Vladimir Ilyich Oulianov – mieux connu sous son pseudonyme révolutionnaire, Vladimir Lénine – est né dans la ville de Simbirsk, aujourd’hui connue sous le nom d’Oulianovsk, à environ 900 km de Moscou sur la Volga, il y a un siècle et demi. À l’âge de 30 ans, il avait acquis la réputation d’être l’un des plus grands marxistes au monde et, dix-sept ans plus tard, avec Léon Trotsky, il a dirigé la première révolution socialiste au monde.

Par Rob Jones, Sotsialisticheskaya Alternativa, section russe d’Alternative Socialiste Internationale

Si un gouvernement déchirait aujourd’hui tous les accords internationaux qui restreignent les droits des gens, s’il prenait en main le sommet de l’économie, s’il introduisait un système de contrôle de l’industrie par les travailleurs et appelait les travailleurs et les paysans du monde entier à coopérer pour le bénéfice de tous, il obtiendrait le soutien enthousiaste des travailleurs et des peuples opprimés. Et c’est précisément ce que le premier gouvernement soviétique de novembre 1917, dirigé par les bolcheviks, a mis en place. Et ce n’en est encore qu’une partie. Le nouveau gouvernement soviétique a quasiment tous les aspects de la vie des travailleurs de Russie.

Il s’est immédiatement de la Première Guerre mondiale impérialiste. Il a accordé le droit à l’autodétermination aux nations qui voulaient quitter l’ancien empire russe. Il a exproprié les grandes propriétés foncières et a donné à chaque paysan le droit d’utiliser la terre. Il a refusé à l’Église orthodoxe russe et aux autres religions le droit de se mêler des affaires de l’État.

Alors que, dans les démocraties bourgeoises telles que la Grande-Bretagne, le droit de vote était limité aux hommes de plus de 21 ans possédant des biens, la nouvelle Russie soviétique a accordé le droit de vote à tous les citoyens, hommes et femmes de plus de 18 ans, sauf s’ils étaient impliqués dans l’exploitation d’autrui. Un système de soviets (conseils, en russe) composé de représentants élus des travailleurs, des soldats et des paysans dirigeait la société.

Le gouvernement bolchevique a déclaré que les femmes devaient disposer de droits égaux, a introduit un vaste programme pour réduire l’analphabétisme féminin, a créé des cuisines sociales, des blanchisseries et des jardins d’enfants pour soulager la pression exercée sur les femmes. Les lois sur le mariage et le divorce ont été modifiées pour permettre à une femme de divorcer à tout moment si elle le souhaite, le droit à l’avortement a été introduit. Alexandra Kollontai est devenue la première femme ministre (Commisaire du Peuple) d’un gouvernement au monde.

L’homosexualité a été dépénalisée et, de fait, un certain nombre de partisans culturels et politiques de premier plan étaient homosexuels, dont Georgy Chicherin, Commissaire du Peuple aux affaires étrangères.

L’éducation, y compris l’enseignement supérieur, a été rendue gratuite pour tous. Une campagne d’alphabétisation de masse a été lancée. Neuf ans d’enseignement scolaire étaient prévus et toute personne ayant obtenu un certificat scolaire à 16 ans avait le droit d’étudier à l’université. En 1921, plus de 200 nouvelles universités avaient été créées, un nombre triplé en trois ans. Des centaines d’écoles spéciales ont été créées pour enseigner les langues des minorités du pays.

Les soins de santé ont également été rendus gratuits pour tous, et tous les établissements médicaux ont été intégrés au système d’État. L’idéologie médicale a été radicalement modifiée : plutôt que de viser à traiter les personnes les plus aisées souffrant de maladies et de blessures chroniques, l’approche soviétique visait à éliminer les maladies infectieuses qui, à cette époque, tuaient des centaines de milliers, voire des millions de pauvres. L’espérance de vie, qui était inférieure à 30 ans en 1913, est passée à 44 ans en 1926, et à 60 ans à la fin de la seconde guerre mondiale.

Malgré tout cela, et la guerre civile lancée par les puissances impérialistes après la révolution, le parti bolchevique de Lénine a réussi à moderniser l’alphabet russe, à introduire le langage écrit dans plusieurs régions, à aligner le calendrier julien réactionnaire sur le reste de l’Europe. Certains conservateurs, se complaisant dans le passé, s’embrouillent encore et utilisent encore aujourd’hui les dates juliennes. Les passeports internes sans lesquels il n’était pas permis de voyager ont été supprimés.

