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Vers un gouvernement fédéral sans la N-VA ?

Dans le cadre des négociations menées par l’informateur, Paul Magnette, il n’y a toujours pas de discussion officielle sur une éventuelle coalition. Dans les médias, la discussion est sortie du cadre stérile ‘‘PS et N-VA doivent se retrouver’’. Alors que le choix entre les deux options – violette-jaune ou arc-en-ciel – divise les deux candidats du second tour à la présidence du MR (Bouchez et Ducarme), Mathias De Clercq, Bourgmestre Open-VLD de Gand, défend ouvertement une coalition arc-en-ciel dans une carte blanche du Standaard (8 novembre).

Par Anja Deschoemacker

Magnette déclare avec optimisme : ‘‘Un véritable dialogue a commencé’’ (De Standaard, 19/11), faisant état d’un ‘‘consensus croissant’’ dans le domaine de la justice, sur l’augmentation des pensions les plus basses et du taux d’emploi et sur la nécessité de maîtriser le déficit budgétaire croissant.

Le fait qu’il souligne l’importance de la société civile – encore une fois fortement attaquée par le gouvernement flamand – indique clairement qu’il va dans le sens d’un gouvernement sans la N-VA. Un gouvernement arc-en-ciel serait majoritaire au parlement, même si ce n’est qu’avec un seul siège.

Querelles chez les Bleus

Aucun des deux candidats à la présidence du MR n’est issu de l’aile sociale-libérale du parti. Leur duel semble pourtant se dérouler entre une ligne de droite dure (Georges-Louis Bouchez) proche d’une coalition violette-jaune, et une ligne de centre-droit (Denis Ducarme) plus proche de l’arc-en-ciel.

Ainsi, dans une double interview dans Le Soir, Bouchez avançait que les pensions des fonctionnaires devaient être réduites pour augmenter celles des indépendants. Ce à quoi Ducarme répondait que Bouchez menaçait d’isoler le MR avec une telle proposition: ‘‘Sur un sujet aussi sensible (…) il est prématuré de donner des signaux qui seront considérés comme courageux par une série de catégories sociales’’.
Ces discussions ressemblent à celles qui divisent l’Open-VLD entre d’une part ceux qui soutiennent l’appel de De Clercq en faveur de l’arc-en-ciel (le clan Verhofstadt, par exemple) et la droite dure incarnée par des personnalités telles qu’Alexander De Croo et le leader de la fraction parlementaire Egbert Lachaert.

CD&V : Quels liens avec le mouvement ouvrier chrétien ?

En novembre, plusieurs personnalités du mouvement ouvrier chrétien flamand (ACW) se sont ouvertement prononcées contre la violette-jaune et contre l’actuel accord de la coalition de droite en Flandre. Ces derniers mois, Luc Van Gorp, Président national de la mutualité chrétienne, et Marc Leemans, Président national de la CSC, ont tous deux fait des déclarations soulignant la distance entre leurs mouvements respectifs et le CD&V.

Dans De Gids (magazine de Beweging.net, l’ACW), Peter Wouters (Président) et Sandra Rosvelds (Cheffe du bureau d’études) déclarent qu’il est ‘‘troublant’’ de voir ‘‘comment dans chaque domaine politique la société civile est mise sous pression’’. Et aussi ‘‘Ceux qui sont critiques, paient la note dans la société civile. Qui plus est, nous craignons que ce ne soit aussi l’intention sous-jacente.’’ Une carte blanche au nom personnel de Renaat Hanssens (Bureau d’études de la CSC) dans De Standaard du 18/11 répond à l’opinion exprimée par Eric Van Rompuy qu’une coalition arc-en-ciel/orange serait ‘‘trop à gauche’’ : ‘‘Lors de la coalition précédente le CD&V a choisi une coalition très à droite (…). Cela a mené à un affrontement quasi permanent avec le syndicat chrétien, à l’aliénation d’une partie importante de la base et à une défaite électorale historique. Et maintenant, le parti opte pour… remettre le couvert’’.

Le 21 novembre, l’hebdomadaire Knack rapportait que des sources au sein du CD&V indiquent que le parti est prêt à abandonner sa résistance à ‘‘l’arc-en-ciel’’. L’extension de l’arc-en-ciel au CD&V ajouterait 12 sièges; le CDH en apporterait 5 autres.

L’avertissement de la Commission européenne est clair : ‘‘l’arc-en-ciel’’ sera aussi un gouvernement d’austérité

L’avertissement que la Belgique a reçu de la Commission européenne dissipe les illusions de tous les gouvernements régionaux – flamand, bruxellois et wallon – qui voudraient considérer certaines dépenses comme ‘‘hors du budget’’. La Belgique ne serait pas éligible à la ‘‘flexibilité des investissements’’ (Le Soir, 21/11), ce qui ‘‘n’encourage pas’’ les efforts de Magnette pour aboutir à un gouvernement de centre-gauche progressiste.

Lutte Socialiste ne s’est jamais fait d’illusions : la description que fait Geert Bourgeois du PS comme un parti avec des ‘‘recettes d’extrême gauche’’ vient d’une autre planète. Le PS n’a pas été le défenseur des revendications de la classe ouvrière depuis des décennies. Plutôt que d’être fondamentalement différent des autres partis traditionnels, il tente de limer les contours les plus tranchants de la politique d’austérité pour planter à travers la gorge du mouvement ouvrier l’exigence de la bourgeoisie belge de démantèlement de l’État-providence.

Au sein des syndicats, les délégués combatifs n’ont pas à déposer les armes, bien au contraire. Si un gouvernement arc-en-ciel/orange est formé, les miettes que le mouvement ouvrier ramasserait d’une part ne serviront qu’à voler des morceaux entiers du gâteau d’autre part. Seules des luttes de masse dans la rue et dans les entreprises peuvent arracher de véritables réformes progressistes et empêcher une nouvelle destruction de l’État-providence – dont il ne reste que peu de choses. Le message est le suivant : Pas d’illusions ! Et préparons-nous à la bataille !