Qui va payer pour la crise ?

La crise sanitaire va de pair avec une crise économique. Des milliers d’emplois sont menacés et des centaines de milliers de personnes ont perdu leurs revenus à cause de la crise. La sécurité sociale fonctionne à plein régime. Les gouvernements apportent leur soutien aux entreprises. D’où la question suivante : qui va payer pour tout ça ?

Par Geert Cool, article tiré de l’édition de juin de Lutte Socialiste

Pour les patrons et leurs politiciens, la réponse est simple. Ceux qui ont payé pour la crise financière de 2008-09 doivent payer à nouveau. On ne va tout de même pas demander aux grandes entreprises de contribuer davantage à la collectivité en ce moment quand même ? Pour rendre ce message un peu moins rude, on nous dit que nous sommes ‘‘tous dans le même bateau’’ et que nous aurons tous à nous serrer la ceinture. Cette propagande néolibérale ne correspond pas à la réalité. Nous ne sommes pas dans le même bateau. Après la crise précédente, la majorité de la population s’est appauvrie tandis que les plus riches continuaient à s’enrichir.

Après la crise précédente, les gouvernements successifs, en particulier le gouvernement Michel, ont fait payer un lourd tribut aux travailleurs et à leurs familles : augmentation de l’âge de la retraite, saut d’index, nouvelles coupes budgétaires dans la sécurité sociale et les services publics,… Après cette crise sanitaire qui a mis les travailleurs à l’honneur, ce sera difficile à reproduire. À moins, bien sûr, d’endormir l’opinion publique. L’élite capitaliste y travaille déjà. Par exemple, on a pu entendre un économiste réclamer une taxe sur les personnes âgées, ou voir sur les chaines télévisées flamandes un ‘‘grand débat’’ uniquement composé des politiciens de droite et, en plus des experts médicaux, uniquement des porte-parole du patronat.

Avec les énormes inégalités actuelles, l’idée de faire payer les plus riches bénéficie d’un soutien populaire. Pourtant, une proposition du PTB au Parlement en faveur d’une ‘‘taxe corona’’ sur les super-riches n’a reçu le soutien que du PS. Le SP.a et Groen/ECOLO se sont abstenus parce que la proposition avait été élaborée soi-disant ‘‘trop rapidement’’. La droite a voté contre. La VRT a demandé à Tom Van Grieken (Vlaams Belang) de s’exprimer au sujet du 1er mai, fête internationale des travailleurs, mais l’extrême droite a beau tenter de se présenter comme étant plus ‘‘sociale’’, sa rhétorique se limiter à monter les travailleurs les uns contre les autres. Avec ce Parlement, une proposition d’impôt sur la fortune n’aboutira qu’avec la pression de la rue. Il nous faut une campagne qui transforme le soutien passif pour un impôt sur la fortune en une lutte concrète.

Nous sommes en faveur d’une taxe des millionnaires. La droite répond que cela entraînerait une fuite des capitaux. L’argument n’est pas original, mais il est vrai que les super-riches ne renonceront pas comme ça à leurs privilèges. Ils disposent d’une armée d’experts fiscaux pour transférer leurs richesses où bon leur semble. En 2019, pas moins de 172,3 milliards d’euros ont quitté notre pays pour toutes sortes de paradis fiscaux. Ne soyons pas naïfs : les capitalistes feront tout ce qui est en leur pouvoir pour ne rien avoir à payer.

Une taxe des millionnaires exige la levée complète du secret bancaire, l’instauration d’un cadastre des fortunes et la possibilité de recourir l’expropriation. Compte tenu de leur poids dans la société, il serait absurde de ne pas y lier la nationalisation du secteur financier et des grandes entreprises sous contrôle et gestion démocratiques des travailleuses et travailleurs. Ce n’est qu’ainsi qu’une taxe sur les millionnaires prendrait sa véritable signification : non pas en entretenant des illusions envers la possibilité d’un capitalisme social, mais comme mesure transitoire dans la perspective d’une transformation socialiste de la société.

Un impôt sur la fortune pourrait aplanir un peu la courbe des inégalités. Mais tant que le virus capitaliste tiendra le monde sous son emprise, la tendance à l’accroissement des inégalités se poursuivra. Un vaccin est nécessaire : la transformation de la société. Pour développer ce vaccin, nous devons rassembler tous les talents disponibles des militants et des organisations de la classe ouvrière sur la base d’un programme socialiste.

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Première page de Lutte Socialiste