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La force politique de la majorité du CIO illustrée lors d’une réunion historique de son CEI

La récente réunion du Comité exécutif international (CEI) du Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO) faisait suite à un débat interne qui a duré sept mois ainsi qu’au départ d’une minorité dirigée par la plupart des membres de l’ancien Secrétariat international (SI) du CIO. Dans l’ensemble, cette réunion fut une démonstration de la force politique du CIO, dont l’écrasante majorité a choisi de rester dans nos rangs. Il s’agissait de la première réunion plénière du CEI depuis novembre 2018. Les anciens dirigeants, aux prises avec un processus de dégénération rapide, avaient refusé de convoquer une réunion de la direction internationale après avoir perdu la confiance de la majorité des membres du CIO.

Par Andy Moxley, Socialist Alternative, USA

Tout au long de la semaine, les dirigeants du CIO de 25 pays ont discuté d’une série de sujets auxquels les marxistes sont confrontés, parmi lesquels les perspectives du mouvement révolutionnaire dans cette situation mondiale chaotique et des questions d’importance particulière comme le féminisme socialiste et le mouvement environnemental. Des camarades du Nigeria et du Soudan n’ont pas pu participer en raison de problèmes de visa. Les débats ont également porté sur notre travail syndical ainsi que sur l’orientation et le travail du CIO afin de saisir les opportunités de construire les forces du socialisme et du mouvement ouvrier. Tous ces aspects sont essentiels dans notre stratégie de construction d’un parti révolutionnaire socialiste mondial.

Avant même la tenue de cette réunion, il était clair qu’un profond changement avait pris place par rapport aux précédentes réunions du CEI, avec la réintroduction d’une liberté de débat entre camarades. L’événement a été marqué par une approche inclusive et collaborative, visant à tirer parti des compétences, de l’initiative et des capacités de tous les camarades.

La discussion sur les Perspectives mondiales a été encadrée par plusieurs documents élaborés conjointement par des groupes de membres du CEI, l’un sur l’économie mondiale et un autre sur les révolutions en Afrique du Nord et au Moyen Orient.

Cette importante discussion a été introduite par deux camarades, qui ont mis l’accent sur différentes caractéristiques importantes de la situation mondiale. Cédric Gérôme, (membre du CEI et l’un des camarades minoritaires de l’ancien Secrétariat international), a abordé la situation générale des forces du marxisme, la faillite de l’establishment politique capitaliste à l’échelle mondiale, la dégradation environnementale et la présence du populisme de droite et de l’extrême droite. Il a mis l’accent sur la vague de mouvements sociaux et même révolutionnaires explosifs en cours dans le monde, en particulier en Afrique du Nord, ainsi que sur la croissance générale de la lutte de classe et de la popularité du socialisme.

Vincent Kolo, membre du CEI de la section de Chine – Hong Kong – Taiwan, a parlé de l’importance du conflit américano-chinois dans l’évolution de la situation mondiale actuelle. Plus qu’une simple guerre commerciale, il a mis l’accent sur les caractéristiques du conflit, à savoir une sorte de « guerre froide », non plus comme auparavant entre deux systèmes sociaux antagonistes, mais entre deux puissances impérialistes rivales pour déterminer qui dominera la scène mondiale dans la prochaine époque historique. Un certain nombre de camarades du monde entier sont intervenus au cours de la discussion, qui a duré plus d’une journée, afin de développer les thèmes clés et d’aider à les généraliser dans un contexte international.

Après cette discussion sur les perspectives, il y a eu une brève mais importante session sur la campagne de réélection de Kshama Sawant à Seattle. Cette session fut un véritable échange d’expériences – avec des questions précises et des réponses précises. Les camarades américains ont expliqué le programme socialiste de cette campagne et comment nous sommes parvenus à atteindre la première position lors du premier tour de cette élection pour le conseil de ville (avec plus de 36% des voix) en dépit des plus de 300.000 dollars dépensés par les grandes entreprises contre nous. Cela a illustré l’incroyable force d’attraction de notre campagne, en particulier parmi la jeunesse. Cette campagne de réélection est de première importance dans la mesure où il s’agit de la seule élue marxiste aux Etats-Unis. Il s’agit d’une claire lutte de classe contre la classe des milliardaires (tout particulièrement contre Amazon qui a son siège social dans cette ville). Nous pourrions jouer un rôle très important dans la période à venir si nous somes en mesure de préserver ce poste lors du second tour en novembre.

