontents de l’absence de toute possibilité pour eux de pouvoir s’inviter à la table seigneuriale. Ils luttent pour la démocratie, en ne sous-entendant par là que la possibilité d’arriver au pouvoir pour eux-mêmes.

C’est exactement pour cette raison que nous nous battons non pas pour des “élections honnêtes” mais abstraites, mais pour des revendications entièrement concrètes. Pour des élections avec enregistrement de tous les partis – afin que les travailleurs aient la possibilité de créer leurs propres organisations politiques sans la moindre limite, et de participer au processus électoral. Pour un contrôle social des médias et pour leur accès pour tous les partis et mouvements, proportionellement à leur poids dans la société – car la majorité de la société sont de simples travailleurs, mais aujourd’hui leur voix est étouffée, étranglée par le capital qui contrôle les chaines de télévision et les journaux. Nous sommes pour le licenciement de la Commission électorale centrale et la tenue d’élections sous le contrôle de comités locaux et régionaux à une Assemblée constituante, au cours de laquelle les travailleurs, les étudiants, les jeunes, tout le peuple laborieux et opprimé, pourront décider de quel type devraient être l’État et la société. Et toutes ces revendications démocratiques, nous les lions indissolublement à la socialisation de la grande industrie, des banques et des ressources naturelles – en guise de mesure d’une importance vitale pour pouvoir relever le niveau de vie de la majorité. Sans cela, toutes les élections se dérouleront sous le contrôle de ceux qui règnent sur la grande propriété, se dérouleront de manière “malhonnête” de part leur essence même.

Mais quoiqu’il en soit, en votant pour n’importe quel candidat sauf Poutine nous hâtons la fin du régime.

Non, en agissant de cette manière, nous retardons la fin du régime. Étant donné que le régime Poutine est avant tout une structure bureaucratique et politique de gouvernement, soudée aux grosses entreprises et à de puissantes structures de répression qui maintiennent cette situation. Le régime n’est pas une personne, mais une masse de gens qui sont liés par des intérêts communs et par un désir de maintenir leur propre position. Qui parmi les candidats, ne fait ne serait-ce que bredouiller quelque chose au sujet du démontage de ce régime ? Ils veulent seulement le prendre sous leur propre contrôle, le réorganiser pour leurs propres besoins. Quiconque cherche à faire passer Poutine pour le mal absolu, ne le fait que pour éviter la question de la destruction du système lui-même. Nous hâtons la fin du régime, seulement si nous nous organisons : en comités de lutte, en syndicats, en partis ouvriers. Une seule grève politique générale ébranlera le régime plus fort que des dizaines de manifestations, mais ensemble avec l’occupation des places et même des institutions d’État, pourrait contraindre Poutine à dégager, briser le régime et obtenir la démocratie via une assemblée constituante. Dans ce sens, il n’est pas important de savoir pour qui vous voterez, car ce sont de toute façon les travailleurs qui décideront de la destinée du pays. La différence réside dans ce que en appelant à participer à ce qui se déroule aujourd’hui sous l’aspect de farce électorale, nous sèmerions des illusions en ce qui concerne aussi bien les autres candidats que le système existant dans son ensemble.

Est-ce que ça vaut la peine d’aller en tant qu’observateur aux élections ? Le mouvement des observateurs – c’est aussi de l’auto-organisation !

Nous ne voyons pas la moindre raison à cela. La fraude électorale ne se passe pas le jour des élections, mais s’est déjà déroulée bien avant ce jour et ses résultats ont été le fait qu’aux élections il n’y a pas et, dans les conditions présentes, il ne pouvait y avoir, aucun candidat dont le programme défende les intérêts de la plus grande part de la société. Devenir observateur aux élections aurait un sens s’il y avait aux élections la participation du moindre parti ouvrier, qui rassemble les travailleurs, les étudiants, et les fonctionnaires. Il faut comprendre qu’il n’existe pas d’observateurs tout court, il n’y a que des observateurs des équipes bien déterminées de candidats bien déterminés. Ceux qui appellent à aller en tant qu’observateur, appellent en réalité, directement ou indirectement, à soutenir un de ces candidats. Qui : Ziouganov ? Mironov ? Jirinovski ? Prokhorov ? Nous revenons de nouveau à la question de la politique de ces candidats et de leur rôle fondamental : tout faire pour légitimer ces élections. Votre temps sera dépensé de manière plus utile en diffusant des tracts appelant à un boycott actif dans votre quartier ou dans votre entreprise ; en organisant des comités de lutte, afin que tous ceux qui sont d’accord de se battre contre le régime puisse agir ensemble ; à soulever les questions politiques, à organiser des manifestations, des grèves, des occupations ; à débattre des slogans.

Le “mouvement des observateurs”, ce n’est pas de l’auto-organisation. Il est organisé d’en haut par les représentants des partis et organisations bourgeois afin de nous utiliser pour leur propre jeu. Aucune réunion où pourraient être discutées les revendications politiques des “observateurs”, leur tactique ou leur action – rien de tout cela. Que feront les observateurs, quand ils verront leurs candidats se bousculer pour être les premiers à exprimer toutes leurs félicitations à Poutine pour sa grande victoire ?

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