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Entretien avec Joachim Permentier, secrétaire général du Syndicat Indépendant pour Cheminots

Les accompagnateurs de train ont droit à leurs congés !

Un mouvement de grève a touché le rail ces 27 juillet et 17 août à l’initiative du Syndicat Indépendant pour Cheminots (SIC), sans le soutien des autres syndicats. Les actions ont toutefois trouvé un certain écho parmi l’ensemble du personnel et beaucoup d’accompagnateurs de train se sont mis en grève, signe de la profondeur de la colère. Nous en avons parlé avec Joachim Permentier, secrétaire général du SIC.

Propos recueillis par Thomas

Quelles sont les raisons de la colère ?

‘‘La cause immédiate, c’est l’incapacité de prendre congé pour les accompagnateurs de train. La pénurie de personnel sévit depuis plus de dix ans. La direction prétend que personne n’est intéressé par un emploi statutaire dans les chemins de fer tant que des emplois mieux rémunérés existent. C’est n’importe quoi. Tout d’abord, les exigences médicales, psychologiques et linguistiques élevées jouent un rôle important. Mais n’oublions pas non plus l’incertitude qui règne quant à l’avenir de la SNCB. Les conditions de travail et de salaire n’aident pas à convaincre quelqu’un de commencer cette carrière ou de la poursuivre. La SNCB recherche maintenant du personnel de manière plus intensive et alloue davantage de moyens aux campagnes de recrutement. Mais, au même moment, de nouvelles économies sont réalisées sur le dos du personnel !

‘‘La revendication centrale des grèves était qu’au moins 15% du personnel de chaque dépôt puisse quotidiennement être en congé. C’est en deçà de la marge habituelle, mais ça offre tout de même un peu de sécurité. Aujourd’hui, dans certains dépôts, à peine 10 % du cadre effectif est atteint, même pendant les périodes de vacances où les trains circulent moins. La SNCB veut apporter une solution partielle, mais essaie directement d’en profiter. Une partie du cadre connaît une flexibilité accrue avec l’argument que, dans les petits dépôts, la marge n’est pas atteinte en cas d’absence. On parle de ‘‘papillons’’, envoyés dans des dépôts éloignés sur base d’une planification de dernière minute sans grande certitude quant au moment où il faudra travailler.

‘‘La pénurie de personnel continue de s’aggraver. Nous ne défendons aucune suppression de trains, mais on ne peut en faire circuler autant qu’avec suffisamment de personnel. L’initiative est aux mains du gouvernement et de la direction : sans ressources suffisantes, il n’y a pas assez de personnel avec de bonnes conditions de travail, ce qui rend le travail moins attractif et renforce la pénurie de personnel. La direction renvoie la patate chaude au personnel sous prétexte que le contrat de gestion doit être rempli et que la mission consiste à transporter des passagers. C’est du chantage. Bien sûr, les syndicats approuvent la mission d’organiser les transports publics collectifs de la meilleure manière possible, et mieux qu’aujourd’hui. Mais cela exige des moyens pour le personnel.’’

Pourquoi la grève a-t-elle éclaté à ce moment-là ?

‘‘Nous devons augmenter la pression sur la direction pour l’obliger à faire des concessions. Après avoir gentiment demandé ces dix dernières années sans succès, cela s’impose. Pour une garantie minimale de congé, les agents de train doivent attendre un an de plus, et même là, il y a un risque de flexibilisation importante d’une partie du personnel. Il faut que les choses changent.’’

Comment les actions ont-elles été structurées ?

‘‘Les représentants élus de tous les syndicats du CPPT (Comité pour la prévention et la protection au travail) se sont réunis pour élaborer une stratégie visant à répondre à la pénurie de personnel. Des campagnes de sensibilisation et d’information ont été lancées au niveau local. Une pétition a suivi, qui a reçu beaucoup de soutien. Les collègues ont pris conscience que des mesures pourraient être prises par la suite.

