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Mobilisation dans le secteur du gardiennage !

Ce mardi 22 octobre ils étaient 350 en front commun syndical à se mobiliser pour des meilleures conditions de travail devant le QG de l’OTAN à Bruxelles. Cela peut paraître peu, mais sachons que c’est énorme lorsque l’on sait que le moyen de pression par excellence utilisé par la direction sur les travailleurs – leur mise au ban disciplinaire via planning blanc et chômage économique (66% du salaire, 11 euros brut par jour et rappelable si contacté 12 heures avant le début de la prestation) – n’a été proscrit qu’en 2012 grâce à la convention collective de travail du 15 mars relative à la durée et à l’humanisation du travail. Malheureusement, cette tactique de pression est encore utilisée. Et pourtant, en 10 ans jamais pareille mobilisation n’avait été vue.

Par un travailleur du secteur

Outre la mobilisation de ce mardi 22 octobre, la grève a été suivie dans le secteur aéroportuaire à Zaventem et à Charleroi, où les agents ont manifesté leur mécontentement via un excès de zèle, causant des files et des retards pour le contrôle des bagages. En conséquence du refus patronal de réduire les marges bénéficiaires au profit du salariat, des dizaines de voyageurs ont raté leur vol.

En parlant des marges bénéficiaires du secteur, nous pouvons assurer qu’elles se portent très bien. Prenons le cas de Securitas, le leader européen. Son taux de profit, pour la maison mère en Suède, avoisine les 3,4% depuis 4 ans, engrangeant de 25 à 30 millions d’euros de bénéfices nets chaque année. Et les prévisions sont à la hausse pour les 3 années qui s’annoncent. En Belgique, le bénéfice net après impôts était de 10 millions en 2016, de 7 millions en 2017, de 16 millions en 2018. Bref, pas de quoi inquiéter les actionnaires qui sommeillent tranquillement sur leur portefeuille d’actions.

Rien d’étonnant que de tels bénéfices nets se dégagent vu qu’ils s’octroient sur le dos d’une armée de 18.000 travailleurs, toutes entreprises de gardiennage confondues, rien qu’en Belgique (contre 330.000 à travers le monde).

En Belgique, plusieurs moyens sont mis à disposition de l’employeur pour maintenir ses avantages : engagement via le plan formation insertion, équivalant à un salaire défiscalisé (11,11% de précompte et aucune ONSS) et donc désocialisé ou encore salaire d’embauche à 95% du brut de base durant les trois premiers mois d’embauche. Retenons qu’un salaire brut à 100% pour la catégorie de base s’élève à 14,45 euro sans aucune évolution salariale liée à l’ancienneté. A cela s’ajoutent les contrats étudiants ainsi que les engagements en CDD mettant un peu plus de pression sur le travailleur pour les rendre plus flexible.

Et c’est bien cette flexibilité qui est au cœur du sujet de la mobilisation du 22 octobre. Le secteur du gardiennage tourne en général 24/24 et 7/7. Les primes sont rikiki comparées aux implications sociales qu’engendrent de tels plannings (+/- 17% en weekend et 22,5% en nuit contre 100 à 150% dans d’autres secteurs d’activité!).

Les revendications sont simples: une revalorisation des primes mais aussi le respect du protocole d’accord 2017-2018 sur le biorythme (respect de la chronologie jour nuit dans les plannings mensuels).

A côté de cela, le cahier de charge 2019-2020 du front commun couvre bien d’autres demandes, comme l’harmonisation du statut ouvrier avec celui de l’employé sur les remboursements maladie et les congés d’ancienneté. Selon l’employeur, un ouvrier aurait moins besoin d’argent quand il est malade qu’un employé: un ouvrier en maladie voit son salaire décroître dès la 3ème semaine au lieu de la 4ème pour les employés. De plus, il aurait manifestement besoin de moins de congé: un employé reçoit 1 jour de congé après 5 années d’ancienneté contre 10 pour un ouvrier. Si nous devions faire une liste des inégalités, elle serait bien longue. Réintroduisons donc de l’égalité au profit des travailleurs, nivelons vers le haut !

En réponse aux premières mobilisations (en avril, le secteur aéroportuaire avait fait un arrêt de travail de 40 minutes à Charleroi), le patronat a proposé un one shot d’écochèque de 150 euros (contre 100 euros lors du dernier accord) au prorata du temps de prestation de l’année écoulée, 1,1% d’évolution de salaire ainsi que des aménagements pour les fins de carrière. Donc rien n’est réellement proposé pour répondre aux exigences des travailleurs et donc au fond du problème.

Dès le lendemain de la grève du 22, des réunions étaient en cours à la FGTB pour évaluer les actions possibles. Et pourtant, le vendredi 25 octobre un accord semble être tombé et serait même prêt à être adopté par la commission paritaire qui se réunira le 7 novembre. Au final, ce sera 200 euros sous forme d’écochèque, augmentation effective de 1,1% et les primes du samedi dimanche revalorisées de 3%. En somme, du sel sur les cacahuètes.

Retenons camarades qu’une mobilisation de 350 militants permet d’obtenir ces quelques avantages. Que se passerait-il si tous les travailleurs du secteur descendaient dans la rue pour réclamer une socialisation des profits de l’entreprise grâce à une politique redistributive massive ! Chaque travailleur serait enfin valorisé en fonction de son travail. L’effort est supporté par la collectivité et non pas par quelques managers ou actionnaires isolés.

Rejetons cet accord, remobilisons nous et profitons-en pour réclamer des élections sociales (chez G4S et Securitas, les délégués sont nommés) dans toutes les entreprises de gardiennage. Nous ferons tout pour que les travailleurs soient conscients de leur force et aient toutes les cartes en main pour massivement faire pression sur les actionnaires. Et cela même si, en coulisse, des listes de grévistes circulent.