Les chemins de fer sous pression – le personnel à l’offensive !

Ces derniers temps, le personnel de la SNCB a lancé plusieurs actions et appels à la grève. Les mesures d’assainissement se multiplient et menacent tous les domaines, mais la résistance se développe. Pour contrer ces mesures antisociales, le personnel ne se contente pas toujours de suivre les directives des syndicats; la colère est grande parmi la base, et cette colère s’exprime dans des actions spontanées. Lutte Socialiste a interviewé deux militants combatifs.

Par Jarmo (Anvers), article tiré de l’édition de décembre-janvier de Lutte Socialiste

Quelle est la situation à la SNCB ? D’où proviennent toutes ces actions ?

‘‘Actuellement, il y a des préparations d’attaques contre le personnel de la SNCB, et ce à chaque niveau. Tant les politiciens traditionnels que la direction s’y préparent. Ces plans menacent non seulement les conditions de travail et les emplois des cheminots, mais aussi l’existence de la SNCB en tant que service public abordable. Tout est fait pour que la SNCB devienne une entreprise rentable et concurrentielle, ce qui va directement à l’encontre des intérêts du personnel et des passagers.’’

‘‘Les mesures d’austérité les plus drastiques visent actuellement surtout le transport de marchandises. Il est donc logique que c’est ce secteur que nous défendons le plus en ce moment. Une partie de la direction syndicale considère le transport de marchandises comme une cause perdue, nous savions donc très bien que si nous voulions que les choses bougent, il fallait les prendre en main nous-mêmes.’’

Pour réaliser cette interview, nous avons discuté avec deux collaborateurs du site d’action Libre Parcours. Pour des raisons évidentes, nous avons choisi de ne pas mentionner leurs noms. Plus d’infos, d’analyses, de rapports, etc. sont disponibles sur www.libreparcours.net

Comment avez-vous mis la lutte en route ?

‘‘Cela a été un travail de longue haleine. Durant la période calme, nous nous sommes préparés pour cette lutte qui apparaissait inévitable. Nous avons organisé des réunions avec des militants de tous les syndicats durant lesquelles nous avons constamment mis l’accent sur la nécessité de lutter. C’était important afin que ces réunions aient vraiment un sens et ne conduisent pas simplement à des renégociations. C’était aussi de bonnes occasions pour discuter avec nos collègues et nous préparer ainsi au combat à venir.’’

‘‘La SA Logistics a organisé des séances d’information dans des hôtels pour présenter ses nouvelles mesures. En fait, le but était de prendre les travailleurs individuellement et de leur mettre la pression pour qu’ils acceptent ces nouvelles conditions de travail impraticables. Ces séances ont mis le feu aux poudres. La colère parmi la base était énorme, et le développement des actions s’est alors accéléré.’’

‘‘Les actions et les piquets de grève ont été l’occasion de constater la grande combativité et l’implication de chacun. A l’un des piquets, des représentants de la direction se sont déplacés afin d’avoir une conversation avec quelques responsables. Nous avons refusé et leur avons demandé de s’adresser à tout le monde. Leurs positions et leurs discours ont encore renforcé la détermination au piquet.’’

Envisagez-vous de poursuivre la lutte?

‘‘Absolument. Lorsque nous sommes confrontés à des attaques de cette ampleur, nous n’avons pas d’autre choix que de lutter. Nous sommes au pied du mur. Les piquets et les actions que nous avons organisés nous ont donné l’occasion de discuter avec nos collègues des mesures et de leurs conséquences.’’

‘‘Mais il est crucial d’établir un plan d’action. Il faut avoir des perspectives pour la lutte. Si nous sentons que les actions ne servent qu’à laisser échapper un peu de vapeur pour nous faire finalement accepter les mesures d’austérité, alors elles n’ont pas lieu d’être. Beaucoup de travailleurs ont maintenant le sentiment d’avoir leur propre lutte en main et de pouvoir pousser la direction syndicale dans la bonne direction.’’

‘‘Pour obtenir des résultats, nous devons discuter de la meilleure façon de mener la lutte. Nous croyons qu’il sera également nécessaire de regarder au-delà de nos frontières. La Belgique n’est pas le seul pays où les chemins de fer sont attaqués, et elle n’est pas non plus le seul pays où la résistance s’organise. Les grèves générales dans d’autres pays montrent l’exemple, nous avons besoin d’une résistance unifiée en Europe contre les mesures imposées par les autorités européennes. Il n’y a que de cette façon que nous pourrons obtenir des résultats.’’

Quelles sont vos demandes spécifiques sur le long terme ? Quels résultats voulez-vous obtenir ?

‘‘Bien sûr, nous nous opposons aux projets d’assainissements proposés. Nous ne voulons pas d’assainissements dans nos emplois et nos conditions de travail, ni dans les services aux usagers. Nous voulons inverser la tendance actuelle de la libéralisation pour que la SNCB puisse devenir un vrai service public.’’

‘‘Pour cela, il faut se concentrer sur ce qui est nécessaire dans la société et ensuite faire correspondre l’offre aux besoins, afin d’être plus efficaces. Par exemple, pendant l’été, les locomotives et leurs conducteurs pourraient être affectés au transport de personnes. Durant cette période, il y a moins de marchandises et davantage de touristes. Ces mesures on ne peut plus logiques sont inapplicables à l’heure actuelle, en conséquence directe de la libéralisation.’’

‘‘Le fractionnement infini des services d’organisation (ateliers, transport de marchandises,…) conduit à des pertes importantes. Il faut comprendre que la politique libérale consistant à faire plus avec moins n’est pas seulement absurde mais aussi dangereuse. C’est une menace pour les conditions de travail et aussi pour la qualité des services et leur sécurité. Il faut à tout prix s’y opposer.’’

Quel rôle les militants individuels peuvent-ils jouer dans la lutte ?

‘‘Ils peuvent jouer un très grand rôle. C’est pour cela que nous voulons réintroduire certaines traditions du mouvement ouvrier. Les piquets par exemple sont l’occasion idéale pour discuter avec les collègues et décider de l’avenir de la lutte. Cela nous donne aussi l’occasion de discuter avec d’autres travailleurs.’’

‘‘La tradition de solidarité avec d’autres secteurs doit aussi être réintroduite. Nous ne sommes pas les seuls à être menacés. Jetez un coup d’œil à l’enseignement, aux soins de santé,… Là aussi, il y aura des luttes. Espérons que des mouvements se développeront de façon combative. Car c’est uniquement par la lutte qu’on peut espérer gagner. Une lutte unifiée sera d’une importance cruciale pour mettre fin à tous les assainissements.’’

Merci pour l’interview, et bon succès dans la lutte !

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