CAMP D’ÉTÉ 2020 – Témoignage d’Henri « À 82 ans, je reviens à la vie militante »

Henri s’adresse aux participantes et participants lors de notre camp.

À l’occasion du camp d’été du PSL, de la Campagne ROSA et des Étudiants de Gauche Actifs, nous avons rencontré Henri, un vétéran trotskiste politiquement inactif depuis quelques années. Nous avons découvert sa gentillesse, sa soif d’apprendre ainsi que son envie de partager les leçons de sa vie militante avec les plus jeunes générations. Le texte qui suit a été écrit durant ce camp, qui l’a fortement marqué. Depuis lors, Henri a entamé un processus de discussion avec le PSL qui a abouti à son adhésion, ce que nous considérons comme un véritable honneur.

« J’ai aimé le camp d’été de Lutte Socialiste en juillet 2020.

« J’ai participé avec beaucoup de plaisir au camp d’été 2020 de Lutte Socialiste. L’exposé sur l’Internationale fut très intéressant, bien documenté et développé avec enthousiasme et brio. L’exposé sur le parlementarisme m’a beaucoup appris. Je suis intervenu pour dire que le parlementarisme était le résultat de la Révolution française bourgeoise de 1789. C’est une conquête démocratique. Mais les élus des partis bourgeois y interviennent pour défendre le Capital et le régime capitaliste. Son caractère démocratique est donc limité.

« L’organisme démocratique du prolétariat, c’est le soviet (une assemblée où les ouvrières, les ouvriers et les soldats peuvent intervenir librement). C’est donc l’organe le plus démocratique et le lieu privilégié de la Liberté. Il fut créé par la révolution communiste d’Octobre 1917 en Russie, à Leningrad et à Moscou. Il était aussi internationaliste. Par exemple, l’écrivain communiste américain John Reed, dans son livre « Dix jours qui ébranlèrent le monde » sur la révolution russe d’octobre 1917, raconte que, présent au soviet de Leningrad et citoyen américain, il demanda la parole. Le président du soviet, Léon Trotsky, la lui donna et il put apporter le soutien des communistes américains à la révolution russe d’octobre.

« C’est une preuve d’internationalisme du parti communiste russe de Lénine et Trotsky. En 1924, Staline défendit la construction d’une caste bureaucratique qui trahit la révolution communiste du prolétariat. Lire pour cela « La révolution trahie » de Léon Trotsky. Staline défendit la construction du socialisme dans un seul pays qui s’oppose à l’internationalisme prolétarien. Lénine et Trotsky défendaient l’extension de la révolution à l’échelle internationale et soutinrent la lutte des communistes allemands dirigée par Rosa Luxembourg et Karl Liebnecht. Mais les sociaux-démocrates allemands trahirent et assassinèrent Rosa Luxembourg et Karl Liebnecht. Ils sont les responsables de l’échec de la Révolution socialiste en Allemagne et permirent à Staline de défendre la ligne de la construction du socialisme dans un seul pays, en Russie. La conséquence fut la victoire du fascisme hitlérien, qui s’empara du pouvoir en Allemagne et fut responsable de la 2e guerre mondiale.

« Assis à l’abri devant les arbres, je continue à écrire mon article. L’arbre, c’est la vie, René Magritte l’a montré dans sa peinture. Il est le produit de la nature. J’aime beaucoup les arbres, particulièrement les hautes branches qui se balancent sous l’effet du vent. C’est l’aube, le ciel est gris, il n’y a pas de soleil et c’est déjà la dernière journée du camp. Demain, on nettoiera le camp puis je retournerai à Bruxelles, assis à l’avant de la voiture à côté de Pablo. Pablo est un pompier et militant syndical. Il conduit très bien et, avec lui, on se sent en sécurité. Je l’apprécie et je l’aime bien. Le responsable du journal m’a dit être intéressé par la publication de mon article qu’il va taper sur l’ordinateur. Pour moi c’est une grande joie et la concrétisation de mon retour, à 82 ans, à la vie militante. Il me reste quelques années à vivre et je vais les consacrer à la lecture, à l’écriture et au militantisme.