Bien entendu, Lénine a également contribué à la création de la Troisième Internationale, le Comintern, qui s’était donné pour mission de développer des mouvements révolutionnaires à travers le monde.

Sa petite enfance

Beaucoup d’idées que Lénine a défendues par la suite ont été formées au cours des premières années de sa vie dans la province de Simbirsk. Vivant dans une maison confortable mais modeste, construite en bois, son père était inspecteur scolaire local, un poste qu’il occupait dans le cadre de la réforme de l’éducation. Les trois garçons Oulianov ont bénéficié d’une atmosphère où la lecture était encouragée. Alexandr, l’aîné, était imprégné de l’esprit révolutionnaire et a rejoint la « volonté du peuple », qui estimait que le terrorisme individuel conduirait à la révolution. Il fut exécuté en 1887 pour le rôle qu’il avait joué dans un complot pour assassiner le tsar. Vladimir fut donc inébranlablement convaincu que de telles méthodes étaient néfastes, et que seule la classe ouvrière organisée et politiquement consciente pouvait mener à bien la révolution.

Expulsé de l’université de Kazan après avoir aidé à organiser une manifestation étudiante, Vladimir s’est installé à Saint-Pétersbourg où il s’est joint au Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) créé en 1898 pour promouvoir les idées de Marx et Engels au sein du mouvement révolutionnaire et ouvrier russe. Il fut arrêté, envoyé en exil et, après sa libération, s’est rendu en Europe où il a joué un rôle majeur dans les cercles marxistes. Il a fondé un journal, Iskra (l’Etincelle), qui était passé clandestinement en Russie.

Le mouvement social-démocrate en Europe, qui reposant initialement sur les idées de Marx et Engels, s’était développé de façon spectaculaire. En Allemagne, il bénéficiait d’un soutien massif des syndicats et disposait de nombreux députés. Au début, Lénine avait énormément de respect pour les géants de la social-démocratie européenne tels que Karl Kautsky et Wilhelm Liebknecht, ainsi que pour Georgi Plekhanov, le fondateur de la social-démocratie russe. Mais l’ancienne social-démocratie était peu à peu devenue dominée par des gens qui s’intéressaient davantage aux carrières parlementaires qu’au marxisme révolutionnaire.

Que faire ?

Le tournant de l’évolution politique de Lénine a eu lieu avec la publication de son texte « Que faire ? » en 1902 et les débats du deuxième Congrès du POSDR en 1903. Ce qui ne semblait être qu’une dispute sur des questions d’organisation, en réalité, était en réalité une division du mouvement socialiste russe en deux ailes, l’une réformiste, l’autre révolutionnaire.

Lénine a soutenu que le POSDR devait être un parti de révolutionnaires professionnels, discipliné, uni et agissant en accord avec le programme du parti. Ses opposants, menés par Julius Martov, soutenaient que le parti devrait être plus large. Il suffisait, selon lui, qu’un membre soit d’accord avec l’approche générale du parti, sans nécessairement participer à ses activités. Lénine a obtenu une majorité de voix, sa fraction est donc devenue celle des « bolcheviks » (majoritaires) contre les « mencheviks » (minoritaires) de Martov.

1905

Deux ans plus tard, au début de l’année 1905, éclata la première révolution russe. Le pope Gapone, un prêtre orthodoxe qui travaillait probablement pour la police, avait essayé de détourner la colère des masses en menant une manifestation ouvrière massive au Palais d’Hiver du Tsar à Saint-Pétersbourg pour y délivrer une simple pétition appelant à des réformes. Mais la police tsariste ouvrit le feu, provoquant une vague de grève massive dans tout l’empire russe, qui comprenait alors la Pologne et la Finlande. C’est à cette occasion que les travailleurs ont constitué des soviets pour la première fois. À la fin de l’année, Trotsky était élu président du Soviet de Saint-Pétersbourg.

De nombreux bolcheviks avaient échoué à ce test de la pratique, mais ce ne fut pas le cas de Lénine lui-même. L’un des principaux bolcheviks de Saint-Pétersbourg, Alexandr Bogdanov, représentait ceux qui avaient travaillé à la création du parti clandestin, mais il s’est avéré incapable de passer au travail de masse. Il parlait du Soviet, qui représentait des centaines de milliers de travailleurs, comme d’une manœuvre de Trotsky et proposa que les bolcheviks lui posent un ultimatum : adopter le programme bolchevique ou se retirer. Mais Lénine avait compris la signification du soviet. Il a défendu que le parti devait être ouvert à une masse de jeunes travailleurs pour surmonter l’influence conservatrice des « hommes du comité ».

