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La Belgique menacée d’être ingouvernable – ils n’ont tout simplement pas de solution !

‘‘Michel et De Wever, ça pèse lourd sur l’estomac ! Une production CD&V’’ – CGSP – Jeunes. Photo : Mediactivista

La fragmentation politique et la disparition de la base sociale des partis qui gèrent le capitalisme belge depuis plus d’un demi-siècle ne sont pas des phénomènes propres à la Belgique.

Edito de l’édition de septembre de Lutte Socialiste, par Els Deschoemacker

En Italie, des négociations sont actuellement en cours pour empêcher de nouvelles élections à la suite de la chute de la coalition prétendument anti-establishment de la Lega de Salvini et du Mouvement des cinq étoiles. La solution provisoire est un gouvernement d’urgence ou technocratique non-élu. C’est une manière de gagner du temps, mais il est illusoire de penser que cela mettrait un terme à la crise politique. L’objectif d’un tel gouvernement est de présenter un budget de réduction de la dette publique correspondant aux normes néolibérales et européennes qui érodent davantage les droits et revenus de la majorité des Italiens. Un budget d’austérité en somme. Cela ne peut que préparer une nouvelle victoire pour la Lega raciste.

Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. En Grande-Bretagne, l’incapacité des partis politiques à répondre aux aspirations et aux besoins réels de la population, qui sont à la base des résultats du référendum sur le Brexit de 2016, a paralysé le parlement. Dans l’Etat espagnol, nous sommes sur la bonne voie pour les quatrièmes élections en quatre ans, et l’Allemagne ‘‘stable’’ est, elle aussi, au beau milieu d’une tempête politique. Les gouvernements minoritaires deviennent de plus en plus la norme et démontrent la nature fondamentalement antidémocratique du capitalisme d’aujourd’hui.

La crise sociale conduit à la crise politique

En Belgique également, la crise politique prend de l’ampleur. Le phénomène n’est pas neuf. En Flandre, les premiers chocs politiques ont eu lieu au début des années 1990. Les contre-réformes antisociales ont érodé la base sociale des partis traditionnels du pays au point qu’il est devenu très difficile de gouverner le pays, tout particulièrement au niveau fédéral.

Aux élections municipales d’oct-obre dernier et aux élections de mai, les électeurs se sont prononcés contre la politique antisociale de la coalition suédoise. Mais le signal de l’électeur contre la dégradation des conditions de vie de la majorité de la population est ignoré. Il suffit de regarder la formation des gouvernements régionaux et les programmes discutés. En Flandre, la coalition suédoise se poursuit et met encore davantage l’accent sur la division à caractère raciste. Au lieu de garantir la protection sociale des gens, de plus en plus de groupes en sont exclus. Il faudrait davantage de moyens pour répondre aux besoins sociaux, mais c’est inenvisageable ! Une situation analogue se présente à Bruxelles où les quelques mesures cosmétiques proposées sont bien insuffisantes pour faire face à la crise sociale. Enfin, en Wallonie, les appels à la formation d’un gouvernement de gauche pour mettre fin à la politique d’austérité n’ont jamais été sérieusement considérés.

Ces gouvernements n’ont pas l’intention de répondre aux souhaits de la majorité de la population. Ils cherchent simplement une formule pour continuer d’appliquer le programme du capitalisme belge.

Les gouvernements régionaux donnent maintenant le ton, parce que la formation d’un gouvernement fédéral semble complètement impossible. Trois mois après le 26 mai, on spécule déjà ouvertement sur la tenue de nouvelles élections si l’impasse se poursuit au niveau fédéral ou sur la nécessité d’un gouvernement d’urgence si l’économie belge se retrouve en détresse dans le contexte d’une nouvelle crise internationale. Ce pourrait être un prétexte pour remplacer le gouvernement en affaires courantes, en route depuis décembre dernier sans majorité au parlement, par un gouvernement plus autoritaire avec ou sans pouvoirs spéciaux.

Sauver le capitalisme belge sera en tout cas LA question, avec une nouvelle offensive contre nos conditions de vie. Même en l’absence d’une crise internationale immédiate, le prochain gouvernement devrait aller chercher au moins 10 milliards d’euros dans nos poches.

Riposter à chaque attaque antisociale par l’action de masse et une alternative politique

Quand Michel 1 est arrivé au pouvoir, il ne s’est pas écoulé un mois avant que la première mobilisation de masse ne commence. On craignait à juste titre que ce gouvernement tenterait de briser la forte organisation du mouvement ouvrier belge. Plusieurs mesures brutales ont été adoptées, mais il s’avère que le gouvernement tripartite Di Rupo a économisé plus que la coalition suédoise dirigée par le MR et la N-VA. Cela illustre le fait que presque tous les partis font passer les intérêts des capitalistes avant ceux des travailleurs et de leurs familles. Le puissant mouvement de grève de 2014 a ébranlé le gouvernement et a pu empêcher le pire. Mais cela ne suffit pas pour enrayer le déclin.

La réalité, c’est que nous avons à l’époque raté l’occasion de renverser le gouvernement par des grèves générales et d’ouvrir un large débat sur l’alternative politique dont le mouvement ouvrier a besoin. La percée électorale du PTB est une expression de ce potentiel. Cela a poussé le débat politique vers la gauche en Wallonie et à Bruxelles, mais cela n’a pas été sans effet en Flandre également. Néanmoins, là-bas, ce ne sont pas les partis de gauche qui ont parlé des revendications du mouvement social avec le plus d’audace. C’est le Vlaams Belang qui a défié le gouvernement précédent de la manière la plus offensive, en se déguisant avec les vêtements de la gauche pour lier démagogiquement la colère sociale à une rhétorique raciste. Mais une fois les élections passées, le Vlaams Belang n’a plus parlé du salaire minimum ou de meilleures allocations sociales.

Les jeunes grévistes pour le climat ont eu un impact majeur. L’action de masse a imposé ce thème sur le devant de la scène. C’était une leçon d’importance, mais ce ne fut pas la seule. L’incapacité des Verts, surtout en Flandre, à lier la transition climatique à un programme social – ne parlons même pas d’une alternative anticapitaliste – a gâché le potentiel que certains sondages laissaient entendre.

L’action de masse doit rester la réponse de la classe ouvrière si elle ne veut pas rester piégée par des partis qui ne servent que les intérêts des plus riches. Cela doit être lié à la construction consciente d’un parti politique capable d’unir l’ensemble de la classe ouvrière derrière un programme de rupture anticapitaliste et socialiste.