Le siège de l’entreprise. Photo : Wikipedia

C’est la question qui est dans toute les têtes depuis l’annonce ce mardi du plan de la direction de BA de licencier 1000 personnes, c’est à dire 1/4 de son personnel. La dépression économique qui couvait et a été déclenchée par la pandémie de COVID 19 menace plusieurs pans de l’activité économique et des millions d’emplois à travers le monde. Comment notre camp, celui des travailleuses et des travailleurs, peut-il réagir dans le monde d’après ?

Par Alain (Namur)

Le personnel comme variable d’ajustement pour protéger les profits

Ces 20 dernières années, le secteur aérien a subi des mutations et des crises. Au début des années 2000, sur fond de crise économique et de période d’incertitudes liées aux attentats, la faillite de la Sabena était prononcé en 2001. Avant la faillite, le groupe Swissair avait vampirisé les finances de la société et les subsides de l’Etat. Le secteur a été confronté à la grande récession mais aussi aux sociétés low-cost qui ont rendu la compétition encore plus féroce pour maintenir les marges.

Cette situation a brisé l’image idyllique que l’on pouvait avoir du secteur aérien. Les profits du secteur ces 20 dernières années ont été restaurés et maintenus au prix d’une hausse de l’exploitation de la force de travail. Divers mouvement sociaux ont mis en lumière quelles sont les conditions de travail du secteur. La lutte des bagagistes, celle du personnel de vol ou de Skeyes ont illustré que le combat paie. Mais elles ont aussi souligné la brutalité des patrons du secteur, avec l’aide des Etats.

Le patron de Ryanair, Michael O’Leary, a ainsi mis son bras en jeu pour interdire au personnel toute représentation collective (en savoir plus). Au-delà de l’exploitation de la force de travail, le secteur profite aussi des infrastructures publiques pour verser des dividendes aux actionnaires. En effet, les aéroports, mais aussi toute l’infrastructure industrielle liée au secteur est soutenue par des fond publics. Que ce soit via skywin, le pôle de compétitivité du secteur, ou via des investissements dans le capital des sociétés de finances publiques (SOGEPA, SOWALFIN, SFPI) et de société comme Safran aéro booster ou la Sonaca. Le secteur oriente l’argent public pour réaliser des profits privés. Avec la crise de société comme Thomas Cook et ou de BA c’est tout ce biotope qui est menacé. Cela illustre aussi à quel point la politique de « l’Etat-stratège » a des limites.

Nationaliser les pertes et privatiser les profits : le plan des capitalistes

Beaucoup de sociétés aériennes, sont d’anciennes sociétés nationales privatisées ou ouvertes au capital privé. Aujourd’hui, les capitalistes qui ont touché leurs dividendes des années durant jouent la carte du chantage à l’emploi puisque leurs profits sont menacés. Les Etats nationaux, qui veulent d’une part maintenir leur prestige en défendant leur champion national et d’autre part sauvegarder leurs infrastructures industrielles, passent donc à la caisse en nationalisant les pertes. C’est ce qui est en train de se jouer avec BA.

Le chantage de la Lufthansa est pragmatiquement cynique. Elle réclame 300 millions d’euros à l’Etat belges et plus d’1 milliard à l’Etat allemand sans que ces deux Etats aient leur mot à dire sur la gestion de l’entreprise ! Il faut préciser que, pourtant, les politiciens traditionnel ne sont pas dangereux pour le capital. Dexia a compté dans sa direction des politiciens belges de premiers plans comme Dehaene ou Di Rupo tout en poursuivant sa politique de casino. Les négociations sont menées en vase clos entre les capitalistes et leurs représentants politiques : pas la moindr trace représentation du personnel. Celui-ci en est juste réduit à attendre le passage du rouleau compresseur.

Ouverture des comptes et nationalisation pour sauver l’emploi : des revendications pour notre classe

On dit souvent qu’on n’achète pas un chat dans un sac. De la même manière, on ne peut pas donner plus de 300 millions d’euros à une société de capital privée qui à l’intention de ne rendre aucun compte et qui veut licencier 1000 personnes. De plus, la direction a déjà annoncé la couleur en voulant négocier au rabais les conditions de travail du personnel restant. On dit que le secteur aérien est en difficulté. La dépression annonce en effet une dévastation économique comparable à celle qui a suivi le crash de 1929. De fait, avec la crise, les avions sont cloués au sol. Les sociétés sont en manque de liquidité et la moitié d’entre elles est menacée de faillite. Mais où sont passés les profits des années précédentes ?