Un féminisme socialiste basé sur la classe ouvrière

Comme Jane, membre brésilienne du CEI, l’a expliqué dans sa contribution à la session sur le féminisme socialiste, « cette discussion est celle que nous attendons depuis 14 ans », un symbole du type de révolution politique que cette réunion a représenté pour le CIO. Laura Fitzgerald, d’Irlande, a donné une introduction très percutante soulignant non seulement l’importance du mouvement des femmes, mais aussi le rôle des travailleuses et leur impact sur la lutte des classes en général.

Ces deux éléments ne peuvent être séparés artificiellement, comme elle l’a expliqué. Ce fut illustré en Irlande par les ambulanciers irlandais du syndicat NASRA (National Ambulance Service Representative Association) qui ont adopté le slogan « notre syndicat, notre choix » en référence claire à la victoire massive sur le droit à l’avortement en Irlande à la fin de l’année dernière (sous le slogan « notre corps, notre choix »). Les camarades ont également fait remarquer que s’il existe des dangers évidents en termes d’idées bourgeoises et petites-bourgeoises qui divisent le mouvement, les combattre idéologiquement ne suffit pas, il faut intervenir.

Bien qu’il n’existe pas de solution universelle, des initiatives audacieuses doivent être développées par les marxistes pour canaliser l’atmosphère radicale sur cette question dans une lutte de classe positive et dans une direction socialiste. C’est ce que nous avons fait avec des initiatives comme ROSA en Irlande et en Belgique. La discussion a abouti sur un accord pour s’engager dans une action internationale audacieuse autour de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes (le 8 mars) et de la Journée internationale contre la violence envers les femmes (le 25 novembre). En outre, le CEI a pris la décision d’établir un Bureau femmes international provisoire afin de poursuivre le développement de notre matériel politique et de coordonner ces actions jusqu’au Congrès mondial de janvier 2020.

Le mouvement pour le climat est une priorité internationale

Les grèves des jeunes pour le climat et leur importance ont été mises en avant, dans ce contexte d’effroyable crise écologique imposée à la planète par le capitalisme. Plusieurs camarades ont parlé de l’incroyable ouverture qu’offre la crise climatique pour expliquer quelle solution socialiste mondiale signifierait une économie démocratiquement planifiée, sous le contrôle et la gestion des travailleurs.

L’environnement ne peut pas être qualifié de « problème des classes moyennes » (comme l’ont fait certains de nos camarades qui nous ont récemment quitté). Il s’agit d’une question brûlante pour des milliards de travailleurs et de jeunes. Et bien que l’enjeu ait été correctement souligné, le fil conducteur n’était pas un fataliste « le monde va brûler ». Il est urgent d’agir, mais nous avons encore le temps de décider dans quel type de société nous voulons vivre avant que le changement climatique ne change fondamentalement la réalité matérielle de milliards de personnes, notamment en provoquant une augmentation significative de la migration massive causée par ses effets, que les États capitalistes seront incapables de gérer.

Différentes sections du CIO se préparent pour la semaine de grèves et de protestations climatiques qui aura lieu du 20 au 27 septembre, ainsi que pour une intervention conjointe de plusieurs sections européennes du CIO à Paris le 21 septembre. Une telle intervention de la part du CIO n’a pas eu lieu depuis le mouvement antimondialisation de la fin des années 90 et du début des années 2000, ni depuis l’initiative très réussie des Jeunes contre le racisme en Europe (YRE/JRE) qui a conduit à la forte croissance de nombreuses sections du CIO.

Cette réunion du CEI fut pleine de détermination pour revenir aux traditions du CIO en tant que force de combat mondiale dynamique qui se mobilise dans le cadre d’initiatives internationales.

Discussion sur les racines et les leçons de la crise interne du CIO

Bien qu’une grande partie de la réunion ait été axée sur l’avenir, pour savoir où nous allons, nous avons besoin de savoir d’où nous provenons. Toute la journée du mercredi a été consacrée aux racines de la crise du CIO et des leçons à en tirer. La discussion sur ce thème ne s’est pas limitée à cette session et, en réalité, a constitué un fil conducteur clair de toutes les discussions de la semaine. Danny Byrne, membre du CEI et ancien membre de la minorité du SI, et André Ferrari, membre de Liberdade, Socialismo e Revolucao (CIO – Brésil), ont introduit la discussion.

