Home / International / Europe / Pologne. Suspension de la décision d’arrêter le haut fourneau d’ArcelorMittal à Cracovie

Pologne. Suspension de la décision d’arrêter le haut fourneau d’ArcelorMittal à Cracovie

Par Kacper Pluta, membre d’Alternatywa Socjalistyczna (CIO – Pologne), ouvrier d’ArcelorMittal Poland (AMP) et membre du syndicat NSZZ Pracowników AMP (capacité personnelle)

Depuis quelques mois, les métallurgistes de la partie matières premières de l’usine cracovienne vivaient dans l’incertitude de l’avenir de leur lieu de travail (voir notre précédent article relatif à ce sujet). Depuis qu’en mai, la direction avait annoncé la fermeture du haut fourneau et de l’aciérie, il y avait un mur de silence – la direction ne donnait aucune information concrète sur l’avenir de l’activité. Alors que la date de fermeture se rapprochait inexorablement, les travailleurs ne savaient pas où ils seraient envoyés travailler (s’ils n’étaient pas mis au chômage), s’il existait des conditions susceptibles d’annuler cette décision et, si oui, lesquelles. Etc. Enfin, à peine un mois avant la fermeture prévue, le lendemain de la manifestation d’ouvriers organisée devant le siège de la direction d’ArcelorMittal Poland (AMP), les médias ont été informés que la société retardait indéfiniment la décision de fermeture.

Manifestation le 24 juillet

Pendant plusieurs semaines, les employés d’AMP attendaient que les organisations syndicales agissent contre la fermeture des matières premières. Les lents rouages de la machine syndicale se sont finalement mis en mouvement sous la forme d’une manifestation organisée devant le siège de l’AMP à Dąbrowa Górnicza. Les ouvriers de l’aciérie cracovienne ont pris au sérieux l’appel à se mobiliser, remplissant 17 autobus au départ de l’usine de Cracovie. Environ 1000 personnes ont pris part au piquet, soit près du tiers des travailleurs de Cracovie, alors que c’était un jour de travail et une manifestation hors de la ville. Les usines de métallurgie de Sosnowiec, Ostrowiec więtokrzyski ou Częstochowa ont apporté leur soutien. Pendant les discours des dirigeants syndicaux (représentant les trois syndicats principaux: NSZZ Pracowników (OPZZ), Solidarność et Solidarność 80, plus des syndicats locaux plus petits), le refus de la fermeture du haut fourneau et de l’aciérie a été souligné. Dans la manifestation, l’ambiance était à la colère et à la frustration ; les dirigeants syndicaux ont eu du mal à contrôler certains manifestants.

Nous sommes les otages de l’entreprise

Le lendemain, la direction d’AMP a annoncé une suspension temporaire de la décision de fermeture du haut fourneau.

Parmi les ouvriers cependant, l’ambiance n’est pas à la célébration. Malgré le ton de propagande victorieux des déclarations des organisations syndicales, les employés se rendent compte que ce n’est ni leur mobilisation ni la « lutte » des syndicats qui ont été décisifs dans le revirement de l’AMP. Le sentiment dominant est un léger soulagement parce que nous savons où et dans quelles conditions nous travaillerons au cours des prochains mois, mais aussi la frustration que la société utilise le secteur des matières premières de Cracovie en otage dans sa compétition avec le gouvernement polonais.

Les « conditions du marché », dont la direction parlait en mai, ont-elles soudainement changé ? La politique de l’État a-t-elle changé en termes de prix de l’électricité et d’industries à forte intensité énergétique? La CE a-t-elle donné des garanties à Mittal en ce qui concerne les modifications des taxes d’émission de CO2? Les coûts de fonctionnement du secteur matières premières de Cracovie ont-ils changé (prétendument les plus élevés d’Europe, selon les comptes douteux de l’entreprise)? Ce sont des questions rhétoriques, auxquelles ni les ouvriers ni le public ne reçoivent de réponses. Les métallurgistes de Cracovie sont constamment bombardés de signaux contradictoires et de décisions apparemment illogiques des capitalistes : d’une part, maximisation de la production et investissements importants (rénovation du haut fourneau, investissements écologiques, nouveau laminoir…), de l’autre, gel de l’émbauche, fin de la collaboration avec les sous-traitants, annonce d’une énorme coupe de la production…

