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La révolte climatique mondiale discutée au Comité exécutif international du CIO

Un rapport accablant publié l’année dernière par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) montre que nous n’avons plus que 11 ans pour adopter des mesures afin d’éviter que la température mondiale n’augmente au-delà de 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle. Nous ne sommes pas seulement confrontés au changement climatique, mais à une crise existentielle qui pose la question du monde dans lequel vont vivre les jeunes générations.

Par Tom Costello, Socialist Alternative – (publication CWI en Angleterre et au Pays de Galles)

Les effets de la crise se font déjà sentir dans le monde entier. Cette année, les climatologues ont constaté que le pergélisol de l’Arctique canadien a commencé à dégeler 70 ans plus tôt que prévu. Une nouvelle flambée mondiale d’incendies de forêt est en cours – en Californie, les feux de forêt font rage sur une superficie d’environ 500 % supérieure à celle de 1972 (NdT : la discussion et la rédaction de cet article ont pris place avant que ne commence le terrible incendie de l’Amazonie).

Mais c’est dans le monde néocolonial que l’ampleur de la crise se révèle la plus révélatrice. 350 millions de personnes en Asie du Sud-Est et en Afrique ont connu cette année des vagues de chaleur mortelles. Des températures allant jusqu’à 48°C dans le nord et le centre de l’Inde ont déjà coûté la vie à plus de 36 personnes – le chiffre réel risque d’être encore plus élevé. Au rythme actuel, il y aura un pic énorme de réfugiés climatiques avant 2050. Des millions de personnes seront forcées de quitter leurs foyers car de vastes régions du monde seront rendues inhospitalières.

C’est dans cette situation qu’une nouvelle génération de jeunes et de travailleurs a commencé à se demander : comment faire face à la crise ? Quel type de changement politique sera nécessaire pour y faire face ? C’est dans cette conjoncture, et dans le contexte d’une révolte climatique mondiale croissante, que le Comité exécutif international du Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO) s’est réuni du 12 au 16 août en Belgique. Des socialistes révolutionnaires de plus de 20 pays, représentés sur tous les continents du monde, ont discuté et débattu pour développer une réponse et un programme communs pour faire face à cette crise.

La jeunesse montre la voie

Face à l’indignation et à la peur grandissantes suscitées par l’urgence climatique mondiale, les politiciens sont confrontés à une pression accrue pour trouver des réponses. Leur vielle réponse – blâmer la classe ouvrière en tant que consommateurs – s’est avérée totalement insatisfaisante.

Un produit de ce développement est observé aux États-Unis. Alexandria Ocasio-Cortez, membre de la Chambre des représentants des États-Unis et démocrate socialiste autoproclamée, a introduit l’idée d’un ‘‘New Deal vert’’ (en savoir plus à ce sujet). Elle défend qu’une hausse d’impôt pour les ultra-riches serve à financer des emplois verts et des projets d’infrastructures durables. L’idée générer une approbation massive parmi les travailleurs et la classe moyenne du pays. Un récent sondage réalisé au Marist College, à New York, a révélé que 63 % des sondés soutenaient l’idée d’un New Deal vert.

Cela reflète une tendance sociale plus large à l’échelle internationale. Les travailleurs, les étudiants et les jeunes en particulier ont commencé à chercher des idées de plus en plus radicales, tandis que l’establishment politique et la classe dirigeante n’ont fait que de fausses promesses et des gestes creux. Il est de plus en plus reconnu que le système économique actuel est incapable de répondre aux besoins de la planète. Un récent rapport de Carbon Majors a révélé que seulement 100 entreprises dans le monde sont responsables de 71 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre depuis 1988.

L’insatisfaction et la colère de millions de jeunes ont trouvé leur expression dans les grèves scolaires pour le climat de #YouthStrike4Climate. Le mouvement a été lancé en août 2018 lorsqu’une étudiante de 16 ans, Greta Thunberg, a commencé manifester devant le Riksdag (parlement suédois) à Stockholm pour exiger une action immédiate afin de sauver le climat. Depuis, l’idée a fait fureur et 1,5 million de personnes dans le monde ont quitté leurs école et leurs universités le 15 mars pour le première grève internationale pour le climat. La vague suivante a été qualifiée de ‘‘grève de la terre’’ à la suite de l’appel lancé par Greta aux travailleurs pour qu’ils organisent des débrayages afin d’étendre et de développer la résistance.

