AB-Inbev : grève contre la gestion criminelle de la crise sanitaire par la multinationale

Seuls les travailleurs peuvent protéger les travailleurs

En septembre, le site d’AB Inbev à Jupille (Liège) a été touché par une grève initiée par la délégation FGTB qui a duré plus d’une dizaine de jours. Leur revendication ? Tout simplement travailler dans des conditions de travail sûres. Plutôt que de reconnaître la légitimité des revendications des grévistes, la multinationale brassicole n’a pas hésité à envoyer des huissiers aux domiciles des travailleurs pour menacer de saisir leurs meubles tandis que des grévistes ont reçu des astreintes qui ont été jusqu’à 11.000 euros pour le délégué principal !

Les grévistes avaient débrayé à la suite de la détection d’un foyer de Covid au sein d’un département logistique : une dizaine de travailleurs s’étaient retrouvés infectés dont deux ont été hospitalisés dans un état grave. Cette situation découle directement de la politique criminelle du profit d’abord. Lorsque la direction a connu les premiers cas, elle n’a pensé qu’à la sauvegarde de ses profits et a dissimulé la vérité et à cacher diverses informations. Elle a refusé de procéder à un tracing et les travailleurs qui avaient été en contact avec les cas positifs ont continué à travailler et à contaminer leurs collègues malgré eux. Ensuite, la direction a intimidé les grévistes en leur envoyant des sms, en leur téléphonant à leur domicile pour les pousser à reprendre le travail ainsi qu’en s’appuyant sur des huissiers pour briser la grève.

De son côté, la FGTB-Horval exigeait que les mesures nécessaires soient enfin adoptées pour stopper la propagation du virus dans l’entreprise de même que l’écartement, pour le site de Jupille, de la directrice des ressources humaines et du conseiller en prévention.

La solidarité ouvrière

Ce fut un conflit très dur, mais la délégation s’est notamment constituée autour de luttes telles que celle de 2010, une grève de 17 jours contre des licenciements, en plein hiver, qui s’était conclue par une victoire. C’est à cette occasion qu’une banderole « InBev 1st Social Killer » avait été produite, qui trônait au piquet 10 ans plus tard.

Les différents sites d’AB Inbev se sont montrés solidaires, un développement assez récent dans les conflits liés à cette entreprise. Ainsi, les dépôts d’Ans, de Jumet et d’Anderlecht de même que les brasseries de Louvain et Hoegaarden se sont mis à l’arrêt en soutien aux grévistes de Jupille.

Quant au piquet de Jupille, tenu jour et nuit, il a connu des visites de solidarité de la part du PTB, du PSL, de la CGSP, et de délégations de la sucrerie d’Awans, de Biowanze, de la FN-Herstal, de la TEC,… Une motion de solidarité a été adoptée par la CGSP-ALR (Administrations locales et régionales) à Bruxelles qui déclarait notamment : « Ils méritent le soutient des travailleurs du secteur public qui ont eux aussi été victimes des manquements de l’autorité publique. Mais AB Inbev n’est que le sommet de l’iceberg. Car combien d’employeurs respectent aujourd’hui les mesures de sécurités suggérées par le Conseil National de Sécurité ? »

Finalement, la direction a accepté de prendre des mesures (installation de plaques de plexiglas,…) et de travailler à un nouveau protocole sanitaire avec la délégation FGTB, négociation à laquelle ne participeront pas la directrice RH et le conseiller en prévention, qui n’ont toutefois pas été démis de leurs fonctions.

Si une chose a bien été démontré par ce conflit, c’est que nous ne sommes pas « tous dans le même bateau ». Pour les actionnaires, les travailleurs sont sacrifiables pourvu que la production et les profits continuent. Le nouveau protocole sanitaire défendu par la FGTB-Horval peut constituer un exemple pour lancer une campagne et des luttes dans les autres entreprises. C’est avant tout par le travail que le virus se propage, les organisations syndicales doivent prendre les leçons de cette grève au sérieux (notamment l’efficacité des grèves de solidarité) pour assurer la défense de chaque travailleuse et de chaque travailleur.

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