Interview de Silvio Marra – Les travailleurs des Forges de Clabecq veulent récupérer les salaires impayés

Ces derniers temps la presse a fait écho d’un procès en cours sur des créances encore dues aux anciens travailleurs des Forges de Clabecq. De quoi s’agit-il? Nous avons interrogé à ce sujet Silvio Marra, ancien délégué FGTB aux Forges.

Propos recueillis par Guy Van Sinoy. Cet entretien a été publié dans l’édition de février de Lutte Socialiste

Silvio Marra : ‘‘Quand on entend le mot ‘‘créance’’, on pense souvent à des fournisseurs qui ont livré des marchandises et qui attendent d’être payés. Pour les anciens travailleurs il est plus exact de dire que ce sont des salaires qui doivent encore leur être payés.’

De quels salaires il s’agit ?

‘‘Après la faillite de l’entreprise, fin 1996, des curateurs ont été désignés pour gérer la faillite et le Fonds de fermeture des entreprises a payé des indemnités aux travailleurs licenciés. Mais tout n’a pas été payé.

‘‘En 1992, sous prétexte de soi-disant ‘‘sauver l’entreprise’’, le patron de l’époque – Dessy – avait réduit arbitrairement les salaires de 10 % et supprimé la prime de fin d’année. Après plusieurs semaines de lutte intense le conflit s’était terminé par une convention précisant que ces retenues salariales étaient un ‘‘prêt’’ à rembourser à terme. Ces retenues sur salaire ont duré pendant 5 ans, jusque la faillite. Cette partie du salaire qui nous a, de fait, été volée n’a pas été remboursée totalement par le Fonds de fermeture. S’ajoutent à cela, pour certains travailleurs, des jours de congés compensatoires encore à récupérer, les congés payés des employés et des cadres, etc. Tout cela fait partie des créances que les curateurs doivent encore payer aux anciens travailleurs.’’

Et où en est le paiement?

‘‘Les curateurs ont récupéré l’argent suffisant (18 millions d’euros). Mais l’État belge veut mettre la main sur ce pactole sous prétexte que la Commission européenne avait déclaré illégal le versement par la Région wallonne d’un milliard et demi de francs belges pour sauver l’entreprise dans les années 1990. Un procès entre les curateurs et l’État belge est en cours. Le jugement en appel sera prononcé le vendredi 20 mars 2020.’’

Est-ce qu’une mobilisation est en cours pour ce procès ?

‘‘Le premier groupe à réagir a été le GR6, un groupe d’ex-cadres et employés des Forges, qui a alerté la presse et a aussi appelé les anciens travailleurs à venir assister aux séances du procès. L’ancien noyau syndical FGTB, moteur de la lutte pendant de longues années a été dispersé par la faillite et il a aussi été épuisé par une mobilisation de plusieurs années pour l’acquittement de 13 ouvriers de Clabecq qui risquaient de très lourdes condamnations devant le tribunal pénal.’’

Et d’ici le 20 mars?

‘‘Chaque jeudi matin, avec un petit groupe de camarades, sur le marché de Tubize, nous informons les anciens travailleurs de la situation en les incitant à se mobiliser et à écrire au curateur pour demander leur décompte individuel précis. Ce n’est pas évident car un nombre important d’anciens ont disparu : certains ont déménagé, d’autres sont décédés, notamment de cancers dûs à l’amiante massivement présente dans les installations. Un premier rassemblement aura lieu le jeudi 13 février à 10 heures devant la maison communale de Tubize. C’est un premier pas. Car sans mobilisation on ne peut pas gagner.’’

Un nouveau livre sur la lutte de Clabecq

Le livre Moi, Silvio de Clabecq, militant ouvrier, qui vient de paraître, retrace des dizaines d’années de combats aux Forges de Clabecq : lutte contre les accidents du travail et les maladies professionnelles, contre le racisme qui divise, contre les pertes d’emploi. Au fil des pages, se dégage peu à peu l’émergence d’un noyau syndical combatif qui se heurtera au patronat et au conservatisme de l’appareil syndical.

‘‘Ce petit livre, qui propose une liaison vivante entre l’action ouvrière la plus précise, la plus exigeante, et la grande Histoire de l’oppression et de l’émancipation, liaison qui constitue en fin de compte la vraie subjectivité du militant communiste, mérite absolument d’être lu, médité et diffusé, dans le moment confus et sceptique qui est celui où nous vivons depuis la contre-révolution des années 1990.’’ (Alain Badiou, Philosophe et professeur émérite à l’École Normale Supérieure à Paris).

12 euros + 3 euros de frais d’envoi à verser au compte BE36 3771 1712 2281 de Silvio Marra (0475 84 89 17) .

 

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