Selon un sondage IFOP, 64% des Français estiment que la grève générale de ce jeudi 5 décembre est justifiée. La réforme des retraites du président Macron passe mal. La liste des secteurs appelant à la grève n’a cessé de s’allonger de jour en jour (SNCF, RATP, contrôleur aérien, transport routier et urbain (personnes et frets), EDF, étudiants, justice, éducation nationale, enseignement supérieur, pôle emploi, la poste, fonction publique territoriale, soignants, police, presse, édition,…). Cette situation à 3 mois des élections municipales pourrait avoir de lourdes conséquences dans un paysage politique où les partis traditionnels sont en ruine.

Par Simon (Mons)

Voilà déjà un an qu’a surgi le mouvement des Gilets jaunes. Un mouvement à la durée inédite qui a illustré toute l’ampleur de la colère qui vit jusqu’aux tréfonds de la société. Un mouvement qui a aussi représenté les premiers pas de la renaissance d’une conscience de classe à large échelle. Le mouvement de contestation contre la réforme des retraites en est le prolongement direct.

Comme l’explique le député de a France Insoumise Adrien Quatennens, la situation en France est celle d’une « colère sociale qui dépasse la question des retraites ». La société craque de partout et les autorités ne font plus grand-chose pour combler les failles. Cette semaine encore, un reportage du Monde a mis en lumière l’explosion du nombre de mères sans domicile fixe alors que nous sommes encore sous le choc de l’immolation par le feu d’un étudiant qui venait de perdre sa bourse d’étude en novembre dernier. De tels gestes désespérés en disent long sur la France de Macron, la France des riches, la France de l’injustice.

Mais de nombreux secteurs sont entrés en lutte ces derniers mois et ont tenté de riposter. On pense bien entendu aux blouses blanches. Mais cette journée internationale de lutte contre la violence envers les femmes a connu une participation impressionnante en France ce 23 novembre, et elles seront une nouvelle fois directement les plus touchées par le caractère austéritaire de cette réforme des retraites.

Que contient exactement la réforme des retraites ?

Pour l’heure, il s’agit d’allonger la durée de cotisation pour ouvrir son droit à un départ à la retraite, tout en diminuant le montant total perçu par les travailleurs en établissant un système de pension par point. Le gouvernement fait valoir la suppression des régimes spéciaux en jouant la carte d’une politique « pseudo-égalitariste » qui remettraient tout le monde sur le même pied d’égalité. Le tout en montrant du doigt les enseignants, cheminots,… qui bénéficient de régimes spéciaux que le monde du patronat qualifie de « privilèges ». Mais quand celui-ci parle d’égalité, il entend bien sûr une égalité à la baisse, au niveau de la catégorie de travailleurs dont le régime des retraites est le moins coûteux…

Une politique véritablement égalitariste serait plutôt d’élargir à toutes et tous ces avancées sociales. Cela signifie d’aller rechercher l’argent là où il est, comme dans la poche des actionnaires du CAC 40 ! En 2018, le CAC 40 a réalisé pas moins de 100 milliards d’euros de profits.

La productivité au travail a grandement augmenté ces dernières décennies : nous produisons plus, avec moins de travailleurs. Il est faux de dire que les retraites sont impayables : il n’y a jamais eu autant de richesses qu’aujourd’hui. Nous devons nous organiser contre ce hold-up du fruit de notre travail ! Au final, la lutte de masse qui verra le jour demain ne concerne pas que les retraites, elle a le potentiel de remettre en question l’aberration d’une société où les leviers de l’économie sont laissés aux mains d’une infime minorité de rapaces. Il faut revendiquer la nationalisation des sec-teurs-clés de l’économie (banques et finances, énergie, métallurgie, communication,…) et leur gestion et contrôle démocratique par les travailleurs et la collectivité. C’est la seule manière de pouvoir nous-mêmes collectivement planifier ce qui est socialement et écologiquement nécessaire pour l’ensemble de la classe des travailleurs.

Construire l’unité contre le camp d’en face

L’appel à la grève de ce 5 décembre donne l’opportunité de regrouper la colère présente dans toute la société en une lutte généralisée. Une majorité des organisations syndicales appelle à la mobilisation contre la réforme des retraites tandis que certains syndicats, à la RATP ou encore à la SNCF, ont fait de cette journée le point de départ d’une grève reconductible.

Si le mouvement ouvrier utilise son outil de travail comme outil de combat, il est capable de jouer un rôle primordial pour un changement réel de système. La journée du 5 décembre doit être considérée comme un pas vers l’organisation d’une véritable grève générale qui bloquerait la totalité de l’économie du pays. Une telle démonstration de force permettrait non seulement de frapper les capitalistes là où cela leur fait le plus mal, au portefeuille, mais clarifierait aussi que ce sont les travailleurs qui produisent les richesses et que sans eux, plus rien ne tourne.

Sur base de cette confiance, et de l’enthousiasme que créée l’actuel contexte international de lutte de masse, il sera possible de diriger le mouvement vers le capitalisme lui-même, de le renverser, et de poser les bases d’une économie centrée sur le bien de tous, une économie socialiste démocratique, où les secteurs-clés de l’économie seraient démocratiquement contrôlés et gérés par les travailleurs et leurs familles.