NON à l’austérité : manifestation massive des syndicats

Nous étions hier pas moins de 80.000 dans la rue, contre la politique d’austérité, cette politique des 1% les plus riches destinée à faire payer la crise aux 99%. Mille slogans, un seul massage » a-t-on pu lire dans L’Avenir d’aujourd’hui,  »Non à l’austérité". Avant même d’avoir été installé, le gouvernement Di Rupo 1er a reçu une première puissante illustration du mécontentement des travailleurs. Cette austérité, on n’en veut pas, et contre elle, on se battera!

Avec 80.000 manifestants, selon les syndicats, c’était là une des plus grandes manifestations syndicales qu’a connu la Belgique au cours de ces dernières années. En 2005, 100.000 manifestants étaient dans la rue contre le Pacte entre les Générations, une attaque contre les prépensions, également menée par les sociaux-démocrates du PS et du SP.a. Après cela, les quelques grandes manifestations qui on suivi se déroulaient dans le cadre européen, avec de fortes mobilisations de l’étranger. Nous ne sommes qu’au début de l’avalanche d’austérité de Di Rupo 1er. Mais comme le disait le tract que le PSL distribuait lors de la manifestation, il est vaut mieux stopper une avalanche d’économies au début, sinon elle ne peut que gagner en force et causer encore plus de dégâts. 

Le caractère massif de cette protestation syndicale était une riposte des plus logique face à l’ampleur de l’austérité que le gouvernement veut appliquer, sur les dos des plus faibles de la société. Il s’agit là de l’opération d’austérité la plus profonde de l’histoire belge: plus profonde que le Plan Global, ou le Plan Sainte Anne avant cela. L’enjeu sera d’offrir à cette protestation massive une prolongation avec un plan d’action qui puisse convaincre nos collègues, notre famille et nos amis de se mobiliser eux aussi.

Cette mobilisation a suscité des réactions très hostiles des patrons. Ainsi, la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB) estimait que  »plutôt que de faire la grève, il est préférable de discuter des problèmes du marché du travail ». En Flandre, l’organisation patronale UNIZO avait lancé une pétition en ligne contre la manifestation sous le même message et a fait hier une action ludique en offrant un café aux automobilistes qui se rendaient au travail. Une grande attention de la presse pour quelque chose de bien pauvre au final… Certainement au regard des 80.000 manifestants qui ont occupé la capitale!

Les réactions de la presse ont été diverses. En Flandre, dans le quotidien De Standaard, un collectif de rédacteurs a fait appel aux manifestants avant la manifestation pour qu’ils cherchent à "devenir adulte finalement »! Les journalistes parlaient tous "d’actions irresponsables". Du côté francophone, ce matin, pas de dénonciation franche des actions, mais des rapports relégués en 12e page pour La Libre et en 6e pour Le Soir. Seul L’Avenir a consacré une partie de cette première page à un manifestant déguisé en Di Rupo et non à Di Rupo lui-même, avec le titre :  »Non à l’austérité: le voilà prévenu », et un article en pages 2 et 3 titré :  »Un message: l’austérité, ça sent le pavé. »

On peut lire dans la presse d’aujourd’hui différents témoignages de manifestants, et les articles parlent de cette possibilité d’une grève générale pour le 19 décembre. Mais l’attention reste énormément focalisée sur Di Rupo 1er et cet accord si difficile à avoir obtenu qu’ils serait bien bête de continuer à le critiquer… Pour les syndicalistes combatifs et tous ceux qui veulent s’opposer à ce budget de malheur qui épargne les responsables de la crise, il faut quelque chose d’autre, des médias qui prennent résolument le côté des travailleurs et qui ne se contentent pas de  »comprendre » les craintes de la population tout en disant qu’on ne peut pas vraiment faire autrement… C’est pourquoi le PSL dispose de ses propres médias, avec ce site internet et notre mensuel Lutte Socialiste, que nous avons vendu à plus de 300 exemplaires hier durant la manifestation. Dans ce journal-là, on ne trouvera pas que de la  »compréhension », mais des arguments contre la logique qui veut nous faire payer la crise ainsi que des propositions pour construire un rapport de forces favorable au mouvement ouvrier.

Différents thèmes étaient centraux dans nos discussions avec les manifestants. Il y avait la question d’un plan d’action bien entendu, et celle de la manière de construire la lutte le plus fermement possible, mais aussi celle du prolongement politique pour les revendications des travailleurs et de leurs familles. Les syndicalistes rouges, verts et bleus ont manifesté ensemble contre un gouvernement composé de partis des mêmes couleurs… Et, comme on a pu le lire dans Le Soir,  »la rue a été écoutée, pas entendue ». Après 540 jours de négociations, un gouvernement de cinq partis est remplacé par un autre, composé des mêmes partis, rejoints par le SP.a, unis autour d’un programme qui attaque directement les travailleurs. Les manifestants ne disposent donc d’aucun parti qui défende leurs intérêts. Sur le terrain politique, c’est comme dans les médias: on  »comprend », mais ce sera l’austérité générale tout de même. Un peu à la manière de cette carte blanche des élus du PS qui disait en substance:  »on va vous faire payer la crise, mais croyez bien que ça nous fera plus de mal à nous qu’à vous » ! On devrait continuer à écouter ces contes là ?

La nécessité de disposer enfin d’un instrument politique pour renforcer la lutte contre l’austérité, se pose plus que jamais. Les dirigeants syndicaux vont-ils continuer à fonder leurs espoirs sur ces mêmes partis contre lesquels ils ont manifesté hier ? A la base, de nombreux militants ont déjà abandonné ces partis à genoux devant l’establishment capitaliste, et sont maintenant des sortes de  »sans-abris politiques ». Il est grand temps de prendre l’initiative pour, avec les dizaines de milliers de militants syndicaux et tous ceux qui veulent résister à la politique néolibérale, construire notre propre formation politique.

En Flandre, le PSL participe à Rood!, une initiative politique lancée par le mouvement autour d’Erik De Bruyn, l’ancien candidat à la présidence du SP.a qui a quitté ce parti. Lors de la manifestation, nous avons pu voir qu’il y avait beaucoup d’intérêt pour Rood!. Quand Erik De Bruyn a quitté le SP.a, Rudy De Leeuw, le président de la FGTB, a réagi en disant que c’était bien malheureux. De Leeuw révisera-t-il sa position? Du côté francophone aussi, cette discussion se pose. Il sera bien difficile pour le PS de continuer à se cacher derrière les libéraux avec un premier ministre PS. Pour nous, le seul problème de langue de Di Rupo, c’est qu’il ne parle pas le langage des travailleurs! Ces derniers doivent disposer de la traduction politique de leur résistance contre la politique l’austérité, et le PS fait partie du problème, pas de la solution.

Lors de la manifestation, le PSL a milité activement, avec 4 stands politiques en différents endroits, et en participant aux différents stands de Rood!.

Cette manifestation était le début d’une lutte qui peut être longue et dure. Si les travailleurs et leurs familles ne veulent pas connaître les conditions de vie des Grecs, la lutte doit être des plus sérieusement organisée, au travail, dans nos quartiers et sur le terrain politique. Hier, 80.000 manifestants ont prouvé qu’ils veuillent mener cette lutte. Ce n’est qu’un début, continuons le combat!

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Première page de Lutte Socialiste