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Leçons de 20 semaines de grèves pour le climat

Le mouvement pour le climat de ces derniers mois fut historique. Dans les médias, certains disent qu’au vu des résultats limités de Groen et de la percée moins forte que prévu d’ECOLO, le mouvement n’a pas réussi. C’est n’importe quoi. Ce mouvement ne peut pas se résumer aux partis verts. De plus, la lutte contre le changement climatique peut revenir plus forte que jamais si nous tirons les leçons des premières actions et si nous nous préparons mieux.

Par Arne (Gand)

La lutte paie !

Les grèves et manifestations pour le climat ont changé l’agenda politique pour des mois et des mois. L’incapacité et la réticence de l’establishment à réagir au changement climatique sont devenues plus évidentes que jamais. L’establishment a également été durement touché : la ministre flamande de l’enseignement a dû démissionner et le gouvernement flamand a été contraint d’investir 75 millions d’euros supplémentaires dans des mesures pour le climat.

Il faudra beaucoup, beaucoup plus pour stopper le changement climatique. Des centaines de milliers de jeunes à travers le monde sont entrés en contact avec l’arme de la grève et ont participé aux manifestations. Nous nous sommes rebellés contre la politique dominante et c’est très important. Nous devons nous organiser et nous battre pour une planète viable et des conditions de travail et de rémunération décentes. Nous n’aurons rien sans nous battre.

C’en est assez !

Lors des premières grèves, l’establishment a fait tout ce qui était en son pouvoir pour minimiser la protestation. Nous n’étions qu’une bande d’hypocrites et, pour le président du CD&V Wouter Beke, les grèves étaient une conspiration d’extrême gauche. Le gouvernement en a rajouté en envoyant des coaches climats expliquer dans chaque école comment vraiment vivre dans le respect de l’environnement et culpabiliser les élèves. Toute notre vie, nous avons été soumis à d’énormes pressions pour vivre le plus écologiquement possible, mais l’impact de ces mesures individuelles a été presque nul. La menace écologique ne fait qu’augmenter.

La conclusion scientifique selon laquelle un changement radical est nécessaire a forcé des millions de personnes à descendre dans la rue dans le monde entier. Le 2 décembre, la ministre de l’énergie Marghem (MR) a manifesté avec 100.000 jeunes et travailleurs et, deux jours plus tard, elle a voté contre des normes d’émission européennes plus strictes pour le secteur énergétique ! C’en était assez. La lutte devait passer à une nouvelle étape. C’est alors que Youth for Climate a appelé à partir en grève tous les jeudis.

3.000 – 15.000 – 35.000

Au cours des premières semaines, le nombre de grévistes pour le climat est passé de 3.000 à 35.000. Des milliers d’autres suivront au cours des 20 semaines, mais cela n’était encore qu’un aperçu de ce qu’il est possible de réunir. Le tarif des billets de train et les intimidations et sanctions des directions d’écoles en ont retenu plus d’un à l’école.

Afin d’éviter que cela ne se produise, des comités ont été mis sur pied à quelques endroits. Ils ont organisé des actions adaptées aux conditions spécifiques de l’endroit. Là où les comités locaux étaient actifs, cela s’est reflété en de plus grandes manifestations et en grèves réussies.

Il y avait encore un beau potentiel à exploiter, mais de nombreux comités ont malheureusement perdu leur influence lorsque Youth for Climate a attiré toute l’attention sur une manifestation nationale hebdomadaire. C’est dommage : un ancrage local plus fort aurait pu donner un énorme élan à des actions nationales bien choisies. De plus, le développement des comités locaux aurait pu conduire à des assemblées générales où des représentants élus par école ou comité local auraient pu démocratiquement décider des actions à mener pour la suite et des revendications à défendre.

Les faux amis

Puisque l’establishment n’est pas parvenu à éteindre les flammes de la contestation avec un discours moralisateur, il est parti à la recherche d’autres méthodes. C’est ainsi qu’a été lancé ‘‘Sign for my future’’, avec l’implication de multinationales belges, voire de banques qui investissent des milliards dans les énergies fossiles. Soudainement, ces gens-là étaient devenus des champions de l’écologie ! La plupart des grévistes pour le climat sont d’accord : ce sont de faux amis. Mais l’équipe centrale de Youth for climate a décidé de soutenir la campagne, sans que la moindre discussion ne soit organisée. Un moment douloureux. Il n’y a pas eu non plus de discussion organisée sur les revendications. Cela a permis aux politiciens de nous mettre des revendications dans la bouche, comme la taxe sur les avions et d’autres écotaxes antisociales qui sont la norme sous le capitalisme.

Il n’a hélas pas été possible de décider par vote quelles revendications défendre et d’élaborer un programme sur cette base. Students for Climate a bien tenté de le faire, mais les réunions sont restées modestes. Les choses n’ont pas pris de la même manière parmi les étudiants du supérieur. Les comités de chaque faculté auraient pu contrarier cela en discutant des revendications et des méthodes nécessaire pour mener campagne et convaincre les étudiants d’entrer en action.

Les défis à relever pour le mouvement

Le plus grand défi est que le mouvement se développe de manière démocratique. Nous devons faire participer le plus grand nombre possible au débat sur les actions et les revendications. Annoncer des micros ouverts ou des comités via Facebook sont des possibilités pour lancer les choses. Cela permettra également d’indiquer clairement où se situe le problème : au sein du système. Il faut un ensemble de revendications sociales qui soit soutenu par le plus grand nombre possible de jeunes et de travailleurs.

Un appel a été lancé aux syndicats pour qu’ils se mettent en grève pendant la journée internationale de grève du 15 mars. Cela reste un défi : les travailleurs et les jeunes ont les mêmes intérêts, mais nous avons besoin de la force économique des travailleurs pour vraiment changer les choses. Le mouvement syndical organisé peut frapper le système là où ça lui fait mal : à ses profits. Le changement doit être imposé par la lutte !

Rise for Climate et la grève planétaire de septembre

Le 22 septembre, il y aura une nouvelle manifestation de Rise for Climate à Bruxelles. Cinq jours plus tard, une grève de la Terre est annoncée. La campagne pour la manifestation doit être utilisée pour organiser autant de grèves que possible cinq jours plus tard, voilà qui pourrait donner une nouvelle dynamique à la lutte pour le climat.

Nous ne devons pas nous laisser démoraliser. Ni à cause du ton pessimiste des médias, ni à cause de l’urgence de réduire nos émissions. Jeunes et travailleurs solidaires : résistance internationale à la pollution du capital !