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Décès de Tony Mulhearn, combattant et dirigeant de la classe ouvrière

Liverpool a perdu l’un de ses plus grands dirigeants ouvriers de même qu’un grand père chaleureux lorsque Tony Mulhearn est décédé ce 7 octobre, à l’âge de 80 ans.

Par Hugh Caffrey, Socialist Alternative (CIO – Angleterre et Pays de Galles)

A bien des égard, Tony était un combattant de classe dès sa naissance. L’épouvantable pauvreté des bidonvilles de Liverpool, où ceux-ci ont duré plus longtemps qu’ailleurs, est restée gravée en lui. Il en a souvent parlé alors qu’il réfléchissait à la façon dont la lutte pouvait changer les conditions quotidiennes des gens issus de la classe ouvrière.

Tony est devenu un partisan de Militant dans les années ’60 et est toujours resté un partisan de cette organisation, puis ensuite membre du Socialist Party. Les idées du marxisme correctement appliquées, grâce à la détermination de combattants comme Tony et d’autres, ont posé les bases des grandes luttes des années 1970 qui ont finalement surmonté le fléau du sectarisme religieux dans cette ville. Cela a également préparé la confrontation épique du conseil municipal de Liverpool avec le gouvernement Thatcher en 1983-1987, confrontation dont Tony était la figure de proue. En tant que président de ce district du Parti travailliste, il dirigeait l’organe qui rassemblait alors en masse les forces de la classe ouvrière dans la ville, y compris au travers d’organisations de femmes et de jeunes. Jusqu’à 500 délégués assistaient aux réunions. Au sein du conseil, même si d’autres ont également joué un rôle de premier plan, ce sont sans aucun doute les idées et propositions de Tony qui ont eu le plus grand impact.

La lutte de Liverpool était une lutte de masse dont le centre était constitué du mouvement organisé des travailleurs et de tous les autres opprimés par le biais d’organisations syndicales et communautaires, tout particulièrement le parti travailliste de l’époque. Le conseil municipal était devait rendre des comptes au mouvement et se battait et négociait en son nom. Thatcher a été contrainte de battre en retraite, de concéder des dizaines de millions de livres sterling de financement, et le conseil municipal a procédé à la construction de milliers de logements sociaux et d’un large éventail d’infrastructures publiques tout en créant des milliers d’emplois. En fin de compte, le mouvement a été vaincu non pas par Thatcher, mais par son isolement orchestré par les lâches à la droite du Parti travailliste, parmi lesquels le détestable chef du parti Neil Kinnock.

Cela n’a pas été oublié par la classe ouvrière de Liverpool, et plus généralement de la région du Merseyside. Tony était régulièrement apostrophé dans la rue par des habitants qui se souvenaient de son rôle et qui éprouvaient toujours un grand respect à son égard. Mais Tony n’a jamais laissé cela lui monter à la tête. Il m’a d’ailleurs avoué qu’il se sentait parfois mal à l’aise d’être traité comme une célébrité. Féroce dans ses convictions et farouche dans leur défense, Tony pouvait aussi vous surprendre par sa modestie. Il détestait faire étalage de sa personnalité et de son ego.

En 2011, Tony n’était pas certain de se présenter pour le poste nouvellement créé de maire exécutif l’année suivante. Mais quand il a entendu parler le candidat travailliste, l’actuel maire Anderson, il s’est décidé ! Tout au long de cette campagne, il a été évident que les travailleurs se souvenaient du dirigeant de la lutte qui leur avait tant apporté. Si les élections n’avaient eu lieu que dans la partie nord de la ville, Tony serait arrivé deuxième. À ce moment-là, la TUSC(Alliance de syndicalistes et de socialistes) était en train de devenir l’alternative de gauche des travailleurs à Liverpool et Tony personnifiait le lien politique avec les luttes de masse du passé et la situation actuelle.

Tony a toujours été syndicaliste. Ses années de formation dans l’imprimerie et l’expérience de syndicats extrêmement puissants lui ont donné un aperçu de la force du mouvement des travailleurs. A mesure que le monde du travail changeait et que Tony a fini par se retrouver à occuper une fonction publique, il a toujours cherché à débattre des changements dans cette situation et de ce que cela impliquait pour les tâches des syndicats et des marxistes en leur sein. Tony s’est engagé dans de nombreux débats importants à ce sujet. Durant ses années de retraite, Tony fut un membre très actif de la Merseyside Pensioners Association et a continué de partager son expérience. Les communiqués de presse de Tony au nom de la MPA ont enragé les ennemis de la classe ouvrière et exprimé l’enthousiasme ressenti par beaucoup pour le potentiel ouvert par l’élection de Corbyn à la tête du Parti travailliste.

Tony était un bel être humain. Chaleureux et amical, généreux et attentionné, et un père de famille formidable. Il offrait toujours un verre à un camarade plus pauvre démuni ou défendait les camarades plus jeunes s’il pensait qu’ils en avaient besoin. L’amour ressenti pour lui par ses nombreux enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants était évident pour tous ceux qui les ont rencontrés. Le décès tragique de l’épouse de Tony, Maureen, en 2018, et sa maladie ont limité ce que Tony pouvait faire physiquement au cours de cette dernière année. Mais il est resté passionnément engagé et déterminé à faire de son mieux pour en discuter avec tout le monde.

Tony est tragiquement décédé juste avant la parution de son autobiographie. Cet ouvrage mérite d’être lu par le plus grand nombre pour rendre hommage à ses idées, à son combat et à son exemple. S’il était encore parmi nous, il dirait que cela n’a rien à voir avec lui, qu’il s’agit d’un combat collectif. Cette humble détermination à se battre pour un monde meilleur, un monde socialiste, est une source d’inspiration pour nous tous.