Lénine avait tiré la conclusion très claire qu’il ne fallait pas faire confiance à la bourgeoisie libérale, qui tentait de trouver un compromis avec le tsarisme pour aboutir à une assemblée constituante. Les mencheviks, par contre, les ont aidés. Lénine soutenait que la classe ouvrière devait travailler avec la paysannerie pauvre au sein d’un bloc révolutionnaire afin de renverser le Tsarisme et d’établir une véritable démocratie révolutionnaire. Même si cette dernière était bourgeoise, cela permettrait à la classe ouvrière de mener le peuple tout entier, et en particulier la paysannerie, à « la liberté complète, pour une révolution démocratique conséquente, pour une république ! A la tête de tous les travailleurs et des exploités – pour le socialisme ! » Trotsky est allé plus loin en soutenant que, comme la bourgeoisie libérale en Russie, tout comme celle d’autres pays arriérés, était trop faible et incapable de mener sa propre révolution à l’image de ce qu’avaient fait les bourgeoisies française et anglaise. La classe ouvrière devait donc la faire à leur place, et aller plus loin pour mettre en œuvre une révolution socialiste.

Durant les années de réaction qui ont suivi 1905, Lénine a lutté pour maintenir un parti, contre les tendances d’ultra-gauche, dont Bogdanov, qui soutenaient que les révolutionnaires ne devaient pas prendre part aux travaux parlementaires. Mais de grands défis attendaient.

La trahison social-démocrate

La Deuxième Internationale a toujours défendu que la classe ouvrière de chaque pays ait des intérêts communs. Ce fut donc un choc énorme lorsqu’en 1914, les sociaux-démocrates allemands, à l’exception honorable de Karl Liebknecht et d’Otto Rühle, votèrent au Bundestag les crédits de guerre destinés à financer la machine de guerre de l’impérialisme allemand. Lorsque Lénine entendit la nouvelle pour la première fois, il pensa tout d’abord qu’il s’agissait d’un mensonge. Il semblait donc que le menchevisme n’était pas seulement réformiste, mais que la trahison de l’internationalisme était inhérente à sa politique. Cela a laissé à 38 délégués de 11 pays seulement le soin de voyager dans quatre diligences pour se rendre à la conférence de Zimmerwald en 1915 afin de défendre la bannière du socialisme international.

En Russie même, l’organisation révolutionnaire était rendue difficile en raison de la guerre et des activités de la police tsariste. Au cours des premiers mois de la guerre, le parti bolchevique avait été réduit à une poignée de membres. La totalité des membres féminins avait été arrêtée. Peu à peu, de nouvelles forces ont été constituées, mais elles étaient à peine prêtes pour le déclenchement de la nouvelle révolution. Lorsqu’une délégation de femmes travailleuses est venue demander l’aide des bolcheviks pour préparer une grève pour la Journée internationale des femmes de 1917, on leur a dit d’attendre une décision du Comité central. Les bolcheviks ne disposaient pas d’imprimerie pour produire un tract pour la grève. C’est le petit groupe Mezhraiontsii, un groupe de social-démocrates révolutionnaires anti-guerre, qui plus tard, sous l’influence de Trotsky, a fusionné avec les bolcheviks, qui a fourni des tracts contre « la guerre, les prix élevés et le manque de droits des femmes travailleuses ».

De nombreux dirigeants bolcheviques en Russie faisaient preuve de mépris pour les luttes idéologiques qui avaient lieu principalement parmi les sociaux-démocrates en exil en Europe. Ils n’avaient donc pas compris la signification des différences entre les bolcheviques et les mencheviks. Même en avril 1917, dans 54 des 68 régions russes, les Bolcheviks et les Mensheviks fonctionnaient encore comme deux ailes d’un seul parti.

Réarmer le parti

Néanmoins, une révolution se préparait. Au début de l’année 1917, le parti bolchevique se développait, et comptait jusqu’à 2000 membres à Petrograd (l’ancienne Saint-Pétersbourg). Après la révolution de février, lorsque le gouvernement provisoire bourgeois est arrivé au pouvoir, les dirigeants locaux, dont Kamenev et Staline, ont apporté leur soutien au gouvernement provisoire. Lorsque Lénine est revenu d’exil, en avril, il a été confronté à la tâche, comme l’a qualifié Trotsky, de « réarmer le parti ».

