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Mobilisation inédite contre la dictature chinoise à Hong Kong : entretien avec un activiste socialiste

Le mouvement de protestation à Hong Kong dure depuis des mois. Jamais un mouvement social n’y a eu une telle ampleur. Les manifestations ont atteint jusque 2 millions de personnes et 350.000 travailleurs ont participé à deux grèves générales de 24 heures. Cette colère affronte la destruction des droits démocratiques à Hong Kong, la dictature du Parti ‘‘communiste’’ chinois et la répression policière. Les manifestants réclament des élections démocratiques au lieu du système actuel qui permet à 1.200 millionnaires et dignitaires de choisir le gouvernement. Les concessions limitées accordées par Carrie Lam, cheffe de l’exécutif de Hong Kong, n’ont pas suffi à arrêter le mouvement. Nous en avons parlé avec Simon, de Socialist Action, notre organisation-sœur à Hong Kong activement impliquée dans ces protestations.

Propos recueillis par Sander (Termonde)

  • La lutte contre le PCC aujourd’hui : Participez à nos réunions ouvertes consacrées au mouvement de masse à Hong Kong ! Le 10 octobre à Bruxelles (plus d’infos) et le 15 octobre à Liège (plus d’infos).

Quelle est la composition sociale du mouvement pro-démocratie à Hong Kong ? Y a-t-il beaucoup de travailleurs impliqués ? Sont-ils représentés par leurs syndicats ?

‘‘Le noyau actif du mouvement se compose principalement de jeunes issus de la classe ouvrière et de la classe moyenne, y compris des écoliers et des étudiants. On trouve aussi beaucoup de travailleurs âgés dans les rues pour protéger les jeunes et protester contre la répression policière brutale.

‘‘Malheureusement, la classe ouvrière ne participe pas au mouvement en tant que classe consciente d’elle-même. Elle n’est pas organisée sous la forme de syndicats et de partis. Le mouvement se caractérise, entre autres, par l’absence de dirigeants ou d’organisations ; en partie parce que le syndicat pro-démocratie (HKCTU) refuse d’organiser les travailleurs au sein de ce mouvement. Il y a eu deux grèves générales contre le régime autoritaire et la répression policière, mais toutes deux ont été lancées à partir des réseaux sociaux. L’ampleur du mouvement a forcé le HKCTU à finalement soutenir les grèves générales, mais la fédération syndicale n’a pas organisé la grève sur les lieux de travail. La direction syndicale n’a fait aucune distinction entre cette grève et les manifestations ordinaires. La plupart des grévistes n’étaient pas organisés en syndicat.

‘‘La HKCTU compte 190.000 membres, soit environ 5% de la population active. Le nombre de syndicalistes est extrêmement faible, surtout si l’on exclut la HKFTU, le «faux» syndicat pro-gouvernemental. La direction de ce dernier suit principalement la ligne politique basée sur le compromis des partis bourgeois du camp démocratique, les ‘‘pan-démocrates’’. Les ‘‘dirigeants’’ pan-démocrates craignent qu’un mouvement de masse militant ne les empêche de conclure des accords avec le régime chinois. Nous pensons que négocier des réformes démocratiques avec un régime dictatorial est inutile.’’

La pauvreté est impressionnante à Hong Kong. Beaucoup de jeunes n’ont pas les moyens d’acheter leur propre logement, même s’il ne fait que quatre mètres carrés. Le célèbre économiste néolibéral Milton Friedman qualifiait Hong Kong ‘‘d’expérience néolibérale parfaite’’. Pourquoi donc cette économie ne peut-elle offrir aux gens un logement et des salaires décents ?

‘‘C’est précisément parce que Hong Kong est ‘‘parfaitement néolibéral’’ que le malaise économique est si important. Cela joue un rôle crucial dans le mouvement de masse actuel. Une petite élite d’oligarques domine l’économie de la ville. Le régime autoritaire protège et maximise les profits des grandes entreprises sur le dos de la population active, dont les conditions de travail et de vie sont de plus en plus mauvaises, comme en Chine.

‘‘Les prix des logements ont explosés, surtout depuis 1997, année où Hong Kong a été rétrocédée du Royaume-Uni à la Chine. L’inégalité est particulièrement grande. Le ‘‘coefficient de Gini’’ (qui mesure l’inégalité) de Hong Kong est de 0,539, au neuvième rang après les pays d’Afrique subsaharienne ou de petits pays insulaires. Le malaise à Hong Kong est bien résumé par de jeunes militants qui utilisent le slogan ‘‘pas d’argent, pas d’appartement, pas de démocratie’’.