Le thème central de la discussion, et sa principale conclusion, était la nécessité de lancer un processus approfondi de discussion et de débat dans l’ensemble du CIO, entre tous ses membres et pas seulement ses dirigeants, sur les racines et les leçons de la crise dont nous sommes issus. En cela, nous serons confrontés à un double défi : changer ce que nous devons changer pour éviter de futurs problèmes, tout en ne « jetant pas le bébé avec l’eau du bain » (ce qui a été répété à de nombreuses reprises dans la discussion !).

Il était essentiel de reconnaître et d’analyser le rôle extrêmement positif qu’a joué notre ancienne direction durant toute une période : en jouant un rôle dans la fondation du CIO, en participant à des batailles de masse en Grande-Bretagne dans les années 1970 et 1980 et peut-être surtout en reconnaissant la signification de la chute du stalinisme et en réagissant rapidement pour faire face aux défis que cet événement posait aux marxistes dans les années 1990 et au début des années 2000.

Toutefois, l’ouverture de la période actuelle après la crise financière de 2007/08 a mis en lumière certains problèmes au niveau de la direction. Celles-ci étaient relativement mineures au début et les camarades qui en avaient connaissance espéraient que le changement de situation et les mouvements de classe les résoudraient.

Ce n’est que lorsque l’ex-SI a déclenché la crise à la fin de l’année dernière, en tentant d’anéantir notre organisation irlandaise avec une scission insensée et désastreuse, que la profondeur de la dégénérescence au sein de l’ancien SI et du Socialist Party d’Angleterre et du Pays de Galles a été pleinement exposée. Le manque de renouvellement de la direction par des cadres plus jeunes – une caractéristique absolument essentielle d’une direction marxiste saine – et le fait de faire reposer de plus en plus l’internationale sur l’expérience d’une seule section nationale dans une période spécifique (la Grande-Bretagne dans les années 1980) a eu des conséquences politiques et organisationnelles désastreuses.

Celles-ci n’ont été pleinement exposées qu’au cours de la dispute qui a suivi. En réalité, ces camarades ont commencé à présenter une perspective unilatérale et pessimiste à l’égard des mouvements actuels. Ils ont cherché à répéter exactement les processus de l’après-guerre dans les événements tumultueux des dix dernières années, et lorsque cela s’est heurté à la réalité, ils ont adopté une attitude de plus en plus dépassée et sectaire.

Cela s’est traduit par l’absence d’initiatives dynamiques et de discussions constructives sur les questions les plus importantes au niveau international, ce qui a obligé les dirigeants nationaux à les développer exclusivement de leur propre initiative. Dans le même temps, l’ancien SI devenait de plus en plus un organe routinier qui considérait le travail des sections nationales sous un prisme « noir ou blanc » : soit elles devaient être présentées comme des « joyaux de la couronne », soit elles devaient être dénoncées en bloc. Cette approche a conduit au déclenchement de la crise.

De nombreux camarades ont réaffirmé la nécessité de restaurer les meilleures pratiques du CIO. Cela inclut la nécessité d’un débat et d’une discussion plus démocratiques, mais aussi d’une unité d’action puissante qui, ironiquement, étant donné leur centralisme bureaucratique, avait été sapée par l’approche de l’ancien SI qui, en pratique, encourageait les tendances fédéralistes. En fin de compte, cependant, les problèmes de la période passée étaient enracinés dans la politique, et bien que nous luttions pour les structures les meilleures et les plus responsables possibles, comme Stephen Boyd d’Irlande l’a souligné dans sa conclusion à cette discussion, la seule protection solide contre une future dégénérescence est le niveau politique des membres. C’est d’ailleurs ce qui a protégé l’intégrité de l’écrasante majorité des membres du CIO durant cette crise.