2019 a été une année difficile due au ralentissement de la croissance mondiale. Mais une année difficile pour le capital, c’est une année où les marges sont moindres que prévu. Au niveau international, pour 2019, le rendement sur capital investi était de 5,7%, la marge bénéficiaire était de 3,1% et les recettes totales pour ce secteur d’industrie étaient de 839 milliards de dollars. (1) Malgré ces chiffres le secteur s’apprête à sabrer dans l’emploi partout dans le monde. Ce sont 25 millions d’emplois qui sont menacés. (2)

La collectivité doit pouvoir ouvrir le sac et vérifier les comptes du secteur. Beaucoup d’argent a déjà été investi dans le secteur et dans son infrastructure industrielle. Il doit y avoir expropriation, sans rachat ni indemnité sauf sur base de besoins prouvés. La seule voie doit être de nationaliser pour sauver l’emploi et réorganiser le secteur sous le contrôle des travailleuses et des travailleurs !

Le secteur aérien et l’environnement

Le mouvement pour le climat de l’année passée a très justement mis en avant que le secteur aérien est un contributeur important au réchauffement climatique. Aujourd’hui, la réponse des capitalistes du secteur est cinglante : il faut choisir entre l’emploi ou l’environnement. À l’échelle mondiale, on parle de plus de 25 millions d’emplois menacés. Face à cela, les politiciens traditionnels n’ont aucune solution. Le parti ECOLO a parlé d’alliances emploi-environnement mais, depuis son entrée aux gouvernements wallon et bruxellois, on ne voit pas trop bien comment cela se matérialise. Aucun changement structurel n’a été amené dans ce secteur.

Face à cela, quelle est la réponse des marxistes ? Nous estimons que la première étape doit être de nationaliser l’ensemble du secteur pour garantir l’emploi et réorienter l’activité sous contrôle de la collectivité. C’est la seule manière d’assurer que le secteur respecte les normes environnementales.

Mais au-delà de ça, c’est la seule voie pour planifier une transition du secteur. La question de la mobilité doit être pensée de manière collective et globale. Il faut une gestion planifiée des vols intercontinentaux pour y affecter le personnel nécessaire. Une réduction du temps de travail et des cadences avec maintien du salaire et sauvegarde de l’emploi doit permettre de pouvoir partager le travail et le rendre soutenable. Il faut augmenter l’interconnexion des voies de chemin de fer et la qualité de ceux-ci pour diminuer la nécessité des vols aériens à l’échelle continentale. Une réorientation du personnel aérien pourrait être possible dans le cadre de sociétés de transport gérées collectivement à l’échelle nationale.

Une plongée brutale dans le monde d’après

Beaucoup de choses ont été dites ou écrites sur la possibilité d’émergence d’un monde post-covid où plus rien ne serait comme avant. Alors que l’heure est au déconfinement, on se rend compte que ce qui lui donnera sa forme sera la lutte des classes.

Le patronat considère la crise comme une opportunité pour défendre son programme. Toutes les difficultés économiques vont être instrumentalisées pour garantir le profit d’une minorité. On le voit déjà dans notre pays, la crise a été l’occasion d’écarter les représentants du personnel, d’attaquer les droits conquis et de réaliser des coupes budgétaires.

Dans cette situation, notre camp ne pourra vaincre qu’uni et organisé. Certains commentateurs comparent les 8 millions alloués à la culture aux 290 millions qui sont demandés par BA. Nous devons repousser cette approche. Il est important de mettre en avant ce qui nous unis. Il n’y a pas d’opposition entre la auvegarde de l’emploi et la défense de la culture. La classe ouvrière a synthétisé cela dans la chanson et le slogan « Bread and Roses » : nous voulons du pain, mais aussi des roses. Nous voulons construire une société qui assure les besoins de toutes et tous et qui permettent à toute la société de s’épanouir et de s’émanciper. Cela exige que l’économie ne produise pas pour l’échange mais pour l’usage, en fonction des besoins et de manière rationnelle. Il y a énormément de richesse qui ont été générées ces dernières années et la crise actuelle ne doit pas nous le faire oublier !

Aujourd’hui, plus de 900.000 personnes sont au chômage temporaire. 180.000 personnes sont menacées de perdre leur emploi. À cela s’ajoutent les procédures Renault qui étaient déjà en cours, comme chez GSK. Une campagne de solidarité pourrait être mise sur pied en défense de l’emploi et pour la nationalisation sous contrôle de la collectivité. Pour faire vivre cette campagne, le personnel menacé par les licenciements pourraient faire des affiches à mettre au fenêtre ou des message à poster sur les réseaux pour poser les premiers pas de la construction d’une relation de force en faveur du monde du travail.

Notes :

1) https://www.iata.org/contentassets/36695cd211574052b3820044111b56de/2019-12-11-01-fr.pdf
2) https://www.rtbf.be/info/monde/detail_le-secteur-aerien-pourra-t-il-eviter-la-catastrophe-industrielle?id=10483629