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Zimbabwé : Mort du dictateur Robert Mugabé

Les funérailles du dictateur zimbabwéen Robert Mugabé, décédé à l’âge de 95 ans, ont eu lieu ce 14 septembre 2019, devant une foule de ses partisans et de plusieurs dirigeants africains. Mugabé laisse derrière lui ses immensément riches parents et amis, et une population qui a souffert pendant près de 40 ans de la misère et de la brutalité de son régime. Il nous laisse pour seul héritage un pays en ruines, d’autant plus que le régime de la ZANU-PF est toujours au pouvoir malgré son rejet par les masses du Zimbabwe et le départ forcé du dictateur. Ils ne sont même pas parvenus à remplir la moitié du stade pour les funérailles de leur « grand dirigeant ».

Par Leonard Chiwoniso Mhute, CIO – Zimbabwe

Au pouvoir pendant 37 ans, Mugabé n’a jamais rompu avec le capitalisme ; au contraire, il a lui-même mis en place de nombreux plans économiques néolibéraux. Certes, son régime avait introduit des réformes radicales dans l’enseignement et la santé immédiatement après l’indépendance, en 1980, mais ces réformes ne pouvaient être maintenues sans s’en prendre frontalement au capitalisme et à l’impérialisme. Mugabé a refusé de le faire et a préféré signer des accords avec la monarchie anglaise pour garantir le maintien du capitalisme au Zimbabwé, sous le contrôle politique de la nouvelle élite noire.

Le régime de Mugabé s’est rapidement changé en une dictature brutale, utilisant la structure de commandement de la ZANU-PF (Union nationale africaine du Zimbabwé – Front patriotique). Sous Mugabé, le Zimbabwé a progressivement adopté toute une série de politiques économiques néolibérales connues sous le nom de « plans d’ajustement structurel économique » qui ont anéanti presque du jour au lendemain l’ensemble des acquis de l’indépendance du pays par rapport au régime colonial britannique.

Mugabé a ensuite passé le reste de sa vie à réprimer les protestations et les grèves des travailleurs ainsi que toute révolte populaire contre les effets dévastateurs de sa politique capitaliste sur la vie des travailleurs et des pauvres. Alors qu’il avait été acclamé comme un combattant pour la libération des peuples africains, Mugabé est vite devenu un dictateur impitoyable, oppresseur des masses du Zimbabwé. D’ailleurs, déjà avant que Mugabé ne réoriente le Zimbabwé sur la voie de la ruine néolibérale, dix ans après sa prise du pouvoir, le peuple du Matebeleland l’avait déjà reconnu comme un meurtrier de masse, responsable du massacre de 20.000 personnes au début des années 1980.

Mugabé a dirigé le Zimbabwé avec d’une main de fer en érigeant un véritable culte de la personnalité pour soutenir son règne même au-delà du handicap physique imposé par sa vieillesse.

Dès les années 1990, le mouvement étudiant et le mouvement des travailleurs ont mené l’opposition au régime de Mugabé. On a alors eu de nombreuses grèves contre les coupes d’austérité dans les services publics découlant du plan d’ajustement structurel. Au lieu de répondre aux exigences et aux questions soulevées par ces grèves, Mugabé a systématiquement recouru à la force. Les enfermements, la torture, les enlèvements, les meurtres et les viols sont devenus la marque de fabrique de Mugabé face à la résistance de masse et aux grèves générales.

Lorsque l’économie du Zimbabwé s’est effondrée à la fin des années 1990, la résistance à son règne a commencé à prendre de nouvelles formes, tandis que ses propres aventures militaires impérialistes au Congo et ses demandes de « réparations coloniales » n’ont fait qu’encore plus aggraver la faillite de l’État.

Après l’indépendance, Mugabé avait promis de redistribuer aux pauvres les terres cultivées par les riches planteurs blancs. Or, cette politique a mis des décennies avant d’être appliquée, le régime ayant refusé de nationaliser les terres en raison des accords passés avec l’impérialisme britannique. Les masses rurales du Zimbabwé qui exigeaient la redistribution des terres ont été réprimées. Finalement, face à cette pression, Mugabé a fini par adopter une série de mesures populistes qui se sont révélées inefficaces, en excluant des milliers de travailleurs agricoles et en contribuant à la désindustrialisation d’une grande partie du pays.

