Foyer de coronavirus et grève à Inbev-Jupille : « On est sacrifiés pour la production »

Un foyer de coronavirus a été détecté sur le site de la multinationale AB-Inbev à Jupille, en région liégeoise. Dix travailleurs sont touchés. L’un d’eux, Carlo, est actuellement entre la vie et la mort. Le message de la direction est simple : « la vie continue ». Une grève a été déclenchée jeudi 3 septembre dernier. L’attitude de la direction est inacceptable : qu’elle aille dire que « la vie continue » à la famille de Carlo ! Comme pour mieux illustrer son manque d’humanité, la direction a envoyé un huissier au piquet ce dimanche soir et ce lundi matin.

Ce lundi matin, au piquet de grève, la colère est palpable. « Il n’y a plus d’humanité, il n’y en a que pour l’argent. C’est une entreprise à milliards, pour eux, on n’est que des numéros. Et nos enfants, que vont-ils devenir si on laisser passer ça ? » On se rappelle bien parmi les travailleurs qu’il avait déjà fallu entrer en action pour imposer les premières mesures de sécurité. Et quelle était l’attitude de la direction à l’époque ? « Le responsable des ressources humaines est sorti nous dire qu’en Italie, on travaillait ! Mais on mourrait aussi en Italie ! On est sacrifiés pour la production, il n’y a que ça qui compte. » Evidemment, à ce moment-là, les grosses têtes de la direction ne se pressaient pas sur le site…

Un autre travailleur ajoute : « La direction ne fait pas preuve de la moindre humanité, mais ce n’est pas neuf. Dans les conditions de travail de manière générale, il y a une dégradation et un relâchement au niveau de l’hygiène et de l’entretien. C’était visible bien avant l’arrivée du Covid19. Avant, on faisait des révisions sérieuses du matériel. On prenait le temps pour ça. Mais on économise sur tout aujourd’hui, notamment au travers d’un système d’enveloppes, de budgets, pour chaque secteur. »

Chaque participant au piquet est bien entendu scandalisé par l’envoi d’un huissier. A cela s’ajoutent encore des coups de pression par sms de la part de la hiérarchie, y compris des coups de téléphone : « Le retour au travail en toute sécurité est assuré à la brasserie. Tous les résultats connus des tests effectués jeudi sont négatifs. Nous vous rappelons que si vous ne travaillez pas, vous ne serez pas payés. Soyons positifs et reprenons rapidement le travail pour assurer le futur de Jupille en continuant le respect strict des mesures COVID-19. » Rester positif dans ces conditions ? Si les travailleurs n’étaient pas entrés en grève, combien de personnes infectées aurait-il fallu avant que quelque chose ne soit fait ? 50 ? 100 ?

Au piquet, nous rencontrons également des militants du PTB, dont Raoul Hedebouw. Au cours de l’échange que nous avons, il explique : « Ça explique bien à quel point le grand patronat s’en fout. Ça fait deux semaines qu’on a des échos inquiétant du terrain. Deuxièmement, on voit bien que quand les travailleurs résistent, on envoie les huissiers. C’est une justice de classe. »

La FGTB exige le départ de la direction des Ressources Humaines ainsi que celui du responsable de la Sécurité. Patrick Rehan, Secrétaire Régional FGTB Horval, a expliqué à la presse « On a des éléments qui prouvent qu’ils ont commis des erreurs dans la gestion de cette situation. Ces personnes ne peuvent plus faire partie de l’entreprise. On n’a plus confiance. (…) La direction met la pression. Elle envoie des sms à des travailleurs en grève pour leur demander de reprendre leur poste. Mais on tient bon, on ne bougera pas. »

Les messages visant à pousser les grévistes à reprendre le travail et l’envoi d’un huissier représentent des entraves graves au droit à la grève ! Cela illustre très clairement le chemin suivi par le patronat dans ce contexte de crise sanitaire et économique. Il faut riposter et construire un rapport de force contre chaque atteinte aux droits de travailleurs. La manifestation de la santé appelée par le réseau d’action militant La Santé en Lutte et qui se tiendra ce dimanche à Bruxelles peut constituer une bonne étape dans cette direction. Rendez-vous ce 13 septembre à 13h au Mont des Arts à Bruxelles (à côté de la gare centrale) !

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