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Nous publions ci-dessous un rapport de la commission consacrée à la situation en Amérique Latine qui s’est tenue lors de la rencontre du Comité Exécutif International (CEI) du Comité pour une internationale Ouvrière. L’Amérique Latine donne l’apparence illusoire d’être curieusement isolée du contexte mondial de stagnation, de récession et de crise économique. Les économies basées sur l’exportation, particulièrement au Brésil, ont bénéficié de la demande chinoise insatiable de matières premières et enregistré de forts taux de croissance.

Matt Dobson, Socialist Party (CIO-Ecosse)

Andre Ferrari de la LSR (CIO-Brésil) a introduit cette discussion, qui a illustré les contradictions et les déséquilibres sur lesquels ces illusions d’une croissance continue et de stabilité politique sont construites. La croissance économique ne va pas réduire les écarts de richesse communs à tous les pays où les conditions épouvantables de la majorité. Le Brésil, alors qu’il bénéficie de son partenariat avec la Chine, a aussi accumulé d’énormes dettes.

Le ralentissement économique à venir en Chine et l’aggravation de la crise en Europe et aux USA va amoindrir la demande d’exportations et les investissements, menaçant la croissance de la région à court terme et menant probablement rapidement à un ralentissement de l’économie. Cela conduira à une nouvelle période de conflits de classe mouvementés, dangereux pour la continuité des partis, dirigeants et gouvernements qui sont dans leur deuxième ou troisième mandat en Colombie, au Brésil, en Argentine et au Venezuela.

Cela s’est déjà vu au Pérou; le nouveau gouvernement d’Ollanta a été élu sur la promesse d’imiter les réformes en faveur des pauvres du premier gouvernement Lula au Brésil et de Chavez au Venezuela. Mais, immédiatement confronté à un mouvement social dans le secteur minier, Ollanta a décrété l’état d’urgence. Ollanta s’est droitisé avant même les élections. Durant la campagne, entouré des conseillers brésiliens de Lula, il s’est « Lularisé » ou « dé-Chavezé ».

Anticipant la crise à venir, Dilma, qui remplace Lula à la présidence du gouvernement PT, a abandonné l’extension de l’intervention de l’état et a un nouveau programme d’ajustement fiscal qui fera des coupes dans les programmes sociaux. Mais même avant que cela ne soit mis en œuvre, la croissance du Brésil n’a pas été capable de contenir l’éclatement de conflits de classe. Luciano de LSR a rapporté que, comme les politiciens ont promis d’amener la plus grande économie de la région dans le « premier monde », la classe ouvrière organisée a répondu en entrant en action pour exiger le partage des richesses générées par le boom économique. Des grèves ont perturbé les projets d’infrastructures du gouvernement, qui essayent à tout prix (dont la destruction de l’environnement) de créer un accès à l’océan Pacifique et aux marchés inexploités des pays voisins et des projet prestigieux de la Coupe du Monde et des Jeux Olympiques à venir.

Des mouvements de grève ont éclaté au cœur de la machine d’état : les pompiers de Rio ( qui sont militarisés et armés) ont fait grève avec le soutien massif de la population. Des sections-clé des travailleurs ont été impliqués dans des luttes, comme les travailleurs des banques, les enseignants, les travailleurs du pétrole, de la construction, et les métallos.

La Bolivie et le Venezuela

La première décade de ce siècle a vu des soulèvements révolutionnaires dans toute la région, des mouvements de masse propulser au pouvoir des dirigeants et des gouvernements, dont les politiques de réformes en faveur des pauvres ont été les premières à défier le consensus du néo-libéralisme après l’effondrement du stalinisme. Mais depuis quelques années, les régimes de Morales en Bolivie et de Chavez au Venezuela se sont droitisés, ont enrayé la révolution n’ont pas fermement rompu avec le capitalisme et les grands propriétaires terriens.

Cela a permis aux forces de la contre-révolution de gagner du terrain. Les membres du CIO en Bolivie ont rapporté que Morales, prêt à tout pour les investissements des multinationales Brésiliennes, et se rendant compte que la Bolivie est menacée par la crise économique lorsque les réserves de gaz seront épuisées dans quinze ans, a attaqué les communautés indigènes sur lesquelles il avait construit sa base, autorisant la construction d’une autoroute à travers des aires rurales protégées. Un mouvement des fermiers producteurs de coca soutenus par la classe ouvrière a fait reculer le gouvernement.

