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Vaincre la cupidité de Big Pharma par la nationalisation du secteur

Photo : Flickr/cookiem

La population a été bouleversée par le sort de la petite Pia. Elle a fait preuve d’une extraordinaire solidarité pour permettre à ce bébé d’une dizaine de mois de bénéficier du Zolgensma, un médicament au prix inexplicablement élevé, selon les experts. Hier, on pouvait lire dans les pages du Standaard les propos du professeur de sciences pharmaceutiques Jan Rosiers (KULeuven) : ‘‘En fait, on ne peut guère parler de lien. Les prix des nouveaux médicaments augmentent plus vite que les coûts de la recherche et du développement qui les sous-tendent depuis des années’’. L’entreprise pharmaceutique Novartis s’est déclarée prête à ‘‘collaborer de manière constructive’’ avec les autorités belges, mais seule la solidarité de la population s’est révélée concrète jusqu’ici.

Il n’aura fallu que quelques jours pour récolter la somme nécessaire, soit 1,9 million d’euros. Voilà qui répond à tous ceux qui pensaient que les Flamands étaient tous tombés dans le piège de l’idéologie néolibérale du ‘‘tire ton plan’’ ou de sa variante d’extrême droite. Des centaines de milliers de personnes ont envoyé un SMS pour contribuer à hauteur de 2 euros. Plusieurs questions se posent : qu’en est-il du prochain bébé ? Comment vaincre la toute-puissance des grandes compagnies pharmaceutiques ?

Sur Radio Een, le philosophe Ignaas Devisch (professeur de philosophie, de philosophie médicale et d’éthique à l’Université de Gand) a fait remarquer à juste titre : ‘‘Il est particulièrement choquant qu’un médicament qui peut sauver des vies puisse appartenir à cet ordre de prix. Cela provient de son développement, qui a, à chaque étape, été laissé à un certain nombre d’acteurs qui raisonnent premièrement en termes de profits.’’ Le fait que des profits soient réalisés dans le secteur pharmaceutique est un euphémisme… L’an dernier, Novartis a réalisé un bénéfice net de 12,6 milliards de dollars. Il ne faut donc pas aller bien loin pour expliquer le prix du médicament qui peut sauver la petite Pia : cela s’explique par la cupidité capitaliste.

Comment peut-on justifier de laisser ce secteur qui peut sauver tant de vies à la merci de la soif de profits du secteur privé ? Dans cette logique, la recherche est essentiellement orientée vers le développement de médicaments très rentables. Les maladies rares sont donc laissées de côté. Imposer des règles ou jouer sur la concurrence entre les différentes compagnies pharmaceutiques peut légèrement faire baisser les prix. Mais cela limite notre champ d’action à la marge du problème. Encore une fois, la communauté ne peut contrôler que ce qu’elle possède ! L’industrie pharmaceutique dispose d’une énorme machine de marketing et de lobbying ainsi que d’une armée de politiciens consentants. Le secteur dépense même plus pour la publicité que pour la recherche ! Qu’importe les arguments et les situations dramatiques, nous ne parviendrons pas à convaincre ou à attendrir la « mafia pharmaceutique ». Ce système est malade et nous avons besoin d’un médicament radical !

Le remède qui s’impose, c’est la nationalisation du secteur sous contrôle et gestion démocratiques de la collectivité dans le cadre d’un service national de soins de santé. La collectivité est à la base de la richesse du secteur par la force de travail des travailleurs dans l’industrie et des soins de santé, par les cotisations générés par les richesses créés qui alimentent les caisses de la sécurités sociales, par la recherche qui est largement dépendante du secteur public et financée par ce dernier. Tout cela démontre que la contradiction principale réside dans le fait que la production de richesse est sociale mais l’appropriation de cette richesse est privée et se concentre dans quelques mains.

La santé est trop importante pour être laissée aux profits du secteur privé. Il est grand temps de placer tout ce qui concerne la santé aux mains du secteur public afin que le personnel et les patients disposent de moyens suffisants. Cela signifie également de dégager des fonds publics pour la recherche et le développement afin de satisfaire les besoins de la collectivité et la soif de profits des grandes entreprises. Qu’attendent les syndicats et les partis de gauche pour mettre en place une campagne de mobilisation active ? Pour protester aux portes de Novartis ? Pour faire entendre les syndicalistes du secteur dans ce débat public et pour renforcer le soutien à l’idée de la nationalisation du secteur pharmaceutique ?