Lors d’un récent discours à la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique en Pologne, Greta Thunberg a déclaré : ‘‘Nous ne pouvons pas résoudre une crise sans la traiter comme une crise. Nous devons garder les combustibles fossiles dans le sol et nous devons mettre l’accent sur l’équité. Si les solutions au sein du système sont si impossibles à trouver, nous devrions peut-être changer le système lui-même.’’ Cela reflète l’atmosphère grandissante parmi la jeunesse. A bien des égards, la conscience évolue dans une direction anticapitaliste. Pour une large couche de la jeunesse, la course aux profits sans fin du capitalisme rend ce système totalement incompatible avec une véritable justice climatique.

Une révolte mondiale

Ces grèves pour le climat ont été marquées par un haut niveau de sentiment internationaliste. Le changement climatique ne peut être combattu dans un seul pays, c’est largement reconnu. Le mouvement doit donc avoir un caractère mondial, les différentes campagnes doivent être solidement liées les unes aux autres à travers les pays. Le CIO, en tant qu’organisation internationale et unie de militants marxistes, a encouragé ce processus à chaque étape et l’a intégré dans tous les aspects de son travail.

Nous estimons qu’il est d’une importance vitale de construire une solidarité par-delà les frontières entre les jeunes grévistes pour le climat et le mouvement ouvrier organisé. En Irlande du Nord, des travailleurs ont occupé le chantier naval de Harland & Wolff à Belfast afin de contester les pertes d’emplois. Suite à une baisse de rentabilité, 130 emplois sont menacés de disparition. La logique du marché capitaliste exige que les communautés ouvrières soient abandonnées dès lors que les profits sont insuffisants. Pour la nouvelle génération qui entre sur le marché de l’emploi, la vie est de plus en plus précaire.

Le Socialist Party (CIO-Irlande) a joué un rôle clé dans son combat grâce à l’influence qu’il a acquise au sein du mouvement syndical d’Irlande du Nord. Nos camarades ont soutenu la revendication de la nationalisation de l’entreprise sous le contrôle des travailleurs afin de sauver les emplois. Ils ont lié cette question au mouvement pour le climat en réclamant la requalification des travailleurs dans la production d’équipements d’énergie renouvelable afin d’assister la transition écologique.

Cette orientation vers la classe ouvrière est adoptée dans toutes les sections du CIO. De l’autre côté du globe, en Australie, les grèves scolaires pour le climat ont pris pour cible le gouvernement travailliste du Queensland qui a autorisé le géant des combustibles fossiles Adani à ouvrir une nouvelle mine de charbon. Cette mine est synonyme de désastre pour les travailleurs, les populations autochtones et les nombreuses espèces en danger qui vivent autour du site.

L’extraction du charbon dans la région affectera la qualité de l’eau dans le bassin de Galilée, fournissant de l’eau à 20.000 personnes. Le Socialist Party (CIO-Australie) est intervenu avec enthousiasme ans le mouvement en soulevant la nécessité de la nationalisation afin d’offrir une formation rémunérée et une place dans des emplois verts aux communautés qui dépendent de l’industrie des combustibles fossiles.

Cela illustre notre approche internationaliste commune, qui sera d’ailleurs concrètement exprimée à Paris lors d’une manifestation à Paris le 21 septembre prochain. Le CIO interviendra au niveau international, tant lors de cette manifestation à Paris que lors des grèves et manifestations dans le monde entier sous la bannière : ‘‘Changeons le système, pas le climat – pour une alternative socialiste !’

Une planification démocratique pour sauver la planète

Comme le disait Marx, la production capitaliste ‘‘sape les sources de toute richesse – la nature et la classe ouvrière’’. Cette idée a guidé la discussion lors de la réunion du Comité Exécutif International du CIO. Nous avons réaffirmé notre approche marxiste commune de l’environnement. La destruction de la planète est liée à ce système capitaliste qui se nourrit également de l’exploitation de la classe ouvrière à travers le monde.

Toute action que les gouvernements capitalistes seront capables d’accomplir sera trop peu, trop tard. Nous devons agir en sachant que le capitalisme n’est pas fait pour faire face à l’urgence climatique et orienter l’humanité vers un avenir propre et durable. Un programme de lutte contre la crise devra d’abord garantir des transports publics gratuits, accessibles et de qualité et reposer sur des investissements publics massifs pour garantir des logements écologiques pour tous.

Mais cela nécessitera un changement plus large. Nous devons nous attaquer au système capitaliste lui-même. Il faudrait, dans un premier temps, retirer les entreprises du secteur de l’énergie, des transports, de l’agro-industrie et des grandes industries des mains des profiteurs. Un système de contrôle et de gestion ouvriers pourrait jeter les bases d’une planification socialiste démocratique internationale et durable de la production, pour satisfaire les besoins des peuples et de la planète et non l’avidité de l’élite qui les exploite.