Mugabé reste souvent loué pour son programme de réforme agraire, qui est considéré comme un point fort de son règne. Il ne s’agissait en réalité que d’une tentative de faire taire les protestations contre l’échec total de son régime à mettre en place une politique équitable après l’indépendance. Mugabé et ses acolytes (les soi-disant « vétérans de la guerre ») ont été les premières personnes à bénéficier de ce programme chaotique qui leur a permis de mettre la main sur les meilleures terres du pays au détriment des masses rurales.

Mugabé et ses acolytes ont également pillé et repillé les structures publiques du Zimbabwé et décimé la classe ouvrière zimbabwéenne par leur mauvaise gestion généralisée de l’économie. Mugabé a toujours affirmé que la mauvaise situation économique du pays était due aux sanctions imposées contre son régime par l’Occident ; or, le fait demeure que le pillage de l’État par lui et ses proches a commencé bien avant cela, dès leur conversion à la politique néolibérale procapitaliste. Alors que ces « réformes » capitalistes avaient systématiquement reçu l’approbation du Fonds monétaire international et de l’impérialisme, ces mêmes structures ont jugé que Mugabé avait franchi une ligne de trop en violant le caractère sacré (pour eux) de la propriété privée.

S’il est vrai que les sanctions occidentales imposées en réponse à son programme de réforme agraire ont accéléré le déclin économique du pays, le sort du Zimbabwé était déjà scellé bien avant cela, du fait de la poursuite sans faille d’une politique de développement capitaliste qui a conduit l’économie dans l’impasse, au point que les manœuvres autodestructrices sont finalement restées la seule option pour le régime.

Mais alors que le régime de Mugabé avait déjà pris un tournant monstrueux, sa propagande a énormément profité des erreurs des partis de l’opposition, notamment le MDC (Mouvement pour le changement démocratique) qui a appelé à plus de sanctions économiques extérieures. Cela a permis à Mugabé de se faire passer pour le défenseur de la souveraineté du Zimbabwé.

Cependant, tandis que la crise au Zimbabwé s’aggravait, Mugabé a de plus en plus joué le rôle de médiateur entre les différentes factions en conflit au sein de son parti et de son régime.

Le monopole du pouvoir de Mugabé a parfois été contesté avec succès, notamment par le MDC de Morgan Tsvangirai qui lui a infligé plusieurs défaites électorales. Mais bien entendu, Mugabé utilisait toute la puissance de l’appareil d’État pour fausser les élections et s’accrocher au pouvoir malgré tout.

En fin de compte, il aura fallu un coup d’État militaire, en novembre 2017, pour chasser celui qui se voyait mourir au pouvoir. Face à la hausse constante de la contestation populaire, les militaires de son propre camp se sont vus contraints d’agir afin de sauver leur régime, en sacrifiant le vieux pour sauver leur propre peau.

L’héritage de Mugabé plane toujours sur le Zimbabwé comme de grands nuages noirs ; l’ampleur de sa destruction est évidente aux yeux de tous. Le successeur de Mugabé, Emmerson Mnangagwa, est à présent décrit comme pire que Mugabé, étant donné que la crise du pays s’est encore intensifiée depuis.

Mnangagwa parait de plus en plus désespéré de jour en jour. Il est absolument incapable de résoudre les crises nées du régime de Mugabé depuis trois décennies. Mais les successeurs de Mugabé se sont avérés être de bons élèves du maitre en ce qui concerne la répression ! La politique néolibérale de l’ère Mugabé a reçu un nouveau nom, mais n’a changé dans la pratique. Le nouveau slogan du régime, qui dit que « Le Zimbabwé est ouvert aux affaires » ressemble à s’y méprendre aux plans d’ajustements structurels, avec la même austérité à l’ordre du jour. Le MDC, parti d’opposition, n’offre aucune d’alternative réelle : son seul objectif est de former une coalition avec le régime actuel.

C’est aux travailleurs, aux pauvres et aux jeunes de résoudre la crise. Il y a un besoin urgent d’une organisation de masse pour renverser le régime et le système capitaliste, en luttant pour un Zimbabwé socialiste, une Afrique socialiste et un monde socialiste.