‘‘Le personnel voulait remettre la pétition à la directrice générale Sophie Dutordoir le 16 mai, mais elle ne l’a pas acceptée. On nous a dit qu’il fallait suivre les voies habituelles et que la pénurie de personnel relevait de la Commission paritaire nationale. C’est une réaction compréhensible, mais c’était trop peu pour les accompagnateurs de train.

‘‘Les accompagnateurs ont ensuite soulevé à nouveau la question dans leurs syndicats. Le SIC a au départ également réagi prudemment, avant de déclencher des grèves. La question a été soulevée à plusieurs reprises, sans aucune menace. Ce n’est qu’après la menace via la procédure de la sonnette d’alarme que le minimum garanti en matière de congés est prévu, mais elle a été immédiatement renvoyée vers les groupes de travail pour gagner du temps et assouplir les exigences.

‘‘Nous avons pris nos responsabilités en tant que syndicat et nous nous sommes engagés à faire grève. Cela a contraint HR-Rail à s’asseoir, bon gré mal gré, avec nous à la table de négociation. Après tout, pour eux, un ‘‘partenaire social acceptable’’ ne fait pas grève. Et refuser une réunion qu’ils qualifient ‘‘d’extrêmement constructive’’, c’est aussi inacceptable. La grève était donc inévitable.

‘‘Et ce fut un succès : la moitié des trains n’ont pas roulé. Après cela, nous avons repris contact avec la direction. L’annonce d’un nouveau préavis de grève a cependant été nécessaire pour que la direction accepte de revenir à la table de négociation. Il subsistait une différence fondamentale, à savoir que la direction ne veut pas reconnaître la norme des 15 % comme une garantie, mais seulement comme un objectif conditionnel. C’est pourquoi la deuxième grève était nécessaire.’’

Quelle sera la prochaine étape ?

‘‘Nous devons maintenir la pression et ne pas exclure de nouvelles actions, qui devront être au moins aussi puissantes et de préférence encore mieux suivies. L’attitude des autres syndicats est également importante. Jusqu’à présent, ils ont préféré la négociation à la grève. Mais la direction exige une plus grande flexibilité de la part du personnel tout en considérant la garantie minimale de congé comme étant seulement conditionnelle.

‘‘Le SIC n’a jamais eu l’intention de tirer la couverture à soi. Coopérer est vital pour gagner la bataille. Cela ne s’applique pas seulement au niveau syndical, mais aussi au niveau politique et nous allons écrire aux partis progressistes et au ministre responsable.’’

Un protocole d’accord devrait être conclu en septembre. Qu’en attendez-vous ?

‘‘Des économies ont été réalisées pendant des années et aucun investissement n’a été fait. Le gouvernement et la direction veulent nous préparer à la libéralisation. Les exigences de la direction doivent être considérées dans ce contexte. L’objectif est d’abolir le statut et de ne plus avoir que du recrutement contractuel. La combinaison d’agents contractuels et d’agents statutaires sur le même plan de travail crée de l’espace pour la division, ce sur quoi compte la direction. Je n’ai pas besoin d’expliquer que cela rend encore plus difficile la lutte pour de meilleures conditions de travail pour le personnel statutaire. Le SIC veut travailler avec les autres syndicats pour protéger les acquis statutaires et, bien sûr, obtenir des améliorations. Il ne suffit pas de limiter la casse : nous devons exiger des améliorations.

‘‘Le personnel hésite à faire la grève. Ils veulent un bon service et de bonnes conditions de travail en font partie. Mais si la direction et le gouvernement mènent invariablement des attaques, ils ne nous laissent aucun choix. Avec le personnel, nous sommes les premiers témoins de la destruction de l’entreprise. Ils essaient de monter le personnel et les passagers les uns contre les autres et font appel au sens des responsabilités des cheminots envers les usagers. Mais nous prenons nos responsabilités en défendant une entreprise ferroviaire qui fonctionne correctement. Les attaques constantes contre le personnel et l’absence d’investissements dans le matériel sont les facteurs qui détruisent la SNCB. Le personnel et les passagers doivent s’y opposer.’’