Pour la première fois depuis plusieurs années, nous avons également eu une importante discussion sur la construction du parti révolutionnaire. Il a été réaffirmé qu’à la différence d’autres prétendues « internationales » qui fonctionnent comme un club ou une fédération de groupes nationaux, le CIO est un parti révolutionnaire mondial avec des sections nationales dans la tradition des périodes saines des 3ème et 4ème Internationales. Il s’agissait d’une discussion ouverte et honnête sur les progrès et les défis des sections et de l’Internationale au niveau mondial.

Les camarades américains ont parlé la croissance explosive qu’ils ont connue ces dernières années tout en soulignant les défis de la consolidation d’une organisation à l’échelle continentale et la bataille idéologique nécessaire pour éduquer une nouvelle génération de socialistes révolutionnaires dans l’antre de la bête impérialiste. Les camarades irlandais ont parlé de leurs réalisations parmi la jeunesse, les femmes et les jeunes LGBTQ en particulier, et le rôle historique actuel que les camarades de Belfast jouent dans l’occupation du chantier naval de Harland et Wolff. Les camarades américains et irlandais ont tous deux souligné les complications et les pressions que les luttes de masse de premier plan peuvent exercer sur une organisation révolutionnaire, mais aussi l’incroyable valeur qu’elles ont pour la formation de cadres dans l’expérience concrète de la lutte de classe.

Des camarades de Chine-Hong Kong-Taïwan ont parlé de l’expérience incroyable de la construction d’une section multinationale dynamique et forte dans des conditions difficiles. Les membres de la nouvelle section d’Angleterre, du Pays de Galles et d’Écosse ont également souligné les défis que représente la construction d’une section entièrement nouvelle à partir des cendres de l’ancienne, bien qu’avec les éléments les plus sains de l’ancienne organisation.

Un certain nombre de camarades de groupes et de sections plus petits ont également commenté l’importance de telles discussions sur la création de partis pour développer de plus grands groupes dans des endroits comme le Mexique et la Tunisie. Un autre thème clé était la nécessité pour les dirigeants des sections de construire une direction internationale cohérente et active ainsi que la nécessité pour chaque camarade des sections du CIO de s’investir dans les structures internationales et la vie politique de l’internationale.

Lors d’un meeting international le jeudi soir, plusieurs orateurs ont pris la parole, dont la députée Ruth Coppinger (Irlande), Eleni Mitsou (Grèce), Kelly Bellin (États-Unis), Jane Barros (Brésil), Elin Gauffin (Suède), Sarah Wrack (Grande-Bretagne), Pasha (Hong Kong) et Eric Byl (Belgique), avec un message lu par un camarade soudanais qui ne pouvait être présent. Ce meeting inspirant n’a pas seulement été présenté dans une salle remplie de membre du CEI et d’une petite foule de camarades de toute la Belgique, il a été retransmis en direct à des groupes de membres du CIO. D’autres projections en groupes avaient égélement été organisées pour les camarades de fuseaux horaires différents. L’appel financier a reflété l’enthousiasme et la confiance des camarades du monde entier dans le renouveau de la vie du CIO : il a permis de récolter plus de 40 000 € !

Le vendredi, des discussions approfondies ont eu lieu sur le travail syndical, ce qui n’avait pas été le cas lors des récentes réunions internationales du CIO, ainsi qu’au sujet des finances de l’Internationale et de ses publications. Il ne s’agissait pas seulement de rapports, mais aussi de discussions fondées sur l’action – des plans ont été élaborés pour accroître la responsabilité et la solidité financières, ainsi que pour la production de documents écrits et de bulletins internationaux. En fin de compte, des décisions unanimes ont été prises pour adopter les documents de perspectives, approuver un certain nombre d’initiatives et élire un nouveau Comité provisoire de 19 camarades de différentes sections à travers le monde pour aider à diriger et coordonner le travail du CIO jusqu’au Congrès mondial, à la place de l’ancien SI qui a été officiellement démis de ses fonctions par vote unanime.

La réunion d’août 2019 du CEI du CIO sera considérée à l’avenir comme un tournant décisif au sein du CIO et au-delà. Il s’agissait d’un important tremplin vers le Congrès mondial de janvier 2020, qui sera l’aboutissement de la renaissance d’un CIO politiquement renforcé. Au final, le thème de cette discussion était la préparation des forces du marxisme aux défis mais aussi aux grandes opportunités des années 2020. Nous avons un monde à gagner et les socialistes sont prêts à se battre pour cet avenir !