La septième semaine de confinement pèse lourdement sur beaucoup de gens. Certains ont perdu leur revenu ou craignent pour leur emploi. Heureusement que le mouvement ouvrier s’est battu dans le passé pour qu’une sécurité sociale soit assurée pour amortir une partie du choc ! Beaucoup de gens souffrent du manque de contacts sociaux. En même temps, la crainte demeure : avec plus de 7.000 morts en Belgique, il est évident que le Covid-19 n’est pas une simple grippe. Sans un vaccin et un vaste programme de dépistage, il sera difficile de contenir le virus.

C’est dans ce contexte que le Conseil national de sécurité a présenté de nouvelles mesures vendredi dernier. Si les règles de distanciation sociale et de semi-confinement auraient pu à l’époque être traduites par « reste dans ta chambre », le plan de déconfinement pourrait être traduit par « travaille et tais-toi ». Remettre toute la production et la distribution sur les rails le plus rapidement possible, voilà le point de départ de la stratégie de sortie des différents gouvernements. Les contacts sociaux ou les conséquences psychologiques du confinement sont d’une importance secondaire dans cette stratégie. Le président du PTB, Peter Mertens, a bien résumé la situation : nous reverrons notre patron plus tôt que notre famille.

Dans le Groupe d’Experts en charge de « l’Exit Strategy » (GEES), les scientifiques avaient préconisé un équilibre entre la relance économique et le rétablissement des contacts sociaux. Les patrons et leurs politiciens n’en voulaient pas : remettre tout le monde au travail le plus vite possible est leur principal objectif. Avec quel argument ? « La vie sociale n’est pas possible sans économie », comme l’a déclaré Johnny Thijs, membre du GEES, l’homme qui a organisé un massacre social à Bpost et qui ensuite en est parti parce qu’il estimait que le plafond salarial dans les entreprises publiques était trop bas. Mais Johnny a de bonnes nouvelles pour ses collègues topmanagers : ils pourront à nouveau jouer au golf à partir du 4 mai.

Ce n’est pas une surprise : ce sont les profits des entreprises qui priment. Ce que les travailleurs ressentent n’a pas d’importance tant qu’ils font leur travail. La limitation des contacts sociaux a également cela d’utile qu’elle assure que les gens parlent moins de la situation actuelle et de leur organisation pour défendre leurs droits et leurs intérêts ! Toute personne qui se sent mal à l’aise n’aura qu’à aller faire ses courses, une version moderne du fameux « Qu’ils mangent de la brioche. »

La stratégie consistant à remettre tout le monde au travail le plus rapidement possible confirme indirectement un constat fait plus tôt dans cette crise du Covid-19 : sans notre travail, leur capital ne vaut pas un balle. Les priorités de la stratégie de sortie découlent de la composition du groupe d’experts et des gouvernements. Les travailleurs, y compris ceux qu’on qualifiait encore hier de héros, n’y sont pas représentés. Ce sont les patrons qui sont aux commandes, même si ce n’est pas sur eux qu’il a fallu compter pour tenir la société sur leurs épaules dans les moments les plus difficiles ! Dès le début de cette crise, nous avons défendu que ce sont les travailleurs qui doivent déterminer la stratégie de sortie : ce sont eux qui savent le mieux quelle production et quelle distribution sont essentielles et comment elles peuvent être réalisées en toute sécurité. C’est le mouvement des travailleurs qui a fait respecter la protection et la prévention au travail par la lutte.

Outre la question des priorités dans la stratégie de sortie, la question de la préparation, de la planification et donc du calendrier se pose également. De nombreuses personnes attendent avec impatience la fin de l’isolement. C’était prévisible dès le premier jour des mesures. Mais où en sommes-nous dans cette septième semaine en termes de préparation et de planification ? Où sont les masques ? Où sont les centaines de milliers de tests ? Comment l’infrastructure délabrée de nombreuses écoles sera-t-elle adaptée à des mesures de protection strictes ? Beaucoup de choses ont été discutées et rediscutées et beaucoup de temps a été perdu. Des mesures efficaces telles qu’un plan public de dépistage de masse ou la réquisition de lignes de production pour produire du matériel de protection suffisant sur une base planifiée n’ont jamais été considérées. La politique d’austérité menée ces dernières décennies a rendu encore plus difficile de s’ajuster ç ce qu’exige une situation pareille. Tout cela ralentit toute possibilité de suppression progressive des mesures de confinement en toute sécurité. Pourquoi donc ? Pour une raison identique celle sui se trouve derrière les priorités de sortie du confinement : pour les patrons et leurs hommes politiques, seuls comptent les profits. Toute proposition qui va au-delà de la logique du profit est rejetée, même si elle est particulièrement logique et évidente. Nous devons en tirer les leçons : le capitalisme est un obstacle à notre santé et à notre avenir, la nécessité d’un modèle de société différent est plus absolue que jamais.

Si cela ne dépend que des politiciens traditionnels, nous reviendrons au « business as usual » d’avant cette crise dès que possible. Mais cette « normalité » faisait partie du problème. Nous l’avons constaté dans les soins de santé et certainement dans les maisons de repos qui ont été abandonnées à la logique de profit et aux multinationales du secteur. Leur approche – « soins minimums, profits maximums » – a transformé les maisons de repos en maisons de la mort. Dans l’ensemble du secteur des soins, le manque de ressources et de personnel pèse lourdement. Pourtant, nous entendons déjà les premiers appels à continuer simplement à économiser sur les soins ! Le 18 avril, le plus grand journal de Flandre, Het Laatste Nieuws, a publié un article d’opinion d’une page entière dans lequel l’éditorialiste Jan Segers a écrit : « Il faut réformer et faire des économies, même dans le secteur des soins de santé.’’ Le personnel de santé est considéré aujourd’hui comme un héros, demain comme un poste de dépenses à alléger ? Nous ne pouvons pas accepter cela !

Toute l’approche de cette crise, y compris le manque de préparation et de planification du déconfinement, illustre la faillite des politiciens établis et du capitalisme en général. Ce système ne repose pas sur les intérêts des travailleurs et de leurs familles. Une autre société est nécessaire, une société où la majorité de la population pourra décider ce qui est produit et de quelle manière. C’est ce que nous appelons le socialisme. Pour parvenir à cette autre société, nous devons nous organiser et entrer en lutte pour défendre nos droits et nos intérêts. Nous connaissons déj le premier rendez-vous : la grande manifestation de la santé à l’initiative de La Santé en Lutte !