Charleroi, une grève globalement bien suivie

La grève générale a globalement été bien suivie dans la région de Charleroi ; pour les militants en grève, on parlait d’une réussite, le sourire était sur tous les visages. Dans le zoning de Fleurus, nous avons pu discuter avec les travailleurs de Splintex qui étaient présent au piquet dès les petites heures de l’aube… il fallait être bien certain que l’usine ne tourne pas ,…et elle était complètement à l’arrêt.

Vincent Devaux

Il faut dire que la grève sur cette usine a été bien préparée ; des assemblées et l’information ont été organisées pour préparer cette dernière. La lutte qu’il y a eut début de l’année et qui a duré 3 mois avait laissé des traces et incitait à redoubler les efforts pour être sûr que les grilles de l’entreprise restent fermées.

Sur Splintex, le piquet n’était visiblement représenté que par la FGTB mais sur d’autres usines, des délégations CSC étaient également de la partie. Sur le piquet, un travailleur qui portait une veste rappelant que la grève AGC avait duré 105 jours exprimait combien cette lutte avait marqué les esprits. L’humeur était positive, et contrastait avec l’ambiance défaitiste qui régnait après la lutte qui -malgré la combativité des travailleurs- s’était soldée par un échec.

Dans le même zoning, un piquet d’une vingtaine de grévistes rouge et vert montait la garde devant L’IRE, une entreprise de production et de contrôle de matériel hospitalier de pointe-. De nombreuses entreprises, malgré que la direction de la CSC ait levé le préavis de grève, avaient une représentation de militants et délégués CSC qui faisaient le piquet en solidarité des travailleurs FGTB. « Les pensions, cela concerne tous le monde ».

L’entreprise de Caterpillar était à 80 % hors fonctionnement et les travailleurs de l’usine étaient au front pour renforcer les piquets des autres entreprises. Par contre, nous avons été surpris de ne pas voir de piquets devant le centre de tri de la poste Charleroi.

Malgré cela, la poste tournait au ralenti car beaucoup d’employés suivaient la grève. Les postiers qui travaillaient étaient copieusement hués par les ouvriers des autres secteurs pour leur manque de solidarité. Un piquet rouge/vert était présent devant une entrée auxiliaire de la gare. Sur une Haute École de Charleroi, des étudiantes en droits nous disaient leur inquiétude pour la réforme des pensions ; cette inquiétude est partagée par pas mal de jeunes malgré que ce thème peut passer à priori pour quelque chose qui ne les concerne que de loin.

Des piquets étaient également présents devant les entrées des fast-foods et magasins de Ville 2, le centre commercial de Charleroi ; renforcé notamment par des travailleurs de Caterpillar et de la Centrale générale. Quand même, de ci, de là on pouvait voir des employés isolés qui envers et contre tout tentaient -en vain- de travailler, c’était la plupart des cas des travailleurs non syndiqués mis sous pression ou des cadres non solidaires. Une employée du centre commercial, coiffeuse, nous expliquait qu’elle travaillait depuis qu’elle avait 14 ans et qu’elle était très effrayée à l’idée de voir l’âge de sa pension reculer.

Parmi les grévistes, le recul de l’âge de la pension revenait d’ailleurs très souvent et ceux-ci avaient conscience de l’absurdité de ces mesures alors qu’il y avait tant de monde au chômage; mais d’autres nous parlaient également de la baisse du pouvoir d’achat qui se sentait très fort notamment au travers l’augmentation du prix du pétrole. A la fédération syndicale FGTB de Charleroi, il avait beaucoup d’animations, de nombreuses délégations s’y donnaient rendez-vous pour ensuite porter de l’aide aux piquets qui en avaient besoin.

Les piquets volants montraient la solidarité qui peut se développer et se renforcer au sein de la classe ouvrière lors d’une période de lutte. Début d’après-midi, à la fédération, les échos qui ressortaient de cette grève était une victoire. Il faut dire qu’en absence de front commun, la tâche était plus compliquée de maintenir à l’arrêt toutes les entreprises; mais la combativité de la base la plus consciente sur la nécessité de se battre pour nos acquis a joué un rôle important dans la réussite de la grève. On pouvait toutefois noter des différences dans la conscience des gens, et le recul des années 90 joue encore malgré tout un rôle sur certaines couches.

Le patronat craint cette grève car elle révèle non seulement l’impopularité des mesures qui tentent d’être prises, mais également la force de la classe ouvrière organisée et le potentiel qui existe pour arracher des acquis et plus de pouvoir ouvrier. A Carollywood par exemple, le complexe cinématographique de Charleroi, le piquet a dû demander le renfort de travailleurs d’autres entreprises notamment Cockerill et Caterpillar, afin de faire face à l’agressivité de la direction du complexe, où un gréviste a été blessé. En soi la situation dans la région de Charleroi montre que le potentiel est là, la capacité de faire face au patronat était bien présente ; qu’il reste « des cartouches de réserves » pour aller plus en avant dans la défense des droits acquis ; c’est-à-dire qu’un élargissement de la lutte ne dépend que d’un appel plus large ; des assemblées et des réunions d’informations dans les entreprises sont à même de renforcer le rapport de force de la classe ouvrière.

Nous n’en sommes qu’au début de nouvelles luttes offensives de la classe ouvrière en Belgique. Les bonnes traditions de luttes vont vite resurgir très vite. Notre tract a été bien accueilli, le titre « C’est aux patrons de payer » recevait un écho favorable et reflétait ce qui vivait parmi beaucoup de travailleurs. La nécessité d’un nouveau parti des travailleurs était également présent parmi une certaine couche d’entre eux.

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