Nikolai Sukhanov était un menchevik qui se trouvait à la gare de Finlande lorsque Lénine est revenu en Russie en avril. Témoin hostile, mais honnête, il a décrit ce qui s’est passé : « Quand ils écrivent sur la rencontre enthousiaste avec Lénine à la gare de Finlande, il n’y a pas d’exagération. Les soldats et les masses prolétariennes qui sont venus à la gare appelée par les bolcheviks étaient pleins de joie (…) L’arrivée du leader bolchevique a été marquée par sa déclaration qui a fait tourner la tête, selon laquelle « les flammes de la révolution socialiste mondiale brûlent déjà’’ (…) L’inquiétude des socialistes, y compris des bolcheviks, concernant le discours de Lénine n’était pas difficile à comprendre. Ils avaient tous étudié Marx et Engels, les socialistes occidentaux, et ils comprenaient tous de la même façon la séquence des étapes à suivre… Tout d’abord, la révolution démocratique-bourgeoise et ensuite seulement, en utilisant les libertés démocratiques et à mesure que le capitalisme se développe et qu’une classe ouvrière émerge, une lutte pour le socialisme (…) les socialistes russes ne se préparaient pas une lutte armée pour le pouvoir, mais pour de futurs débats parlementaires au sein de l’assemblée constituante. Lénine, comme une tornade, s’est déchaîné sur la Russie, a fait échouer leurs plans, décidant de commencer à préparer la révolution socialiste au cours de laquelle le pouvoir devrait être transféré aux mains du prolétariat et de la paysannerie pauvre, aux Soviets.’’

Lénine a ensuite écrit ses célèbres « Thèses d’avril ». La Pravda, le journal des bolcheviks, ne les a publiées qu’après y avoir ajouté une série de commentaires indiquant qu’il s’agissait de l’opinion personnelle de l’auteur. Lorsqu’il s’est exprimé au Comité central bolchevique deux jours plus tard, il a perdu le vote. Zinoviev, Chliapnikov et Kamenev se sont tous opposés à lui, ce dernier déclarant que « la Russie n’est pas prête pour la révolution socialiste ». Dzerjinski a attaqué Lénine, en exigeant de parler au nom « des camarades qui ont vécu la révolution dans la pratique ». Lénine a cependant tenu bon – à la fin du mois d’avril, il avait obtenu le soutien du parti. Ce fut le moment, dit Soukhanov, où « le calendrier politique russe s’est accéléré et est passé de février à octobre ».

Lénine était convaincu que la classe ouvrière et surtout les jeunes le soutiendraient. Le parti bolchevique se développa de façon spectaculaire en 1917, alors que la condition de la victoire de la révolution de novembre se précisait, atteignant près de 350.000 membres à la fin de l’année, car il devenait évident que les libéraux et les socialistes modérés ne parvenaient pas à mettre fin à la guerre, à permettre la libération nationale, à convoquer l’assemblée constituante ou à prendre des mesures pour améliorer le sort des masses. Un membre du parti sur cinq avait moins de 26 ans, la moitié moins de 35 ans.

Lorsque Trotsky est rentré en Russie quelques semaines après Lénine, les deux hommes sont devenus inséparables, dirigeant conjointement la révolution. Leurs divergences antérieures, qui avaient été dramatiquement exagérées par leurs ennemis, sur la nécessité d’un parti révolutionnaire soudé et sur la nature permanente de la révolution, avaient été résolues par la pratique. Trotsky était convaincu que Lénine avait raison sur le premier point, Lénine pensait que Trotsky avait raison sur le second. Tous deux comprenaient parfaitement qu’une révolution en Russie ne pouvait réussir que si elle s’inscrivait dans une révolution mondiale plus large.

Lénine aimait à citer Goethe (dans Faust) :  » toute théorie est grise, mais vert et florissant est l’arbre de la vie. » Il a utilisé la citation lorsqu’il a expliqué pourquoi il avait changé sa position antérieure qui consistait à appeler à une « dictature démocratique révolutionnaire du prolétariat et de la paysannerie », en expliquant que ceux qui avaient appris la phrase par cœur étaient maintenant en retard sur leur temps et étaient ‘‘passés à la petite bourgeoisie contre la lutte de classe prolétarienne (…) et devraient être consignés dans les archives des antiquités « bolcheviques » pré-révolutionnaires (on peut les appeler les archives des « vieux bolcheviques ») ».