‘‘L’inégalité sociale résulte d’une politique qui sert uniquement les intérêts des grandes entreprises. Ces dernières dominent le Legco, le ‘‘parlement’’ antidémocratique de Hong Kong. Malheureusement, les principaux partis d’opposition, les partis pan-démocrates, ne sont pas prêts s’opposer au capitalisme. A cela s’ajoute encore la faiblesse historique du mouvement ouvrier à Hong Kong.’’

Les manifestations se poursuivent depuis plus de cinq ans maintenant. Des comparaisons sont régulièrement faites avec le Mouvement des parapluies de 2014. Les circonstances actuelles sont-elles différentes de celles à l’époque ? Il semble qu’il y ait une plus grande prise de conscience de la nature antidémocratique du gouvernement de Hong Kong et du fait que Pékin est le réel maître. Parallèlement, les militants ne semblent pas disposés à mieux organiser et structurer la mobilisation. Pourquoi donc ?

‘‘Les différences sont nombreuses entre les manifestations actuelles et le Mouvement des parapluies de 2014. L’aversion des militants envers toute forme d’organisation joue désormais un rôle encore plus important. Les expériences de 2014 et les précédentes jouent un rôle à cet égard. Les activistes s’opposent à l’utilisation de la ‘‘méthode du podium central’’, qui fait référence à la manière dont les pan-démocrates tentent de contrôler les mouvements de masse. Les pan-démocrates organisent des étapes lors des grandes journées d’action où seuls leurs porte-paroles prennent la parole. Il est normal qu’il y ait une méfiance à l’égard de ces méthodes bureaucratiques.

‘‘Les pan-démocrates ont largement été mis à l’écart par les activistes, ce qui explique pourquoi ce mouvement dure depuis si longtemps et est tellement massif. L’aversion à l’égard des ‘‘dirigeants’’ et des organisations ne vise pas seulement l’absence de direction, mais aussi l’organisation du mouvement lui-même. Cela crée des obstacles pour de nouveaux progrès.

‘‘Les révolutionnaires socialistes sont les seuls à défendre l’organisation démocratique du mouvement avec la classe ouvrière comme épine dorsale. Une direction démocratiquement élue peut donner au mouvement une orientation et un programme clairs pour arracher des victoires. La spontanéité qui a fait avancer le mouvement dans une première phase a épuisé son potentiel.

‘‘Contrairement à il y a cinq ans, les travailleurs ont utilisé l’arme de la grève politique. Une première en cent ans ! Et nous y avons contribué : Socialist Action a été la première organisation à défendre l’idée d’une grève politique. Ces grèves constituent un jalon dans la lutte pour la démocratie à Hong Kong, mais des difficultés restent bien entendu présentes. Les pan-démocrates, y compris la fédération syndicale HKCTU, ne sont pas parvenu à diriger le mouvement de grèves. Mais malheureusement, Socialist Action a été la seule organisation à défendre la création de comités de grève et la création de syndicats là où ils ne sont pas encore présents. De cette façon, nous pourrions construire de nouvelles grèves générales.

‘‘Il y a eu une répression contre les travailleurs impliqué dans ce mouvement. Par exemple, Nathan Leung, un employé de la banque HSBC, a été licencié pour avoir tenté de créer un syndicat. Une campagne internationale est actuellement en cours contre le licenciement de Nathan, par ailleurs également membre de Socialist Action, dans le cadre d’une campagne plus large contre la répression exercée contre les travailleurs impliqués dans le mouvement. Cette répression est une tactique consciente du gouvernement pour affaiblir le mouvement et, en particulier, pour empêcher le développement des syndicats.’’

Si les mobilisations restent isolées de la Chine, la défaite menace. Qu’en est-il des tentatives d’entrer en contact avec les travailleurs chinois par le biais des médias sociaux ou d’autres canaux ?

‘‘Le mouvement ne peut gagner que s’il entretient des liens avec les travailleurs et les jeunes en Chine. C’est là-dessus que nous concentrons notre propagande, dans nos campagnes sur les médias sociaux et dans la rue. Début juillet, une manifestation a eu lieu dans le but d’informer les touristes chinois qui, chez eux, n’entendent que les mensonges du Parti «communiste» chinois (PCC). C’était un bon point de départ, mais malheureusement l’initiative n’a pas été prise au sérieux par de nombreux militants. C’est compréhensible : c’était la première fois que le mouvement essayait cela et la plupart des jeunes ne savent pas comment obtenir un soutien en Chine.

‘‘Notre organisation, Socialist Action, est active dans trois pays (Chine, Hong Kong et Taïwan). Nous comprenons l’importance de relier les luttes de masse à Hong Kong et en Chine. L’une de nos tâches principales est de sensibiliser les travailleurs et les jeunes à la manière et aux raisons pour lesquelles nous pouvons construire cette unité.’’

• Tenez-vous au courant de la lutte de Hongkong via chinaworker.info

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