Face au manque de masques chirurgicaux un collectif de femmes sans-papiers en confectionne de manière artisanale depuis dimanche dernier. Nous avons discuté de cette initiative avec Rosario Marmol Perez, militante à l’ASBL La Cible, également impliquée dans ce projet.

Propos recueillis par Clément

D’où vient cette idée de confectionner des masques de protections solidaires ?

L’idée a émergé chez des mères sans-papiers participant à l’atelier couture de la Voix des Sans-Papiers ainsi qu’à l’Ecole des Solidarités.

Elles se sont dit qu’elles avaient des compétences pour jouer un rôle utile et solidaire dans cette crise que nous traversons, et notamment cette possibilité de coudre des masques solidaires. Solidaires parce qu’il faut savoir que ces masques sont donnés. Pour qui le souhaite, il est possible de faire un don pour le fond de solidarité. Grâce à ce fond de solidarité, nous pouvons acheter les fournitures nécessaires à la production de nouveaux masques, mais aussi soutenir les mamans qui n’ont aucun revenu.

Quel est le sens de cette démarche ?

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que pour les personnes qui confectionnent ces masques, la solidarité est très importante. Il s’agit de personne qui n’ont pour ainsi dire aucune reconnaissance : de leur droits, de leur niveau d’étude, etc. Bien souvent, elles n’ont pas la possibilité de travailler faute de permis de travail. Dans ces conditions, autant dire que la solidarité revêt un aspect très concret.

Cette initiative a été très bien reçue. Nous avons à ce jour reçu plus de 2500 demandes. Il s’agit de particuliers, mais aussi d’associations, et même d’institutions d’aide aux personnes. Il faut prendre conscience d’à quel point la situation est catastrophique. Il y a des pénuries dans les hôpitaux, mais aussi dans les maisons de retraites, là où des travailleurs et travailleuses des soins travaillent au contact des plus vulnérables au virus et sont obligés de travailler sans protections, ce qui les mets en danger, mais aussi bien entendu leurs patients. Il y a également des pénuries chez les aidants aux personnes handicapées, etc…

Parmi ces mamans, plusieurs travaillaient dans le secteur des soins de santé comme infirmières ou aides-soignantes, et elles comprennent parfaitement que si ceux qui prennent soin des malades au jour le jour tombent eux-mêmes malades, alors on courra à la catastrophe.

On voit aussi l’extrême droite qui tente de profiter de cette crise… S’agit-il d’une sorte de réponse ?

Nous sommes évidemment convaincus que les travailleurs sans-papiers sont des travailleurs comme les autres. L’extrême droite tente de manipuler l’opinion en laissant entendre que les questions migratoires seraient un facteur de la crise actuelle. Il faut résister à ça parce que c’est faux : les personnes migrantes font -comme l’ensemble des travailleurs de Belgique- partie de la solution. La régularisation des personnes sans-papiers est d’ailleurs d’une importance cruciale. Ces mères sans-papiers, elles considèrent la Belgique comme leur pays d’accueil, ni plus ni moins. Et puise genre d’initiative, ça montre aussi que la réalité concrète donne tort à la propagande d’extrême droite : les migrant.es ont toujours été et sont encore actuellement un apport essentiel pour le pays d’accueil.

Enfin, quelles sont pour toi les manières de répondre au type de crise que nous traversons ?

Nous avons absolument besoin d’attitudes collectives de solidarité. Aujourd’hui, il y a de nombreuses personnes qui félicitent -à juste titre- les soignantes et soignants pour le travail et les sacrifices qu’ils fournissent.

Et en même temps, les chiffres des économies réalisées par Maggie De Block et les précédents gouvernements, et ce que ça implique comme dégradation de notre système de soins, deviennent pour beaucoup des réalités concrètes, et plus seulement des chiffres.

Il est primordial que toutes ces personnes qui applaudissent aux fenêtres à 20h pour soutenir le personnel soignant, dès que la crise de coronavirus arrivera à son terme, descendent dans la rue aux côtés de ces travailleurs et travailleuses, des syndicats, des citoyens pour exiger du gouvernement un refinancement du système de soins de santé, mais aussi une revalorisation de l’ensemble du service public.

Nous devons également faire sortir ces sans-papiers de l’ombre, et revendiquer des critères clairs et permanents de régularisation.

SOUTENEZ CE PROJET

Pour soutenir le collectif « Masques solidaires », vous pouvez faire un don au n° de compte BE48 8777 9900 0127.

L’argent versé sur ce compte servira à l’achat de fournitures pour leur confection ainsi qu’en soutien aux femmes et mamans qui n’ont droit à aucun revenu.

Les masques sont offerts aux personnes et chacun est libre de faire un don sur ce compte s’il/elle le souhaite.

Pour les institutions et/ou associations, si elles le peuvent, les masques sont vendus à 3€ pièce afin de permettre aux femmes de rentrer dans leurs frais. Nous sommes bien en-dessous du coup réel, le travail est bien fait et prend du temps.

COORDONNÉES

0487 20 62 86 // eds.liege@gmail.com