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Face au gouvernement flamand arrogant et austéritaire : construisons la résistance !

Le siège du gouvernement flamand à Bruxelles. Photo : Wikipedia

Le gouvernement flamand de droite a également été durement touché par les élections. Mais puisque la marge était plus grande que du côté francophone, les trois partis perdants (N-VA, CD&V et Open VLD) peuvent remettre le couvert. Le ministre-président Jan Jambon (N-VA) a arrogamment aboyé contre l’opposition. Son parti aimerait le présenter comme ‘‘l’homme fort’’, mais cache mal le fait que le gouvernement flamand est moins stable et moins fort que le précédent. Avec la politique d’austérité antisociale qui s’annonce, les turbulences ne manqueront pas.

Par Geert Cool

Le social n’est qu’apparence

A l’annonce de l’accord de gouvernement, Jambon a préféré ne pas publier immédiatement les chiffres du budget. Il voulait présenter son gouvernement comme un gouvernement social dans un certain nombre de domaines – avec des investissements limités dans les soins de santé ou autour de l’emploi. Par contre, les attaques contre les migrants étaient de suite très précises. L’idée était de faire passer le message selon lequel le ‘‘Flamand qui bosse dur’’ serait bien mieux lotis que les nouveaux arrivants.

Cette fable n’a pas vécu très longtemps. Ce gouvernement va appliquer une austérité sévère et même la dissimulation des chiffres n’a pu cacher cette réalité. Pour éliminer les listes d’attente dans le secteur des personnes handicapées, il faut 1,6 milliard, le gouvernement ne fournissant que 270 millions. La seule ambition est d’espérer qu’elles ne s’allongent pas trop. Une grande partie de l’investissement dans le bien-être est du reste économisée ailleurs dans le même secteur. La prime à l’emploi est la mesure la plus coûteuse prise par le gouvernement Jambon : 350 millions d’euros sont alloués aux travailleurs à bas salaires. Une prime très limitée de 50 euros nets par mois est bien sûr la bienvenue, mais le gouvernement indique immédiatement que les patrons n’auront rien à payer de leur poche en salaire supplémentaire (avec les prestations sociales correspondantes). C’est la collectivité qui payera.

Le caractère antisocial est très concret

Suppression de l’allocation logement, réduction des allocations familiales à partir du troisième enfant, réduction des services publics, attaque contre les fonctionnaires, travaux d’intérêt général pour les chômeurs, démantèlement des transports publics, etc. La liste des mesures anti-sociales est longue et difficile à avaler pour les travailleurs et leurs familles. La mise en œuvre concrète de toutes ces mesures est la raison pour laquelle Jambon n’a pas voulu mettre immédiatement ses chiffres sur la table et a préféré faire taire le Parlement.

Ceux qui pensaient que les nouveaux arrivants seraient les seuls à être attaqués se sont lourdement trompés. Les chômeurs se voient imposer un service communautaire obligatoire après deux ans de chômage (du travail forcé en d’autres termes, les gens ne travailleraient pas pour un salaire, mais pour leur allocation). Parmi les fonctionnaires, le gouvernement se prépare à commettre un massacre social : 1.500 emplois sont perdus à cause du non-remplacement des pensionnés. L’abolition de la prime au logement ou la réduction des allocations familiales fera également mal à une bonne partie de la population. La prime au logement était un cadeau au secteur immobilier (qui a pu augmenter ses prix grâce à la prime), sa suppression ne reviendra pas sur le cadeau (à Bruxelles, sa suppression n’a entraîné aucune baisse des prix).

Les problèmes sociaux restent concrets. En Flandre, par exemple, il y a 150.000 personnes sur les listes d’attente pour un logement social… seuls 150.000 logements sociaux sont disponibles ! La réponse du gouvernement est de modifier la composition de la liste d’attente : si vous ne parlez pas assez bien le néerlandais, vous serez repoussé au bas de la liste. En d’autres termes, la concurrence entre ceux qui sont en difficulté sera intensifiée. Une réponse de gauche, en revanche, consisterait à construire de nouveaux logements sociaux.

Le Vlaams Belang, architecte de l’accord de gouvernement ?

Tom Van Grieken, le président du VB, a déclaré que son parti est l’architecte de l’accord de coalition flamand. Il a ajouté qu’il n’a aucune confiance dans le CD&V et l’Open VLD pour sa mise en œuvre. Van Grieken confirme ainsi qu’il n’a aucun problème avec les propositions antisociales de l’accord de coalition flamand. La rhétorique sociale adoptée par le VB durant la campagne électorale n’était qu’une imposture et un calcul électoral.

Le manque de moyens dans les soins de santé, l’enseignement, le logement social,… démontre que la propagande sur les ‘‘migrants vivent sur notre dos’’ est tout simplement fausse. Ces dernières années, la sécurité sociale et les services publics ont été fortement réduits. Ce ne sont pas les nouveaux arrivants qui en sont responsables. Ce sont les grandes entreprises qui ont bénéficié de milliards d’euros d’exonérations fiscales diverses ! Ce cambriolage des caisses de la sécurité sociale et de la communauté n’a rien à voir avec les nouveaux arrivants. Mais le gouvernement veut leur faire payer leur cours d’intégration obligatoire 360 euros, une mesure qui ne pèse rien à côté des milliards d’euros que les grandes entreprises vont recevoir. Si nous voulons défendre notre bien-être, nous ne devons pas nous tromper d’ennemi !

Il nous faut une lutte offensive

Un certain pessimisme règne chez beaucoup travailleurs et jeunes : le VB et la N-VA obtiennent ensemble 40% des voix et dominent le débat public du côté flamand depuis plusieurs mois. Cela a bien entendu un impact sur les discussions au travail et entre proches. Mais il est possible d’inverser la tendance en se basant sur des revendications sociales concrètes pour la majorité de la population. Fin 2014, lorsque le gouvernement Michel vacillait, cela a illustré comment le débat public peut être tourné à l’avantage du mouvement ouvrier. Aujourd’hui, cela aurait d’ailleurs un impact encore plus considérable avec le plus grand nombre d’élus de gauche du PTB au parlement.

Il faudra résister à ce gouvernement d’austérité arrogant et descendre dans la rue pour construire un rapport de force qui placera les préoccupations et les revendications des travailleurs et de leurs familles au cœur du débat public. Des revendications telles qu’un salaire minimum plus élevé (14 euros de l’heure), des pensions plus élevées, des horaires de travail réduits, des investissements publics massifs dans les infrastructures et les services publics (tels que les transports publics, les soins de santé, l’enseignement),… ne s’imposeront pas avec de bons arguments. Il faudra se battre parce que nos conditions de vie entrent en conflit avec la soif de profit d’une petite élite qui n’est que trop heureuse d’être servie par ce nouveau gouvernement flamand.