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L’austérité étrangle aussi nos bibliothèques

Photo : Wikipédia

Il y a peu, un article du Soir titrait : ‘‘Le futur gouvernement a-t-il déjà oublié de financer les bibliothèques ?’’ (10/08) en prenant base sur le bilan 2018 du Conseil des bibliothèques publiques et en s’alarmant du fait que le mot ‘‘Bibliothèque’’ n’apparaisse nulle part dans les négociations gouvernementales. Et de fait, l’accord gouvernemental PS-MR-Ecolo pour la FWB ne fait qu’une seule mention significative de la lecture publique : ‘‘tendre progressivement vers le plein financement des décrets existants (…)’’. Que cela signifie-t-il ?

Par un bibliothécaire

Avant toute chose, il convient de tordre le cou à quelques idées reçues et de préciser que si le secteur ne se porte pas bien aujourd’hui, ce n’est certainement pas à cause d’un prétendu désintérêt du public pour la lecture et les bibliothèques.

Concrètement, une bibliothèque en 2019 fourni bien plus de services que la simple mise à disposition de livres. Il s’agit aussi d’un lieu d’animation avec des activités et des stages. D’un lieu social avec la possibilité de se poser, de faire la causette, d’attendre ses parents après l’école,… D’un lieu de travail où étudier au calme, où utiliser un ordinateur et faire des recherches sur internet. D’un lieu de formation avec des conseils relatifs aux technologies de l’information et de la communication, de l’aide à la recherche d’emploi, des écrivains publics,… Et le tout gratuitement ou presque.

La plupart des indicateurs de fréquentation et d’usage sont d’ailleurs en hausse (avec toutefois des nuances). Le nombre d’usagers lecteurs est de 783.000, soit près de 20% de la population. Le nombre de prêts a augmenté de 4% en 10 ans, le nombre d’animations proposées de 57% et leur fréquentation de 42%. En 10 ans, le nombre d’heures de consultation d’internet en bibliothèque a plus que doublé (+131%), etc.(1)

Cela est le résultat d’un décret datant de 2009 qui a profondément transformé le secteur. Il s’agissait de sortir d’une politique de mise à disposition de documents pour s’orienter vers une politique de stimulation des pratiques de lectures, avec une diversification des pratiques professionnelles et la mise en place de plans de développements de la lecture garantissant l’octrois de subvention.

Mais si le travail des bibliothécaires s’est effectivement diversifié qualitativement, les subventions, elles, n’ont pas suivi. Le nombre d’équivalents temps plein stagne autour de 1300; les subventions de fonctionnement ont été réduites de 19% en 2015, une réduction linéaire de 1% par an des subventions traitement a été introduite, les reconnaissances ont été retardées et, lorsqu’elles sont accordées, elles sont souvent financées de manière partielle. Aujourd’hui, les 20 millions annuels de subventions accordées par la FWB ne couvrent que 30-40% des moyens à la disposition des bibliothèques publiques, dont 85% sont organisées par les communes.

Les économies au niveau communautaire se reportent ainsi sur des communes déjà étouffées par l’austérité. La charge de travail augmente, les moyens diminuent, et il est de plus en plus difficile de fournir à la population un service qui permette un réel accès à la culture pour tous, dans les meilleures conditions possibles.

Pour sortir de cette situation, les rustines et les formules vagues ne suffisent pas : il faut briser le carcan austéritaire à tous les niveaux de pouvoirs, et aller chercher l’argent là où il se trouve.

(1) La plupart des chiffres sont issus du bilan 2018 du Conseil des bibliothèques publiques. Disponible à l’adresse : http://www.bibliotheques.be/index.php?id=9283