L’avenir du secteur matières premières, mais aussi de la métallurgie en général, reste incertain. Les difficultés économiques invoquées par Mittal pour justifier la fermeture du four n’ont pas disparu: la guerre commerciale et la crise énergétique et climatique se poursuivent. Le propriétaire peut jouer cette carte à tout moment, que ce soit pour liquider l’usine de Cracovie (et pour, par exemple, délocaliser les machines de nouvelles installations) ou – ce qui semble particulièrement probable – pour geler les augmentations de salaire et autres revendications des travailleurs. Les syndicats doivent se concentrer sur ces problèmes. Attiser l’auto-satisfaction ne nous aidera pas à défendre l’usine ni à nous battre pour des salaires plus élevés et de meilleures conditions de travail. Nous avons besoin d’un syndicat militant et démocratique pour ces tâches!

Finissons-en avec le chantage capitaliste

ArcelorMittal est le plus grand producteur d’acier au monde. Cela lui confère un pouvoir énorme et la capacité de mettre en échec les gouvernements d’un Etat, voire du continent entier. En Europe, des dizaines de milliers d’emploi dépendent du bon vouloir de cette entreprise. Dans la situation économique mondiale actuelle, la société utilisera bien sûr sa position pour contraindre les gouvernements à mener une politique qui leur est favorable : l’octroi d’un soutien de plusieurs milliards de dollars provenant de fonds publics ou la poursuite d’une politique économique plus protectionniste par les gouvernements européens. Ces mesures serviraient principalement à remplir davantage les caisses des milliardaires. Malheureusement, les représentants des syndicats sont aussi partiellement capables de reprendre ces arguments et de les répéter sans discernement. Au cours du rassemblement, un militant de Solidarność a même vanté la politique de la guerre des douanes menée par Trump… Financer des milliardaires avec de nouveaux fiscaux et protéger leurs marchés à l’aide de l’appareil douanier et fiscal de l’Etat ne font que renforcer notre dépendance à l’égard du monde des grandes entreprises. Cela ne signifie pas que nous sommes contre le protectionnisme quelle que soit la situation, mais il faut se demander à quoi il va servir ? Réduire les importations d’acier et accroître le rôle de la production nationale dans la consommation intérieure seraient souhaitables à bien des égards si c’était dans l’intérêt de la société et non des capitalistes : la production sur site réduit les coûts environnementaux liés au transport et permet potentiellement un meilleur contrôle des conditions de production, de son impact environnemental, etc…

Dans le même temps, nous devrions essayer de lier notre lutte aux ouvriers métallurgistes d’autres pays, en particulier aux travailleurs d’ArcelorMittal en Europe – seule la solidarité internationale peut nous donner la possibilité de résister au dumping salarial et à la mise en concurrence des ouvriers.

Sauvons la métallurgie

Comme l’a dit à juste titre un syndicaliste lors de la manifestation: “Ce n’est pas nous qui avons causé cette crise, mais seulement ceux qui dirigent le monde. Ils gagnent de la crise, et nous l’avons dans le… » Transformons cette constatation en un programme concret de sauvetage de la métallurgie dans l’intérêt de ceux qui y travaillent et de la majorité de la société. Alternatywa Socjalistyczna propose de discuter autour des revendications suivantes :

• Abolition du secret commercial; contrôle des finances par les représentants des travailleurs
• Renationalisation de la métallurgie sous le contrôle des ouvriers
• Au lieu de la bourse du carbone, investissements publics massifs dans les énergies propres et la recherche sur la réduction des émissions de CO2
• Planification économique démocratique au lieu des crises et du chaos du capitalisme