« Groupe d’experts en charge de l’exit stratégique » : c’est aux travailleurs de planifier le déconfinement !


Pourquoi les héros du mouvement ouvrier ne sont-ils pas représentés dans le groupe d’experts nommés par le gouvernement ?

Ça y est, la première ministre Sophie Wilmès a révélé la composition du « Groupe d’experts en charge de l’exit stratégique » (GEES) qui doit préparer les grandes lignes du déconfinement. Dans la droite ligne du gouvernement Michel, le gouvernement Wilmès n’a même pas cherché à prétendre à l’équilibre : ce groupe ne comprend pas un seul représentant des travailleurs. Le « statut de héros » des travailleurs qui nous font traverser la crise est apparemment de courte durée.

Par Nicolas Croes

On y trouve par contre le gouverneur de la Banque nationale, Pierre Wunsch, qui n’a cessé de répété que les Belges devaient continuent à travailler. ‘‘Je sais que c’est un peu en contradiction avec le message ‘Restez chez vous’’’, a-t-il admis, ‘‘Nous devons pourtant trouver un équilibre entre cette crise de santé publique et notre économie’’. Selon lui, cet équilibre se trouve donc très exactement à rebrousse-poil de l’avis du monde médical… A ses côtés se trouve Johnny Thijs, le tout récent président du conseil d’administration d’Electrabel. Les travailleurs de bpost se souviennent fort bien de lui et du massacre du personnel et des conditions de travail qu’il a opéré alors qu’il dirigeait l’entreprise publique. Quelles sont ses priorités ? On se souvient qu’il avait quitté la direction de bpost quand le gouvernement avait décidé de réduire son salaire de 1,1 million d’euros à… 650.000 euros.

Ne laissons pas le confinement aux mains des responsables de la propagation de la pandémie !

On trouve donc dans ce GEES des personnes qui incarnent parfaitement la logique capitaliste meurtrière qui justifie de sabrer dans les dépenses des soins de santé au point de les rendre exsangues. Aujourd’hui, si l’on tient compte du nombre de décès par habitant, la Belgique (avec 61 morts par million d’habitants) est au troisième rang mondial derrière l’Italie et l’Espagne. Pousser des travailleurs à se rendre au boulot dans des entreprises non-essentielles dans ces conditions est totalement criminel.

Le gouvernement a lui-même donné le ton ce vendredi 3 avril en élargissant les secteurs qui peuvent rester en activité. « La liste des activités où le respect de distanciation n’est pas obligatoire est élargie. Elle n’a plus comme objectif de permettre à la population d’assouvir ses besoins mais de préparer un redémarrage des activités économiques; ce que je souhaite mais n’est-ce pas trop tôt ? On ne peut pas confondre précipitation et santé », a dénoncé Andrea Della Vecchia, permanent FGTB de l’industrie chimique : « Ce n’est pas un arrêté ministériel. C’est un arrêté patronal. » Le front commun syndical de la chimie avait la semaine dernière une lettre à la Première ministre afin de réduire l’activité de l’industrie chimique au nom de la préservation de la santé des travailleurs. « Nous avons émis des avis, des idées, des mises en garde et on n’en a pas tenu compte. Il n’y a plus de concertation sociale », a résumé la FGTB.

L’intelligence collective ?

On a pourtant pu lire dans Le Soir : « Une fois encore, c’est donc sur « l’intelligence collective » que parie la Première ministre ». Que Sophie Wilmès parie, c’est certain. Avec notre santé et nos vies. La gestion de l’épidémie par les autorités a été lamentable. A chaque fois, le gouvernement s’est retrouvé à la remorque des travailleurs, qui sont les premiers à avoir imposé des mesures et des fermetures sur leurs lieux de travail. C’est cela qui a poussé le gouvernement à annoncer des mesures de confinement.

Dans un de ses communiqués en relation avec le GEES, Sophie Wilmès a déclaré : « Notre pays ne manque ni d’expertise, ni de savoir, ni de talent. » C’est un fait : il s’agit du monde du travail, de ces héros qui, dans la santé et ailleurs, font tourner le monde. Ce sont eux qui sont les plus à même de décider de ce qui doit être fait en assurant que la priorité soit la santé publique et non les bénéfices des entreprises. Le gouvernement veut par-dessus tout éviter que le mouvement des travailleurs ait son mot à dire. Au-delà de la crise sanitaire, il y a la crise économique, et tout sera fait pour tenter de limiter notre riposte dès lors qu’il sera question de payer la facture.

Le mouvement des travailleurs doit faire entendre sa voix !

Cette crise a démontré, s’il le fallait encore, que sans le travail et les efforts du personnel soignant, de la distribution, des transports, de la collecte de déchets,… rien ne fonctionne. Personne ne dispose d’une meilleure vue sur la manière dont les choses sont produites que les travailleuses et travailleurs eux-mêmes. Ce sont eux qui doivent assurer la planification du déconfinement, sur base de comités anti-crises construits autour des représentants élus des travailleurs et des Comité pour la prévention et la protection au travail (CPPT). Mais dans un premier temps, c’est l’arrêt des entreprises non-essentielles qui doit être planifié de toute urgence !

L’activité économique doit bien entendu redémarrer à un moment donné, mais à quelles conditions, dans l’intérêt de qui et par quelles décisions ? Les représentants des travailleurs dans les secteurs clés, de l’industrie à l’enseignement, doivent avoir leur mot à dire dans ce processus et pouvoir y opposer leur veto ! Que les syndicats, FGTB et CSC, fassent ce que l’on attend d’eux et qu’ils exigent la participation directe des travailleurs ! Si la relance des secteurs ne dépend que des patrons et des partis politiques de l’establishment, la sécurité des travailleurs ne sera pas prise en compte. Organisons-nous, nous n’avons pas à risquer nos vies pour leurs profits !

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