Sacré cœur de Mons : ‘‘Une finesse digne d’une multinationale briseuse de grève’’

C’est de cette manière qu’un journaliste de L’Avenir s’est exprimé en raison de l’attitude de la direction de l’école du Sacré Cœur de Mons qui n’a pas hésité à… envoyer un huissier de justice contre des élèves ! Ceux-ci protestaient contre les problèmes d’infrastructure et de communication dans leur école. Le personnel lui aussi ne manque pas de griefs contre la direction. Nous en avons discuté avec Stéphanie, enseignante au Sacré-cœur et déléguée syndicale SETCa-Sel.

‘‘L’action des élèves fin janvier s’explique par l’état déplorable de l’école. Il n’y a qu’une poignée de toilettes pour 1000 élèves et elles sont dans un tel état que certains élèves se retiennent jusqu’à midi pour partir et utiliser les toilettes du McDonald. Le local d’étude est un préau, une solution provisoire qui dure depuis plus de deux ans, où volent des pigeons, où il fait souvent froid et qui se trouve de plus juste à côté de la cour de récréation. Parfois, ils doivent étudier alors que les plus petits jouent et crient juste à côté. On pourrait aussi parler des vestiaires déplorables et de bien d’autres choses.

‘‘La grève était une mini manifestation suivie d’un refus d’entrer dans l’école durant la première heure de cours, la plupart des manifestants étant bâillonnés avec du ruban adhésif. Ensuite, les élèves sont rentrés dans les bâtiments et ont scandé des slogans dans la cour de récréation. Là, des huissiers sont intervenus pour prendre l’identité des grévistes ! Trois représentants ont été reçus par la direction, accompagné par un membre du Pouvoir Organisateur et des huissiers. Mais cette action a été plus prolifique que 100 heures de sciences sociales : les élèves sont restés solidaires en passant à travers l’épreuve de la répression. Cela n’a fait que radicaliser les professeurs, car dans notre école, nous sommes proches de nos élèves.

‘‘Précédemment, les profs s’étaient réunis lors d’une journée pédagogique début décembre pour discuter des multiples problèmes liés à l’infrastructure, mais aussi à la gestion générale de l’école (changements dans l’organisation de la session d’examens, organisation de la rentrée scolaire,…). La journée pédagogique a permis de discuter de tout cela tous ensemble, dans un esprit constructif, en cherchant des pistes de solution. Nous avons mandatés une équipe pour rédiger une lettre à la direction et au pouvoir organisateur (PO). La majorité du personnel a signé cette lettre.

‘‘Mais alors que nous avions simplement listé ce qui n’allait pas, le directeur a réagi comme s’il s’agissait d’une agression. Deux enseignantes ont été convoquées pour une audition disciplinaire sous le motif de manque de considération envers le directeur. L’une avait simplement posé une question, comme une dizaine d’autres collègues, et l’autre avait détourné un pull de Noël pour exprimer son mécontentement vis-à-vis d’une réorganisation des examens qui nuisait aux congés de Noël.

‘‘Suite à cela, il y a eu des réactions de solidarité et des arrêts de travail se sont organisés. Après l’intervention des huissiers, la grande revendication est devenue le départ du directeur. Il est évident que personne ne s’imagine travailler avec lui après tout cela. Pendant les différents arrêts de travail, nous avons pris le temps de discuter des différentes pistes d’action possibles. Mettre tout notre espoir dans la main du Pouvoir organisateur, pour prendre des mesures pour écarter le directeur, ou construire un rapport de force. Nous avons choisi la deuxième option et, début février, nous avons voté en faveur de la grève. Le 20 février les collègues ont décidé de se croiser les bras, mettant ainsi à exécution leur préavis de grève. Au piquet de grève, des parents et des élèves étaient présents pour manifester leur soutien.

‘‘Même si le conflit est toujours en cours et que nous n’en connaissons pas encore le dénouement final : des étapes importantes ont été franchies : la création d’une unité parmi le personnel, une syndicalisation massive, la compréhension qu’il faut s’organiser pour obtenir quelque chose. On ne doit pas reposer sur des instances diverses et variées pour obtenir quelque chose : le personnel ne peut compter que sur lui-même, sa détermination et son implication. Les problèmes de gestion et d’infrastructure ne sont pas des problèmes isolés, comme l’ont encore démontré en février les actions tenues à Bruxelles à l’Athénée Royal Toots Thielemans et à l’Athénée Royal Andrée Thomas. Il s’agit d’un problème généralisé. Des grèves aussi bien du personnel que des élèves vont très probablement se généraliser.’’

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