Le 28 janvier dernier, la FGTB avait organisé une manifestation contre les économies sur la sécurité sociale. L’évènement n’était pas sans importance : les gouvernements sapent le financement de la sécurité sociale depuis des années. Si cette dernière dispose de moins en moins de moyens, c’est parce que les patrons reçoivent en cadeau une partie des cotisations de sécurité sociale. Cela a des conséquences désastreuses. Ces dernières années, une large partie de notre protection sociale nous a été retirée nous (l’âge du départ en pension a été relevé, les soins de santé se sont détériorés,…). Mais aujourd’hui, en ces temps de crise du coronavirus, l’importance de la sécurité sociale est évidente : à la fois en termes de soins que de protection contre le chômage.

Leur politique : moins de ressources pour les soins de santé

A l’opposé des syndicalistes qui sont descendus dans la rue pour obtenir une meilleure protection sociale, la droite n’a pas cessé de défendre sa politique de démantèlement. En 2016, Bart De Wever déclarait : « Il est clair que si nous ne faisons pas d’économies supplémentaires sur la sécurité sociale, nous n’économiserons rien. Ce n’est que là qu’il y a encore beaucoup d’argent à trouver ». Il pensait alors plus spécifiquement aux sanctions contre les malades de longue durée. Les partis de droite ont donc lancé leur offensive : les malades doivent retourner au travail le plus rapidement possible. Les travailleurs sont donc moins susceptibles de rester chez eux lorsqu’ils sont malades. La pression a augmenté sur tous les malades, à court et à long terme. Quel en est l’effet sur les travailleurs en période de pandémie ?

Jusqu’à récemment, les moyens dont disposent les soins de santé étaient tabous pour les partis de droite. « Selon l’OCDE, la Belgique dépense plus pour les soins de santé que la moyenne européenne. Grâce à la limitation de la norme de croissance, les dépenses restent sous contrôle », peut-on encore lire sur le site de la N-VA. Le même point de vue est partagé, entre autres, par l’Open VLD. Concrètement, cela signifie que les ressources destinées au secteur de la santé ne suivent pas le rythme de la demande croissante de soins. Les dépenses ne peuvent augmenter que de 1,5 % par an. Sous le gouvernement Di Rupo, cette norme de croissance a déjà été abaissée de 4,5 à 3 %, tandis que sous le gouvernement Michel, elle a été réduite de moitié. La crise du secteur de la santé y est bien sûr liée : la résilience du secteur à faire face à une catastrophe telle que COVID-19 est affectée par cette politique.

S’il n’avait dépendu que de la N-VA, un nouveau gouvernement fédéral aurait été formé pour économiser 5 milliards d’euros supplémentaires sur les soins de santé. Cela figurait dans la liste des mesures que le parti a soumises au PS lors des négociations gouvernementales. De Wever pense-t-il vraiment que la majorité des Flamands veulent faire de telles économies sur les soins de santé ?

Nos revendications : plus de moyens pour la sécurité sociale

Les manifestants du 28 janvier exigeaient une meilleure protection sociale. Ils s’opposent à la politique de réduction des contributions des employeurs, politique responsable des déficits. Par exemple, sous le gouvernement Michel, les cotisations sociales dites « charges patronales » sont passées de 32,4 % à 25 % ce qui, selon le Bureau du plan, coûte 5,8 milliards d’euros à la sécurité sociale. De cette décision découlent des bénéfices supplémentaires pour les entreprises et une érosion des caisses de la sécurité sociale.

En outre, il existe tout un arsenal de mesures visant à payer une partie de nos salaires sans verser la moindre cotisation de sécurité sociale. Une partie de notre salaire n’est pas considérée comme « salaire » mais une compensation ou un avantage extra-légal. Les patrons s’en servent pour rendre moins chères les augmentations de salaire. Et une partie de cela peut disparaitre en cas de chômage technique, comme c’est le cas des chèques-repas. Ces régimes sont également préjudiciables au financement de la sécurité sociale. L’une des prestations extra-légales les plus populaires est l’assurance hospitalisation : à mesure que les ressources de la sécurité sociale diminuent, une protection sociale supplémentaire sur une base privée est nécessaire. En tout cas : toutes sortes de prestations extra-légales font qu’il manque plus de 4 milliards d’euros à la sécurité sociale.

Les cadeaux aux patrons sapent les revenus de la sécurité sociale. En outre, les dotations publiques risquent d’être réduites : la dotation d’équilibre (représentant 3 % du financement de la sécurité sociale) expire en 2020 à la suite d’une décision prise en 2017. Cela signifierait à nouveau quelques milliards de moins dans la sécurité sociale. Où ces économies seront-elles réalisées ? Sur les allocations de chômage technique ? Sur les soins ? Sur les pensions ?

Si la crise actuelle illustre quelque chose, c’est précisément l’importance de la sécurité sociale. Dans le même temps, elle exerce une pression supplémentaire sur les caisses de la sécurité sociale. Pour que celle-ci puisse protéger efficacement la population, elle doit être dotée de ressources suffisantes. Pour cela, il faut mettre fin à la politique de cadeaux aux entreprises et au moins relever les cotisations patronales à la sécurité sociale à 32,4 % comme auparavant. Cela fait partie de notre salaire indirect, cette réduction revient à permettre au patronat de mettre de l’argent dans sa poche au lieu de contribuer à notre protection sociale. Tout ce que nous obtenons pour notre travail est un salaire et doit être considéré comme tel : sans toucher à ce que nous obtenons en net, la sécurité sociale doit recevoir plus.

Mettre un terme à l’érosion et au démantèlement de la sécurité sociale serait une première étape importante pour assurer la protection sociale de tous les travailleurs et de leurs familles. Non seulement en cette période de grave crise des soins de santé, mais aussi à plus long terme.

>> Lisez notre dossier sur la sécurité sociale