Un nouveau Pacte social ? Attention : danger !

La rencontre en a surpris plus d’un : les présidents de la FGTB et du MR, Robert Vertenueil et Georges-Louis Bouchez, ont tenu ensemble une réunion au siège du syndicat à Bruxelles. Tous les deux s’accordent sur la nécessité d’un nouveau « Pacte social », Vertenueil soulignant qu’il fut l’un des premiers à se manifester publiquement à cet égard.

Il y a peu, c’était le commissaire au Plan Philippe Donnay qui avait défendu dans la presse l’idée d’un nouveau pacte social pour la relance, avec les partenaires sociaux, autour de la sécurité sociale. C’était le cas avec le pacte social de 1944 qui avait notamment donné naissance à la sécurité sociale et à un système de concertation entre patrons et travailleurs qui aboutira notamment à la création du Conseil national du travail en 1952. Cette idée est dans l’air du temps, on en entend parler du côté des syndicats, du PS aussi. Mais ce n’est pas sans dangers.

Le financement de la sécurité sociale a été fortement mis à mal, c’est vrai. Mais il est nécessaire de garder en tête que le pacte social pour l’après seconde guerre mondiale est le fruit d’un contexte particulier. D’une part le capitalisme était en train de perdre la moitié de l’Europe au profit du stalinisme. Le rapport de forces à l’échelle internationale devenait moins favorable aux puissances capitalistes.

D’autre part, en 1944, le Programme du Conseil national de la Résistance avait été déterminé en France par les représentants des mouvements de résistance, un programme reposant sur d’importantes nationalisations et sur un solide système de sécurité sociale. Au Royaume-Uni, peu après, le Parti travailliste (Labour) obtenait 47,7% des voix aux élections de 1945. Les conservateurs et Churchill étaient battus à plates coutures et le Labour est arrivé au pouvoir et a appliqué un programme de nationalisation d’industries tout en instaurant le système national de soins de santé NHS.

Ensuite, la sécurité sociale négociée avec ce pacte social n’était essentiellement qu’une coquille vide qui n’a pu réellement prendre corps que grâce aux luttes titanesques menées dans les années ‘50 et ‘60 par la classe ouvrière pour augmenter la contribution du patronat et des travailleurs eux-mêmes, au travers notamment de luttes pour des augmentations du salaire global, y compris donc les contributions à la sécu.

Le contexte actuel est fondamentalement différent. Pour des gens comme Philippe Donnay, ce débat est un piège qui conduit droit à la destruction de l’ancien Pacte social et à la réforme globale de notre système de sécurité sociale pour qu’il soit beaucoup moins favorable aux travailleurs.

Avec un gouvernement de provocateurs de droite, autour de la N-VA par exemple, cette casse sociale déclencherait plus rapidement une puissante résistance de la part du mouvement ouvrier. Mais le PS est engagé depuis des années dans une politique de casse sociale, puisque le parti accepte la logique du capitalisme. C’est finalement le président du PS Paul Magnette qui résume le mieux les choses lorsqu’il parle d’un plan de relance : ‘‘Soyons pragmatiques. On n’est pas ici dans des positionnements idéologiques.’’ (L’Écho, 19/05/20)

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