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Préformation : PS et N-VA discutent, mais ne négocient pas

Le gouvernement Michel/De Wever a été sanctionné dans les urnes en raison de sa politique profondément antisociale.

Cinq mois après les élections, et bientôt un an après la chute du gouvernement fédéral, un gouvernement fédéral n’est toujours pas constitué. Demotte (PS) et Bourgeois (N-VA) sont peut-être officiellement des ‘‘préformateurs’’ et non des informateurs, il n’y a cependant pas de véritables négociations entre PS et N-VA. ‘‘On n’a pas évolué vers une phase de négociation. (…). Avec les informateurs on a des réunions informelles, où les partis exposent chacun leurs idées, ni plus ni moins’’, a expliqué Paul Magnette, récemment élu président du PS.

Editorial de l’édition de novembre de Lutte Socialiste

Un certain nombre de journalistes et de politologues flamands appellent à la constitution d’une coalition violette-jaune (les libéraux rejoignant les sociaux-démocrates et la N-VA) car ‘‘la seule autre option avec une majorité fédérale (l’arc-en-ciel) n’a pas de majorité en Flandre’’. Sans succès jusqu’ici… Et chaque fois que l’on croit entrevoir une ouverture dans une remarque d’un membre du PS, la direction du parti ferme immanquablement la porte. La nécessité de disposer d’une majorité en Flandre n’impressionne pas beaucoup en Wallonie et à Bruxelles puisque la coalition suédoise ne représentait même pas un quart des voix francophones.

Certains seraient enclins à voir de ‘‘petits jeux politiques’’ derrière tout cela, mais, en réalité, un gouvernement violet-jaune pourrait être mortel pour les deux principales formations en son sein, tant pour le PS que pour la N-VA.
Bien entendu, le PS n’est – malheureusement – même pas à moitié aussi à gauche qu’il le prétend. Le parti applique fidèlement le programme de la bourgeoisie depuis la fin des années ‘80. Toutefois, rejoindre un gouvernement au caractère aussi ouvertement thatchérien que le précédent serait par contre un pont trop loin, surtout maintenant que le PS est concurrencé sur sa gauche.

De plus, espérer qu’après avoir abandonné son confédéralisme, la N-VA fasse de même avec son discours et son programme de provocation socio-économique pour donner au PS le masque social dont il a besoin est tout aussi peu probable. C’est pourquoi, après la déclaration de Theo Francken fin septembre – ‘‘un gouvernement avec le PS n’est pas impossible’’ – nous avons également entendu un autre son de cloche chez le député anversois N-VA Peter De Roover : ‘‘si j’avais des actions violettes-jaunes, je les vendrais’’.

Pas d’argents ni d’instrument politique pour un ‘‘compromis à la belge’’

On lit encore des références au ‘‘compromis à la belge’’, essentiellement dans la presse flamande, mais celles-ci font fi de l’histoire et sont idéalistes. Le compromis à la belge qui trouvait toujours une solution pragmatique pour les différentes contradictions – entre travail et capital, Flamands et Wallons, catholiques et laïques – puise son existence dans une période et un contexte spécifiques, en particulier celui de l’après-guerre. Cette période est définitivement révolue.

L’énorme croissance économique de cette période-là fut un premier élément rendant possible ce ‘‘compromis à la belge’’. Le capitalisme pouvait alors combiner profits juteux et augmentation des conditions de vie pour les travailleurs. La classe ouvrière devait toujours lutter pour obliger les capitalistes à améliorer les salaires et la protection sociale, mais en plus de son organisation et de sa volonté d’action à la base, elle avait encore une autre carte en mains : l’existence du ‘‘péril rouge’’ derrière le mur de Berlin. Ces deux éléments sont aujourd’hui derrière nous depuis plusieurs décennies.

Tout d’abord, le compromis à la belge nécessitait, en réalité, d’énormes ressources dans tous les domaines : pour qu’une politique sociale puisse satisfaire la classe ouvrière, pour la coexistence de deux réseaux d’enseignement et de santé subventionnés par l’État, pour le partage du pouvoir au niveau national où chaque investissement en Flandre devait être compensé par un investissement en Wallonie et vice versa.

Ces moyens ne sont plus disponibles depuis un certain temps déjà. Pendant une période, le compromis a encore pu survivre en tant ‘‘qu’équilibre des pertes’’. De win-win, nous sommes passés à une situation de loose-loose, à une histoire faite de démantèlements équilibrés. Les négociations pour un Accord interprofessionnel (AIP) sont ainsi passées de négociations où les secteurs les plus forts tiraient les plus faibles vers le haut, à des négociations où les possibilités des secteurs les plus faibles devenaient la limite à ne pas dépasser pour les secteurs forts. Les réformes de l’État ne répartissent plus les moyens entre les unités régionales, mais bien les efforts d’austérité. Lors du démantèlement progressif de l’enseignement et des soins de santé, les différents réseaux ont été touchés en mesure égale.

Ensuite, la deuxième condition pour le développement du fameux compromis à la belge était l’existence de partis capables de l’incarner. En général, il s’agissait de tous les partis traditionnels, mais surtout de la démocratie chrétienne et de la social-démocratie, et tout particulièrement le CVP et le PS, les partis dominants dans leur zone linguistique respective, disposant par ailleurs de liens étroits avec les syndicats et les réseaux philosophiques. Aux dernières élections, le CD&V et le SP.a ont recueilli un peu plus de 25% des suffrages flamands. Le dernier sondage a encore fait chuter ce pourcentage en dessous des 20%. En Wallonie, la situation est légèrement moins critique : le PS et le CDH obtiennent encore ensemble 37% des voix, réduits à 31,5% dans le dernier sondage. Pour les quatre partis mentionnés ci-dessus, il s’agit des pires résultats obtenus depuis la Seconde Guerre mondiale. Même si on ajoute le troisième parti traditionnel – les libéraux – on n’obtient pas la moitié des voix ni en Flandre ni au niveau fédéral.

Quelles options pour un gouvernement fédéral ?

La violette-jaune ne peut pas être complètement exclue an cas de pression extérieure suffisante : avec une crise économique, des banques à sauver, des coûts sociaux qui augmentent rapidement,… Mais si le gouvernement suédois se querellait sans cesse, un tel gouvernement violet-jaune verrait vite ses différentes composantes en venir aux mains.

Un gouvernement arc-en-ciel pourrait plus facilement inventer une histoire à dormir debout pour faire avaler une poursuite de l’austérité, mais au prix du renforcement des partis nationalistes flamands. Dans ce cas, la bourgeoisie peut espérer que la N-VA se renforcerait à nouveau contre le Vlaams Belang à partir des bancs de l’opposition fédérale.

Si aucune de ces options ne s’avère possible, un gouvernement d’urgence avec un programme limité ne peut être exclu en cas d’urgence majeure. Ce qui est bel et bien exclu, c’est le retour à une politique stable de compromis !