En fait, ce sont des questions comme celle-ci qui démontrent le vrai caractère de Lénine, et non pas celui qui est diabolisé par ses adversaires ou déifié par ceux qui préfèrent le présenter comme invincible. Lénine a fait des erreurs et pouvait se tromper dans ses évaluations. Mais lorsqu’il le faisait, il était capable de changer d’avis, généralement après de vigoureuses discussions avec ses camarades.

C’est cette approche, combinée à son alliance étroite avec Trotsky, qui a permis au parti bolchevique de gagner le soutien des masses ouvrières et des soldats représentés dans les soviets et de mener la révolution de novembre à la victoire. Le nouveau gouvernement soviétique a entrepris de transformer la Russie sur des bases socialistes.

Mais les impérialistes ont à juste titre considéré la Russie socialiste comme un phare pour les travailleurs d’ailleurs. Ils ont lancé une guerre civile brutale : au moins 14 armées impérialistes, dont les Britanniques, les Allemands, les Américains, les Japonais et les Français ont soutenu les anciens groupes tsaristes et les Gardes blancs pour tenter de vaincre la révolution. Les sacrifices héroïques consentis par la classe ouvrière pendant la guerre l’ont laissée épuisée et exténuée. Le retard de la révolution mondiale, en particulier après la trahison de la révolution allemande par les sociaux-démocrates, a isolé une économie en retard. Cela a entraîné une réaction, une dégénérescence de la révolution.

Le dernier combat de Lénine

Deux tentatives d’assassinat de Lénine ont eu lieu. La seconde, plus réussie, fut celle de Fanny Kaplan, du parti des Socialiste-révolutionnaire de gauche, en 1918, qui lui laissa une balle logée dans le cou, ce qui contribua aux attaques qu’il subit plus tard avant de mourir en 1924. À cette époque, cependant, il se rendit compte que les forces de la réaction se renforçaient au sein du nouvel État soviétique autour du triumvirat Zinoviev-Kamenev-Staline.

Lénine décrivait la situation comme étant « aspirée dans un marécage bureaucratique infâme ». Pour y remédier, il a proposé un pacte avec Trotsky pour lutter contre la bureaucratie en développement, mais malheureusement la situation objective était contre eux. Au cours de la décennie suivante, une contre-révolution politique bureaucratique s’est développée, culminant dans l’horrible dictature stalinienne qui, tout en maintenant la propriété de l’État sur les moyens de production, a annulé de nombreux acquis sociaux et démocratiques de la révolution.

L’héritage de Lénine

En plus d’être, avec Trotsky, le dirigeant de la révolution russe, Lénine nous a laissé un énorme héritage théorique et pratique. Il a démontré pourquoi il est nécessaire de construire une organisation révolutionnaire forte avec un programme clair, capable d’unir la classe ouvrière dans la lutte pour le socialisme. Un tel parti, a-t-il averti, ne sera pas construit de la même manière dans tous les pays. Les révolutionnaires, a-t-il soutenu, devraient être prêts à intervenir dans tous « les domaines et aspects de la vie publique, et à travailler dans tous ces domaines d’une manière nouvelle, d’une manière communiste ».

Son analyse de l’État en tant qu’instrument de répression dans la société de classe est d’une immense pertinence aujourd’hui, alors que les gouvernements capitalistes essaient de nous convaincre, pendant la crise du coronavirus, que nous sommes tous dans le même bateau, afin que la classe ouvrière supporte le coût de l’effondrement économique.

L’approche de Lénine de la question nationale, reposant sur la reconnaissance du droit des nations à l’autodétermination, est révolutionnaire même aujourd’hui, alors que de nombreux gouvernements capitalistes refusent ce droit que ce soit au Kurdistan, en Catalogne, au Tibet ou en Afrique du Nord.

Et bien sûr, il y a l’expérience de l’approche de front unique des bolcheviks, qui leur a permis, à travers les soviets, de construire un mouvement puissant et uni capable de renverser le capitalisme.

Mais le plus important est peut-être l’approche de Lénine à l’égard du marxisme révolutionnaire, qu’il n’a jamais traitée comme un dogme mais qu’il a développée en fonction de l’expérience vécue, comme il l’a commenté :  » Quiconque attend une révolution sociale « pure » ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n’est qu’un révolutionnaire en paroles qui ne comprend rien à ce qu’est une véritable révolution. ».