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Des millions de personnes fuient à cause du changement climatique

On entend parfois dire que la gauche veut davantage de réfugiés. C’est absurde : personne ne fuit par plaisir. La gauche se bat pour que chacun dispose du droit à un avenir digne, y compris ceux qui sont obligés de fuir leur région. Contrairement à la droite et l’extrême droite qui ciblent les réfugiés, la gauche émet des propositions pour s’attaquer aux racines des migrations.

Par Stef (Anvers)

Le nombre de réfugiés climatiques est en augmentation : il s’agit de personnes fuyant en raison de changements brusques ou de transformations à long terme du climat local. Les causes de leur fuite sont diverses : conditions météorologiques extrêmes, modification de la qualité de l’eau, appauvrissement des sols, sécheresse,… Selon The Internal Displacement Monitoring Centre (‘‘l’Observatoire des déplacements internes’’), en 2010 et 2011, il y avait 42 millions de réfugiés climatiques en Asie et dans la région Pacifique. Ce nombre peut encore augmenter : 145 millions de personnes vivent à moins d’un mètre au-dessus du niveau de la mer. Les scientifiques estiment que, d’ici 2050, entre 150 et 300 millions de personnes auront été déplacées par le changement climatique. Le risque de déplacement dû aux catastrophes naturelles a doublé en 40 ans.

La majorité des personnes qui se déplacent pour des raisons environnementales le font dans leur pays d’origine. Seuls 37% traversent une frontière nationale et vers un pays voisin dans neuf cas sur dix. La grande majorité se retrouve dans les pays ‘‘en développement’’. Mais le changement climatique devient un plus grand défi également dans les pays ‘‘développés’’.
En janvier 2019 a été publié un article scientifique intitulé ‘‘Climate, conflict and forced migration’’. Il examine le lien entre le changement climatique et les conflits armés. Il y est fait une distinction entre réfugiés climatiques directs (inondations, conditions climatiques extrêmes, salinisation des terres agricoles, érosion des sols, désertification, …) et indirects. Ce dernier groupe fuit en raison des conséquences du changement climatique en termes de tensions sociales et de conflits régionaux. Le changement climatique n’est pas encore reconnu comme une raison de prendre la fuite de son lieu de résidence. Le fameux Pacte de Marrakech a été un premier pas dans cette direction, mais il n’est pas contraignant et il est controversé en raison de la déshumanisation des réfugiés depuis de nombreuses années.

Les questions climatiques jouent un rôle important dans de nombreux conflits, par exemple en Afrique subsaharienne ou dans la guerre entre le Soudan et le Soudan du Sud. L’effet est renforcé par une production agricole unilatérale sous la pression du capitalisme international. Autour du lac Tchad, dont des millions de personnes dépendent pour leur approvisionnement en eau, l’instabilité a été exacerbée par la sécheresse et la modification des régimes pluviaux. Cela a joué un rôle important dans l’avancée de groupes réactionnaires tels que Boko Haram, qui répondent au malaise et à l’absence de réponse de la part des autorités.

Le sous-continent indien est une autre région qui connaît un problème croissant particulièrement important en raison du changement climatique. Le Bangladesh est l’un des Etats les plus pauvres du monde, et jusqu’à 20% du pays risque d’être occupé par la mer. 70% déjà de la longue frontière entre l’Inde et le Bangladesh a été clôturée par des clôtures et du fil barbelé. L’Inde, par exemple, veut empêcher l’entrée des réfugiés du Bangladesh, dont environ un million de réfugiés Rohingyas de Birmanie. Pendant que les zones côtières luttaient contre l’eau, une vague de chaleur mortelle a touché le nord de l’Inde cet été. Des centaines de personnes ont été tuées et des villages entiers ont été vidés.

Outre les conséquences du changement climatique, les interventions conscientes des gouvernements et des entreprises jouent parfois un rôle. L’Etat israélien prive les Palestiniens d’eau, détruit les infrastructures et transforme des hectares de terres agricoles en zones résidentielles. Des multinationales utilisent les milices de la forêt amazonienne pour défendre leurs intérêts. Les énormes feux de forêt en Amazonie sont considérés par le gouvernement Bolsonaro comme le travail des ONG, mais font souvent partie de programmes de déforestation dans l’intérêt des grandes entreprises.

Les effets du changement climatique se font également sentir ici. L’été dernier, on a connu certaines des journées les plus chaudes jamais mesurées. Cela met les plus faibles en difficulté et rend nécessaire la prise de mesures en faveur des travailleurs. Nous ne sommes pas (encore) forcés de fuir, mais il est clair que la qualité de vie se détériore.
Sous le capitalisme, les réponses sont généralement très limitées. Certains capitalistes voient de nouvelles opportunités dans la crise climatique, par exemple dans l’exploitation des matières premières dans certaines régions (d’où la proposition de Trump d’acheter le Groenland). Les catastrophes sont également utilisées pour mettre en œuvre des mesures néolibérales plus dures. Par exemple, les destructions causées par l’ouragan Maria à Porto Rico ont été utilisées pour privatiser l’éducation, et les entreprises privées qui ont organisé l’accueil de réfugiés ont gagné beaucoup d’argent.

L’absence d’une réponse fondamentale au changement climatique signifie que ses effets augmentent. Il renforce les tensions et les conflits sociaux, mais il peut aussi être un facteur de luttes sociales. Une telle lutte est nécessaire pour rompre avec le capitalisme, un système qui menace l’avenir de l’humanité. A l’inverse, nous mettons en avant une société socialiste, une vie digne pour tous sur une planète vivable.