« J’ai écouté et participé à l’atelier des femmes consacré à l’étude de la domination des femmes dans la société sexiste. J’ai expliqué que je ne m’étais pas toujours bien comporté à l’égard des femmes. Par mon caractère et l’éducation de mon père qui était sexiste et méprisait les femmes, j’ai été moi aussi méprisant à l’égard des femmes. À 15 ans, j’avais deux sœurs plus âgées, Georgette et Renée, aujourd’hui décédées. Quand elles faisaient la vaisselle, je ne les aidais pas. Mais je les aimais beaucoup. Avec Renée, j’ai été découvrir et visiter Paris. Nous partions de Saint Ghislain en train jusque Mons, puis Lille et la France. À Paris, j’ai aimé les Tulleries, les quais de la Seine, les quartiers Saint-Michel et Saint-Germain des Prés. C’était le haut lieu de l’existentialisme de l’écrivain Jean-Paul Sartre et de sa compagne, Simone de Beauvoir. De Sartre, j’ai lu et découvert « La nausée », son théâtre et aussi un gros livre très intéressant mais difficile et ardu « L’être et le néant ». Il y explique que l’existence précède l’essence. C’est l’existentialisme à l’opposé du grec Platon pour qui l’essence précède l’existence.

« À l’atelier du groupe ROSA sur la domination et l’exploitation des femmes, elles ont dénoncé l’oppression, le sexisme et la double journée de travail. Elles ont cité un extrait du livre « Le deuxième sexe » de Simone de Beauvoir. Je l’ai lu à 25, 26 ans et il m’a beaucoup impressionné. Il est clair et intelligent. On y retrouve la phrase célèbre de Simone de Beauvoir « On ne nait pas femme, on le devient. ». C’est une conception existentialiste. En dénonçant l’exploitation de la femme, Simone de Beauvoir est une précurseur du Mouvement de libération des femmes de la fin des années ’60. J’apprécie beaucoup Simone de Beauvoir, son intelligence, sa clarté et sa culture. J’ai beaucoup aimé son livre « Les mandarins ». Le personnage d’Henri, que j’apprécie, m’a incité à m’appeler moi aussi Henri. Je n’aime pas mon prénom, Paul, que ma famille utilisait. C’est le nom d’une personne que mon père a rencontré et qu’il estimait. Moi, je ne l’aimais pas. Il était prétentieux et stupide.

« C’est le dernier jour du camp. Le programme est consacré à la lutte des Congolais contre le colonialisme. J’ai toujours été un anticolonialiste convaincu. C’est pourquoi, de 1963 à 66, j’ai été travailler en Algérie, à Mascara, comme professeur de français au lycée pour garçons Eddine Djamel El Afghani où j’ai enseigné le français à des adolescents de 14, 15 ans en solidarité avec l’Algérie « socialiste ». Le jeudi, journée libre, j’allais visiter des comités de gestion agricoles dans les fermes de la région qui produisent la vigne, le raisin et le vin et aussi les agrumes. Les membres des comités de gestion qui appréciaient mon soutien et ma solidarité m’offraient du vin, un vin délicieux, le mascara, avec un haut degré d’alcool, et des agrumes (oranges, mandarines, citrons,…).

« J’ai admiré le combat de Patrice Lumumba et des lumumbistes au Congo. Puis j’ai suivi la lutte armée des mulelistes, les partisans de Mulele, des militants pro-chinois. C’est mon anticolonialisme qui m’a poussé à participer au Comité pour la paix avec Pierre Legrève, ainsi que Jean Godin, du Parti Communiste, qui soutenaient le combat du FNL algérien contre le colonialisme français. Plus tard, les militants du FNL ont exterminé physiquement les membres du MNA, mouvement rival algérien implanté surtout en Kabylie.

« Je suis très content d’avoir participé au camp d’été. J’ai beaucoup appris. Et, surtout, je suis heureux et ému d’avoir constaté le nombre de jeunes, étudiants et travailleurs, qui se battent pour la révolution socialiste. C’est à chacune et à chacun de convaincre ses amis et camarades à les rejoindre. Car la jeunesse socialiste doit être nombreuse. Comme l’a dit Lénine, la jeunesse, c’est l’avenir de la société. Le capitalisme est malade, il faut l’abattre. »

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Première page de Lutte Socialiste