Avec la maladie de Chavez et la montée du soutien pour l’opposition de droite néo-libérale, due aux problèmes économiques, le Venezuela est entré dans une période incertaine. William de Socialismo Revolucionario (CIO au Venezuela) a rapporté que l’augmentation des investissements dans les programmes sociaux et le prix élevé du pétrole pourraient permettre au gouvernement d’être ré-élu en octobre. La santé instable de Chavez pourrait déclencher une crise après les élections, même s’il est ré-élu, ce qui semble le plus probable. Les travailleurs ne sont pas satisfaits des organisations bureaucratiques, des coalisions politiques, des partis et des fédérations syndicales qui ont été construites pour assurer le maintien du régime au pouvoir plus que comme des outils pour la lutte des masses.

Les forces du CIO dans chacun de ces pays ont apporté un soutien critique aux réformes et nationalisations de Chavez et Morales, défendant les acquis sociaux obtenus par la pression des masses contre les attaques de la contre-révolution, et ont expliqué que pour consolider ces acquis il est nécessaire de rompre avec le capitalisme. Cependant, l’échec de ces régimes à rompre avec le capitalisme les a conduits à se droitiser.

Aujourd’hui, la tâche des socialistes dans chacun de ces pays est de construire des organisations de la classe ouvrière et des pauvres indépendantes, des partis politiques qui s’engagent à se battre pour la réquisition des industries, des banques, des terres et de l’économie sous la propriété démocratique publique. Alors que la situation au Venezuela est compliquée par les attaques du régime contre les syndicats qui luttent, le soutient pour l’idée de construire une nouvelle force politique basée sur la classe ouvrière et les pauvres s’élargit en Bolivie, ce qui montre les puissantes traditions socialistes et révolutionnaires en Bolivie, en comparaison du Venezuela. Les organisations des travailleurs qui étaient cruciales dans le mouvement révolutionnaire qui a mené Morales au pouvoir cherchent maintenant une alternative combattive.

Le Chili

Dans la dernière période, le Chili était à la traine des développements révolutionnaires, mais désormais ses luttes sociales et politiques sont les plus avancées de la région. Celso de Socialismo Revolutionnario (CIO au Chili) a rappelé la perspective du CIO que l’élection du gouvernement néo-libéral de Pinera ne représentait pas un tournant à droite de la société chilienne, ce qui s’est confirmé par le soulèvement des étudiants et celui contre l’augmentation du prix du gaz dans le Sud.

Dans les luttes les plus considérables depuis la chute de la dictature, les étudiants ont commencé par un mouvement pour l’éducation gratuite et contre les dettes écrasantes, gagné le soutien des travailleurs, culminé par un grève générale en Août et revendiqué la nationalisation de l’industrie du cuivre. Au cours de la lutte contre l’augmentation du prix du gaz, les travailleurs et les pauvres ont pris une ville du Sud du Chili et l’ont dirigé au travers d’une assemblée populaire (une tradition de la lutte contre le régime de Pinochet) jusqu’à ce que l’état envoie l’armée intervenir.

Un thème de la discussion sur le Chili a été la faillite du parti Communiste qui n’a pas apporté de direction ni de stratégie à la lutte des étudiants. Celso a souligné que cela s’est reflété dans le développement d’un fort sentiment « anti-parti » chez les jeunes, un héritage du stalinisme et de la dictature. Il y a cependant besoin qu’une force authentiquement socialiste se développe, pendant que le capitalisme et ses institutions comme l’église, le parlement, les partis politiques, la police, perdent leur autorité par des décades de néo-libéralisme.

Le Mexique, affaibli par la crise économique des USA, subit la pire situation économique de la région. Après plus de dix ans, le retour du PRI au pouvoir paraît probable, puisque des gouvernements néo-libéraux successifs sous Fox et Calderon ont créé une vague de mécontentement qui pourrait amener une marée de lutte des travailleurs et des jeunes. La guerre contre la drogue de Calderon était en réalité une guerre civile contre la population du Nord et contre tout mouvement social émergent, provoquant un mouvement des familles des tués qui prend de l’impulsion.

Alec Thraves (Socialist Party – CIO-Angleterr et Pays de Galles) a fait un rapport de sa visite à la récente conférence du large parti de gauche brésilien PSOL. LSR, la section brésilienne du CIO, joue un rôle-clé dans le bloc de gauche du parti, qui s’oppose aux tentatives de la droite de faire des alliances électorales avec les partis qui défendent le marché et les coupes. LSR se bat aussi pour faire de Conlutas un centre syndical combattif dans tout le pays.]]>